Le blogue de Joel Martel

Archive de la catégorie ‘Troublant’

Lundi 2 décembre 2013 | Mise en ligne à 15h49 | Commenter Commentaires (11)

Lettre à Guy A. Lepage : Mais nous avons l’internet

Salut Guy,

tu dois bien t’en douter, je t’écris cette lettre en réaction à l’épisode de TLMEP qui a été diffusé hier.

Aussi, tu remarqueras que je me permets de te tutoyer, car  tu as énormément marqué mon imaginaire alors que j’étais jeune. Je l’ai déjà raconté à de multiples reprises, mais alors que j’avais 9 ou 10 ans, j’étais allé voir un spectacle de RBO et j’avais eu la chance d’avoir une place à la toute première rangée. À un moment du spectacle, vous étiez en train d’interpréter Le tour du monde et dans toute ma candeur d’enfant, j’ai cru à un moment que notre regard s’était croisé et j’en ai profité pour te saluer de la main. C’est alors que tu as fait un doigt d’honneur bien senti. Or, j’ai compris depuis longtemps que cela faisait probablement partie de la mise en scène et dans le cas échéant, recul aidant, je la trouve drôle en ciboulette. Bref, si je te tutoie, c’est pour ça et aussi parce que tu me suis sur Twitter. Je sais que ça aurait été beaucoup plus trippant pour toi de recevoir une lettre de Rabii Rammal, mais ça ne devrait pas trop tarder non plus.

Depuis plus d’un an, je consacre une bonne partie de ce blogue à ce qui se passe dans le paysage du web québécois. Auparavant, j’ai beaucoup écrit à propos de sujets chauds, mais à ma grande surprise, je n’ai jamais autant essuyé de critiques cinglantes de la part des lecteurs depuis ce temps. On remet sans cesse en question mon statut de journaliste, notamment car je donne une visibilité à ces “agitateurs du web”, et ce, dans un blogue hébergé par une machine médiatique reconnue. C’est donc sans grand étonnement que j’ai assisté au tollé ayant entouré l’annonce du passage de Gab Roy sur le plateau de TLMEP.

Ici, qu’on se comprenne, le but de cette lettre n’est pas de défendre qui que ce soit, mais bien de faire une critique que je juge pertinente.

Depuis de nombreuses années, un microcosme s’organise sur le web québécois. J’emploie le terme “microcosme», car à l’image de notre production télévisuelle, notre web se distingue énormément. C’est là un phénomène de société que je juge fascinant. Bien entendu, comme notre web n’est balisé que par une conception parfois très relative du gros bon sens, il arrive souvent que certains acteurs de cet univers en plein bouillonnement effectuent des sorties de route parfois très spectaculaires. Et ça, tu as bien su le démontrer lors de l’épisode de TLMEP hier.

Et c’est correct. Parce que c’est un fait indéniable et que ça serait ridicule d’en faire fi en espérant que personne ne s’en rende compte. Toutefois, le web québécois, c’est bien d’autres choses que des sorties de route et des dérapages moraux. Je ne t’apprendrai rien en te disant que les figures connues du web québécois ont, pour la plupart, créé leur propre étoile. À force d’expérimentations, d’audaces, d’essais et de nombreuses erreurs, ces visages bien connus de la communauté web ont rarement bénéficié d’une tribune traditionnelle afin de rayonner. Ils sont allés chercher leur public un à un et ils bénéficient rarement d’un encadrement, genre un gérant ou juste un ami sensé, qui leur dirait parfois : “Wô minute mon chum”.

Donc, en ce qui a trait au web-paysage québécois, on assiste en quelque sorte à deux solitudes. Car ça serait faux de prétendre que quiconque utilise internet en connaît les moindres rouages. Pour faire une image très poche, ce n’est pas parce que tu empruntes une autoroute que tu sais nécessairement où mène chaque sortie. Il y a beaucoup plus d’utilisateurs de Facebook qui savent fuck all qu’un paysage médiatique alternatif s’est construit sur le web québécois. Or, comme tu l’as dit dans l’épisode diffusé hier, il y a quand même près de 100 000 personnes qui sont abonnées à un personnage comme Gab Roy, ce qui laisse entendre qu’il y a bel et bien un auditoire considérable qui prête attention à ce microcosme.

