Le blogue de Joel Martel

Archive de la catégorie ‘Webstars’

Jeudi 13 juin 2013 | Mise en ligne à 14h01 | Commenter Commentaires (10)

Facebook ou la fable du vendeur de drogue au secondaire

Avant d’entrer au secondaire, on me prévenait souvent de ne pas tomber dans le fameux piège du vendeur de drogue qui me donnerait gratuitement des stupéfiants afin de me rendre accro pour ensuite faire une fortune avec moi.

Peut-être était-ce parce que je n’avais pas le physique de l’emploi, mais mon chemin n’a jamais croisé celui de ce dealer sournois et rusé.

Toutefois, ce fut là une très belle occasion de me sensibiliser aux dangers de la gratuité. Dans le sens où, lorsqu’une compagnie ou un commerce t’offre quelque chose gratuitement, c’est qu’il a probablement une idée derrière la tête.

Depuis ses débuts, Facebook mise sans cesse sur l’aspect gratuit de son service en affichant sur sa page d’accueil: “C’est gratuit (et ça le restera toujours)”.

Oui oui, c’est ça.

En effet, pour le simple utilisateur qui voudra prendre des nouvelles de ses proches, “liker” des trucs ou savoir qui sort encore avec qui, c’est tout à fait vrai.

Or, pour l’entrepreneur, l’artiste ou l’organisation qui voit en Facebook une plateforme idéale afin de promouvoir ses produits et services, la donne n’est pas la même.

On se rappellera qu’à un certain moment, Facebook avait mené une grande opération afin de détecter tous les comptes qui n’appartenaient pas à des individus. De ce fait, des entreprises ou des centres artistiques par exemple, avaient dû effectuer une transition vers les “fan pages”.  Mis à part quelques insatisfaits, le concept de la page aura été plutôt bien accueilli de par sa facilité d’utilisation et surtout, de par le rayonnement qu’elle permettait.

La lune de miel aura ainsi duré assez longtemps pour que non seulement les compagnies ou organisations qui étaient déjà sur Facebook fassent la transition vers la “fan page” mais qu’en plus, les autres compagnies ou organisations qui n’étaient pas sur le réseau social voient dans ces “fan pages” une solution incontournable.

Et tout le monde aura joyeusement emboîté le pas. Et tout ça dans une course effrénée aux abonnés. Certains n’auront pas hésité à apposer le logo de Facebook sur les emballages de leurs produits afin d’inviter les consommateurs à joindre leur page tandis que d’autres auront carrément centralisé tout leur exercice promotionnel sur cette page.

Mais surtout, pendant tout ce temps, j’imagine que Zuckerberg rigolait de bon coeur.

Parce que désormais, la joyeuse époque de la “drogue gratuite” est terminée. Maintenant, lorsque vous publiez un truc à partir de votre “fan page”, pour que celui-ci se rende à vos centaines ou milliers d’abonnés, vous devez sortir votre carte de crédit afin que le message atteigne tout votre auditoire. Et évidemment, plus vous avez d’abonnés, plus vous devez payer afin d’y parvenir. Logique non?

***

Depuis plusieurs mois, on assiste maintenant à un autre type de course aux abonnés. Celle-ci se fait notamment à partir des comptes personnels de certaines webstars. Au cours des dernières semaines, on a abondamment parlé des Matthieu Bonin, Pat Vaillancourt, Noémie Dufresne et plus récemment de Guylaine Vedette Gagnon.

Un avantage majeur en ce qui concerne ces comptes personnels, est que le rayonnement de ceux-ci ne nécessite pas de financement. En d’autres mots, quand bien même que Noémie Dufresne aura plus de 100 000 abonnés (c’est d’ailleurs le cas), si elle publie quoi que ce soit, eh ben, ce quoi que ce soit sera affiché dans les 100 000 fils d’actualités de ses abonnés. Pas pire hein?

Or, tout ça c’est bien beau et surtout, plutôt efficace comme argument de vente lorsqu’on magasine des commanditaires mais qu’en est-il lorsqu’on vous suspend temporairement l’accès à votre compte pour une raison x?

Prenons pour exemple le vlogueur Matthieu Bonin qui, après avoir atteint le chiffre magique des 50 000 abonnés a vu son compte être suspendu pour une durée de près d’un mois. Quand ta business repose en grande partie sur ça, c’est plus ou moins pratique non?

Traitez-moi de théoricien à cinq cennes mais ça ne serait peut-être pas fou d’offrir un type de compte qui permettrait certains privilèges aux utilisateurs en puissance. Par exemple, lorsqu’un individu atteindrait un certain seuil d’abonnés, celui-ci aurait droit à un contrôle plus rigoureux de tout ce qui entre et sort de son compte Facebook, tout ça, moyennant une somme d’argent. À mon avis, ce serait là une situation gagnant-gagnant. Facebook fait de l’argent et le “power user” s’assure d’un contrôle de son réseau. Et puis, disons que c’est beaucoup plus simple de revendiquer des trucs auprès d’un fournisseur de services lorsqu’on le paie pour ces services.

