C’était au milieu des années ‘90 ou en bon français, à cette époque pré-onzeseptembresque que j’aime appeler les nineties.
Mon père, que je ne voyais que très rarement et pour qui la moindre notion d’engagement relevait de la pure science-fiction, avait accepté de réaliser l’un de mes plus grands rêves en tant qu’enfant: m’inscrire au Club Columbia.
Pour les plus jeunes lecteurs qui n’ont pas eu la chance de connaître cette époque, un abonnement au Club Columbia nous permettait de mettre “gratuitement” la main sur un lot considérable de cassettes et de disques compacts, tout ça en échange d’un engagement à acheter ensuite une dizaine d’autres disques ou cassettes au cours d’une période X de temps. Maintenant, vous me pardonnerez le côté vague des détails quant aux nombres de disques et de cassettes ainsi que la période de temps mais la partition de mon cerveau qui gère mes souvenirs des nineties contient de nombreux secteurs défectueux.
Je me revois encore à décortiquer avec passion tous les petits catalogues promotionnels de Columbia que j’avais récoltés et à espérer mettre la main sur le filon du siècle. Je me souviens de ces longues semaines d’attente à souhaiter jour après jour que mon lot de cassettes soit arrivé. Mais surtout, je me rappelle dans les moindres détails du trajet que j’avais alors emprunté, ce jour où mes cassettes étaient arrivées chez ma grand-mère. Ça peut sembler con, mais je paierais très cher juste pour revivre l’excitation qui m’avait habité tout au long de la courte promenade entre la maison de ma grand-mère et la mienne. Ça aussi c’est con, mais je ne peux pas oublier la texture de la boîte de carton qui contenait toutes ces cassettes.
Et puis, c’est en ouvrant cette boîte que la magie a lentement commencé à se dissiper. Tout d’abord, de mes quatorze ans d’existence, et ce, malgré une sélection de titres étudiée et ultra-étudiée, j’avais fait de nombreux mauvais choix. En fait, un seul titre parmi la dizaine de cassettes me revient à l’esprit. Mais un sacré titre quand même et j’ai nommé The Downward Spiral de Nine Inch Nails.
Et qu’est-il advenu de ces autres cassettes? Elles ont été éclipsées par NIN. Tout simplement. Dans le lot, une seule a remporté la guerre et ce fut celle-ci.
Cette expérience m’a toutefois façonné en tant que mélomane. J’ai ainsi retenu que la musique, c’est un peu comme les amis. Quand bien même que tu en auras des milliers, tu ne pourras qu’apprendre à les connaître un seul à la fois. Bon, c’est limite craignos comme affirmation mais c’est pas faux non plus.
À l’époque où nous vivons, je sens que le temps me dépasse de plus en plus musicalement. Je n’ai plus la curiosité suffisante pour vouloir entendre tout ce qui vient de sortir. En fait, j’ai tellement l’impression d’être inondé que j’ai de plus en plus peur de plonger. Je me sens dans un syndrome de Columbia perpétuel. C’est épeurant.
Est-ce de la faute du web et de ses milliers d’opportunités de promouvoir la musique? Est-ce qu’il faut maintenant user de discipline afin d’être un mélomane accompli? Existe-t-il une méthode efficace afin de séparer le bon grain de l’ivraie? Devrais-je payer mon collègue André Péloquin afin de m’imposer l’écoute d’un nouveau disque chaque semaine?
Va falloir que je bosse sérieusement là-dessus.
Je ne souhaite surtout pas m’emprisonner dans les mêmes 8 disques jusqu’à la fin de ma vie.
Alors, je commence par quoi? C’est quoi le nouveau truc qui est bon?
Lire les commentaires (11) | Commenter cet article

L'utilisation de Facebook sert uniquement à simplifier votre inscription. 