Et c’est là que je trouve ça dommage. Parce que oui, c’était évident et même nécessaire que tu profites de la présence de Roy afin de le confronter en ce qui concerne certains de ses tristes faits d’armes. Cependant, j’ai eu cette impression que l’invitation de Simon Jodoin et de Mathieu Saint-Onge n’était qu’une excuse afin de justifier ce qui s’apparentait à une “intervention” auprès de Roy.

Une fois de plus, je qualifierai ce rendez-vous manqué de décevant. Non seulement on tenait là une occasion rêvée de faire connaître un univers et une communauté méconnue du grand public, mais en plus, on avait là devant nous des gens qui y prennent part activement et qui font un effort non négligeable afin de donner un certain sens à toute cette éclosion créative. Ici, je ne te parle pas des blogues populaires qui font découvrir des recettes ou des trucs comme ça mais bien de gens qui se servent du web afin d’établir une tribune alternative.

En ce lundi, j’ai ce sentiment que des centaines de milliers de téléspectateurs ont changé de perception quant à l’univers parallèle du web. Du coup, internet n’est plus qu’un simple ramassis de tuyaux dans lesquels circulent des photos “cutes” de chats et des recettes de tartes aux pommes. Non, à tout cela s’ajoute maintenant des “pas de classe” et des capotés qui s’excitent sur du contenu zoophile. Pas très reluisant.

Mais en plus, je trouve ça vraiment nul pour les autres invités. En fait, par pour tous les autres invités, mais notamment pour Les Survivantes. J’ose imaginer que cela n’était pas le but, mais si l’on regarde la dernière heure de cet épisode de TLMEP, on a presque l’impression d’assister à une mise en place sournoise d’éléments afin d’en arriver à un grand spectacle final. Comme si chaque invité allait ultimement servir à une confrontation qui, disons-le, a peu fait avancer les choses. Je trouve ça vraiment plate qu’aujourd’hui, on parle davantage du passage de Roy plutôt que de ces femmes qui ont eu à affronter la vie dans ce qu’elle a de plus cruel.

D’ailleurs, je me permettrai de te poser une question qui tue: “Si tu avais invité Roy la semaine passée ou la semaine suivante, celui-ci ne se serait donc pas retrouvé sur le même plateau que Les Survivantes. De ce fait, son passage à  TLMEP aurait-il suscité autant de réactions? ”

Enfin Guy, sache que si je consacre autant de temps à observer le web-paysage québécois, et surtout à écrire à cet effet, c’est qu’à une autre époque, j’aurais vraiment aimé écrire sur le rock n’ roll. Tu sais, à l’époque où on prétendait que le rock était ce qu’il y avait de plus subversif et qu’on l’associait au diable? L’émergence du web m’apparaît en quelque sorte comme une manifestation d’une nouvelle forme de contre-culture. Évidemment, cette contre-culture ne laisse pas sa place en matière de points critiquables et questionnables, mais j’ai foi que dans plusieurs années, nous regarderons cette époque en nous étonnant de la levée de boucliers en ayant découlé.

On se rappellera des prêtres et des curés qui ont condamné le rock.

Et on se rappellera de l’épisode d’hier de TLMEP.

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Lundi 2 septembre 2013 | Mise en ligne à 0h46 | Commenter Commentaires (25)

Du sang de cochon dans les yeux

Salut à toi « Gars-qui-pitche-du-sang-de-porc-du-Québec-sur-une-mosquée-au-Saguenay ». Tu dois t’en douter, je t’écris justement en lien avec le fait que tu aies pitché du sang de porc du Québec sur une mosquée au Saguenay.