Une chose est certaine, tel le dealer de l’école secondaire, Facebook a réussi à rendre accro un nombre record d’individus. Mais la plus grande réussite de Facebook, c’est d’avoir transformé une grande partie de ses clients en revendeurs.

Une espèce de gratuité pyramidale bref…

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Lundi 10 juin 2013 | Mise en ligne à 10h03 | Commenter Commentaires (9)

Entre l’ombre et internet

Ça fait un peu plus de trois ans.

J’étais dans un bar de Québec avec la Clique du Plateau. Le blogueur évidemment. On buvait une bière et depuis quelques minutes, j’essayais de lui faire prendre conscience de toute la force d’impact qu’il pouvait avoir. Et puis, de son côté, il balayait du revers de la main chacun de mes arguments sous prétexte que c’était les médias qui s’imaginaient tout ça dans leur tête.

Mais ce qui était d’autant plus déstabilisant, c’est que le gars ne me disait pas ça par fausse modestie cheapette. En fait, le gars n’en avait tout simplement rien à branler. De son point de vue, malgré les dizaines de milliers d’internautes qui visitaient son site, la Clique du Plateau ne se voyait pas comme un acteur significatif dans le paysage québécois. Et avec bien du recul, il était bien loin d’avoir tort.

On peut aussi bien être le roi du web québécois et du même coup, figurer parmi les plus illustres inconnus au sein de la population en général.

Car ne le cachons pas, le Québec est l’une de ces rares sociétés à être dotés d’un microcosme web bien à lui. Nous avons un web distinct. Un peu comme à l’image de la télé québécoise. Nous avons notre propre télé car, de par notre culture principalement francophone et de notre mode de vie américanisée, nous avons une certaine difficulté à nous reconnaître à la fois dans l’offre télévisuelle anglophone et européenne. De là, ce besoin d’inventer nos propres personnages, notre propre showbiz québécois, etc.

Il en est de même pour notre microcosme web québécois. Nous avons nos propres vedettes, nos propres références, nos grandes gueules, etc. Or, de nombreuses personnalités incontournables du web sont tout simplement inconnues du grand public.

Et pourquoi? Pour bien des raisons en fait. Parce que ce ne sont pas tous les groupes d’âge qui accordent autant d’importance au web. Parce que malgré une certaine démocratisation du web, une grande partie de la population ne s’y est pas encore adaptée. Parce que les gens aiment être en sécurité et que les médias traditionnels leur offrent l’encadrement moral et éthique que le web ne peut pas offrir. Et on pourrait continuer ainsi pendant un moment.

Maintenant, pardonnez-moi cette acrobatie narrative, mais permettez-moi de vous ramener à cette fameuse bière en compagnie de la Clique du Plateau. Je venais alors de m’enthousiasmer devant tout l’auditoire dont la Clique bénéficiait et celui-ci m’a alors invité à me prêter à un jeu fort simple. Nous avons donc interpellé quelques personnes comme ça au hasard afin de nous nommer des blogues qu’ils connaissaient. Et vous savez quoi? De un, la majorité des individus interpellés n’avaient aucune idée de ce qu’était un blogue. Et de deux, si ma mémoire est bonne, personne n’avait vraiment entendu parler de la Clique du Plateau. De quoi vous remettre les deux pieds sur Terre.

Trois ans se sont donc écoulés depuis. Les choses ont-elles vraiment changé? Le web est-il mieux organisé afin de gagner considérablement du terrain par rapport aux médias traditionnels? Ou le web est-il tout simplement destiné à demeurer une alternative? Les générations plus portées vers le web sont-elles appelées à dériver lentement mais sûrement vers un certain conformisme se traduisant par la télé et la radio?

Seul Dieu le sait mais le diable s’en doute.

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Mercredi 29 mai 2013 | Mise en ligne à 20h36 | Commenter Commentaires (6)

J’aimerais te parler

Au bout du fil, je ne reconnais pas immédiatement la voix de Pat Vaillancourt. J’ai de la difficulté à le reconnaître, car le personnage débordant généralement de joie de vivre semble visiblement sous le choc. Et là, pas le genre de choc qui précède l’envolée vers la gloire, mais bien ce choc que tu tentes d’encaisser quand la vie se décide à te sacrer une bonne claque en plein visage.

« Je veux pas te déranger man, mais j’avais besoin de parler et j’ai pensé à toi », que Pat me lance.