Aussi, tu l’auras remarqué, bien que je ne te connaisse pas – du moins je l’espère de tout mon cœur- je me suis toutefois permis de te tutoyer. L’affaire, c’est que les gens qui commettent des gestes racistes et/ou haineux, je respecte ça autant qu’une mousse de nombril et entre toi et moi, si on se met à vouvoyer nos mousses de nombril, où est-ce qu’on s’en ira? D’ailleurs, je t’écris ça et j’imagine que ça doit te parler une fin de phrase comme « où est-ce qu’on s’en va? », étant donné ton geste…

Tu dois t’en être déjà aperçu, ce que tu as fait est venu me chercher profondément dans mes tripes. Vois-tu, outre le geste qui démontre que ton esprit est visiblement resté emprisonné dans un vortex temporel qu’on pourrait situer à l’époque des barbares, ça vient littéralement me chercher en tant que gars qui habite de l’autre bord du Parc. Tu sais, chaque semaine, j’encaisse directement ou indirectement des gags de collègues ou d’amis de la Grande Ville à propos du fait que les gens de région sont des demeurés et bla-bla-bla. Généralement, je pense m’en sortir pas pire pour faire contrepoids à ça, mais là, avec le « move » d’imbécile que tu viens de faire, faudrait que je rame en ciboulette pour remédier à ça.

D’autant plus qu’on s’entendra que le Saguenay-Lac-Saint-Jean, c’est un peu comme à Rome. Comme dans l’expression qui dit qu’à Rome, on fait comme les Romains sauf que là, on pourrait dire qu’au Royaume des Bleuets, on finit par faire simple un jour ou l’autre. Dans le sens que chaque fois que je pique une jasette avec quelqu’un d’une autre nationalité qui est venu habiter ici dans le 02, c’est rarement long avant que celui-ci ne finisse par pogner trois ou quatre travers de notre coin de pays. Ça peut se sentir dans l’accent, dans le vocabulaire, dans la bouffe, dans le sport, dans la culture, etc. Peut-être avais-tu trop de sang de cochon dans les yeux pour t’en rendre compte?

En fait, si je te dis ça, c’est qu’on a beau inspirer les nouveaux arrivants de par notre culture, ce qui est le fun, c’est que ça va dans les deux sens. Mon gars de trois ans appelle ça le partage. Personnellement, je trouve que ça nous fait du bien. Par exemple, j’ai rarement vu quelqu’un voir sa vie prendre une tournure de marde juste parce qu’il a regardé une partie des Saguenéens à côté d’un musulman. Même chose pour ceux et celles qui ont eu la chance d’accueillir des nouveaux arrivants dans leur cercle d’amis. Tout ce qu’on risque, c’est de s’enrichir et de voir le monde autrement, ce qui n’est vraiment pas une mauvaise chose.

D’ailleurs, c’est drôle que je t’écrive ça parce que là, tu dois t’imaginer que je suis l’exemple parfait du gars qui capote ben raide sur le métissage culturel. Genre que je déjeune en mettant du Végémite sur mes toasts, que j’écoute du Rachid Taha dans mon char en allant travailler, que mon hobby c’est de jouer du sitar indien et que le soir, je m’endors en écoutant du Saori Yuki. Ben non. Je suis l’exemple même du « Québécois de souche » comme tu dois les aimer. Je suis l’archétype idéal du personnage de blanc américain dans une comédie américaine. J’ai plusieurs bonnes connaissances qui proviennent d’autres cultures, mais mon train de vie et ma difficulté à nouer des liens avec quiconque font en sorte que mes chums Edgar ou Enrique ne sont jamais venus souper chez moi et ils ne m’ont jamais invité chez eux. Reste que pour ça, je les comprends. Je ne m’inviterais même pas à souper. J’arrête pas de parler et je suis aussi lourd qu’un mauvais Woody Allen et bref…

Je te raconte tout ça pour que tu comprennes que mon mépris envers les gens intolérants comme toi n’est pas motivé par le fait que je suis un apôtre du multiculturalisme. Je ne suis pas pour ni contre. Je trouve ça juste normal. Pas besoin d’être Hubert Reeves pour comprendre qu’on est tous différents, peu importe notre culture ou notre religion, et qu’on a tous un peu la chienne lorsque quelqu’un hausse le ton ou que les impôts nous courent après. Et sais-tu, ça me rassure de savoir que peu importe notre nationalité, on est tous différents à notre façon. Je dis ça parce que je pense à toi.

Ce qui est le plus drôle, c’est que lorsque j’ai appris ce que tu avais fait, en plus d’avoir été surpris par ton geste, j’ai aussi été surpris qu’il y ait une mosquée à Saguenay. Pourtant, je le savais qu’il y en avait une, mais comme je n’y vais pas, c’est le genre d’information qui n’est pas dans ma mémoire directe. C’est te dire à quel point la religion me préoccupe. Et puis, à mon avis, il n’y pas de meilleure religion, de bonne religion ou de mauvaise religion. C’est comme la musique. Que ça te plaise ou non, ça risque de plaire ou non à quelqu’un d’autre. À la fin, tout ce qu’il peut y avoir de vraiment mauvais, ce sont les interprètes. Et crois-moi, on a beau pointer du doigt les discours rétrogrades de certains prédicateurs islamistes, c’est pas plus rose du côté des cathos.

Là, tu m’excuseras, mais comme il se fait tard, j’ai rendez-vous avec ma télé. J’avais prévu de regarder Sound of my voice. Paraîtrait que ça raconte l’histoire d’un gars qui s’infiltre dans une espèce de secte. Et pour dire vrai, ça c’est le genre de chose qui m’inquièterait si je savais qu’il y en avait une dans ma ville.

En tout cas, tu peux te compter chanceux que je ne suis pas juge. Parce que si tu avais le malheur de te retrouver devant moi à ton procès, vu que tu aimes tant le cochon du Québec, je te condamnerais pendant un an à cuire dans un poêlon quatre paquets de bacon par jour en bédaine.

Allez…

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Mardi 23 juillet 2013 | Mise en ligne à 15h58 | Commenter Un commentaire

Un Mech pour Sarah

Elle s’appelait Sarah. Elle avait cinq ans.

Son père lui avait partagé sa passion pour un jeu vidéo: MechWarriors Online.

Et puis hop, tu sais combien la vie peut parfois être conne? Et surtout, à quel point elle peut être cruelle?

Alors voilà, Sarah est partie en mai dernier. Un cancer du cerveau.

Je t’écris ça et si tu savais à quel point je fais de mon mieux pour garder les bulles d’eau qui emplissent actuellement mes yeux afin qu’elles ne se transforment pas en torrent de larmes sur mon visage.

Je te le dis souvent, il y a trois choses qui me font pleurer dans la vie: la nostalgie, les départs et la beauté du monde.

Eh ben, crois-le ou non, ami lecteur ou amie lectrice, ces trois éléments ont été combinés en mémoire de Sarah.

Vois-tu, suite au décès de Sarah, la communauté de joueurs de MechWarriors Online a fait une pétition afin d’honorer la mémoire de cette jeune joueuse.

C’est donc en collaboration avec la Société canadienne du cancer (SCC) que les développeurs du jeu préféré de Sarah ont créé un Mech (gros robot pour les non-initiés et ici, ce ne sont pas mes mots mais bien ceux d’une vraie initiée) spécialement en l’honneur de la regrettée jeune dame. Évidemment, 100% des profits seront versés à la Société canadienne du cancer, déduction faite des taxes de vente applicables et les frais de transaction de tiers tels que les cartes de crédit et les frais de traitement de paiement. Ces frais représentent moins de 4%. Pour plus de clarté, les concepteurs et développeurs ne font pas d’argent avec les fonds donnés.

Ça se passe ici et pour ceux et celles qui préfèreraient avoir toute l’information en français, on m’a fait savoir que ça ne devrait pas tarder.

Allez, j’ai deux yeux à sécher maintenant.

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