Vous m’excuserez la formule usée à la corde, mais ceux et celles qui connaissent Pat savent tous que ce gars est tout simplement un grand cœur sur pattes. Par exemple, quand Pat met en ligne une vidéo s’adressant aux jeunes qui sont victimes d’intimidation, le gars va assurer jusqu’au service après-vente. Quand bien même qu’il recevra de cinquante à cent courriels par jour en provenance de jeunes en détresse, Pat s’est donné comme engagement de leur répondre personnellement un à un. Il arrive même qu’il passe du temps au téléphone avec eux, quitte à faire deux heures de voiture afin d’aller leur rendre visite ainsi qu’à leurs parents.

Il y a quelques jours, dans un moment de folie, Vaillancourt publiait une vidéo où l’on pouvait y voir brièvement le vlogueur Matthieu Bonin assis sur le trône. Pas la blague du siècle mais on peut s’entendre qu’il n’y avait rien là pour déchirer sa chemise et partir en croisade. Or, un internaute a signalé la vidéo, jugeant qu’elle était inappropriée. Résultat : plus moyen pour Pat d’entrer en contact avec les jeunes qui l’interpellaient s’ils ne figuraient pas parmi ses « amis » Facebook.

Ce n’était pas la première fois qu’une telle histoire se produisait. En fait, il s’agit là d’une pratique de plus en plus répandue chez les poids lourds de Facebook. « J’en ai fait des pieds et des mains pour que mon compte revienne à la normale. J’ai des contacts chez Facebook Canada qui ont parfois pu me venir en aide, mais cette fois-ci, ça a été plus difficile. »

Jusqu’à une période indéterminée, Pat est donc contraint à voir défiler les messages des jeunes sans pouvoir leur donner suite. Sans même pouvoir leur dire : « Attends-moi, je suis là. »

Évidemment, lorsque Pat a appris le suicide d’Ann-Élisabeth Belley, cette adolescente de 14 ans, l’histoire l’a immédiatement interpellé. « Quand j’ai vu sa photo, son visage m’a tout de suite dit quelque chose. Je savais que je la connaissais, mais j’ignorais pourquoi. Alors j’ai cherché son nom et là, ça m’a vraiment rentré dedans. »

C’était vendredi passé. Pat était chez son agent lorsqu’il a reçu son message. Il s’en rappelle car il aurait aimé y répondre sur-le-champ. Et, cruelle ironie du sort, il avait tout le temps du monde pour le faire.

“Salut, j’aimerais te parler

?

J’imagine que ta pas le temps”

Un bref message qui contient toute la détresse du monde.

« Je ne te dis pas que j’aurais pu assurément lui sauver la vie, mais j’aurais aimé lui dire que je me souciais d’elle, que je m’intéressais à son histoire » , d’expliquer Pat.

Quand je lui fais allusion aux possibles lacunes du système, Pat ne se prête pas au jeu d’accuser qui que ce soit. Si les jeunes lui accordent leur confiance, c’est avant tout parce qu’ils ressentent une proximité à son égard. « Être populaire sur le web, ce n’est pas comme être une star traditionnelle. On ne s’adresse pas au même auditoire et surtout, on a une espèce de devoir de rester en contact avec notre public. Si je vois Patrick Huard dans la rue, je n’irai pas lui parler parce qu’il y a une certaine éthique comme quoi il ne faut pas déranger les vedettes. »

Et c’est sans compter sur le fait que pendant toute sa jeunesse, Pat a gravement souffert d’intimidation. « Il ne se passait pas une journée sans que je ne revienne pas blessé. Quand l’école finissait, je ne me rendais pas chez nous, je m’enfuyais chez nous. Je devais prendre des raccourcis et sauter par-dessus des clôtures. Je vivais constamment avec la peur. »

De ce fait, Pat est en mesure de confirmer qu’au cours des années, le phénomène de l’intimidation ne s’est pas du tout atténué. « À mon époque, ça sautait plus aux yeux. C’était très physique. Maintenant, c’est davantage de la violence psychologique et c’est doublement plus cruel, car les parents ne peuvent pas toujours comprendre à quel point c’est un cauchemar qui n’arrête pas. Les histoires qu’on entend dans les journaux, on croit que ce sont les plus horribles, mais ce n’est que la pointe de l’iceberg. Chaque jour, on me confie des dizaines d’histoires d’horreur. »

Maintenant, peut-on espérer de voir la situation prendre une tournure plus positive un jour ou l’autre? « Chaque petite action va finir par donner un résultat. Je ne pense pas qu’il y ait une solution miracle, mais une chose est certaine, il y a toute une culture du web à revoir au Québec. Certaines personnes influentes du web ont glorifié le phénomène de trolling et depuis un bon moment, le trolling a le dos large. On te sacre une claque en arrière de la tête et immédiatement, on te dit de ne pas dramatiser, car ce n’est que du trolling. La situation est inquiétante, mais je sens que les choses peuvent changer. »

Et le changement commence ici. Et surtout, il commence par vous.

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