Le blogue de Joel Martel

Le blogue de Joel Martel - Auteur
  • Joël Martel

    Joël Martel est journaliste au Quotidien/Progrès-Dimanche depuis septembre 2012
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    Vendredi 1 novembre 2013 | Mise en ligne à 0h21 | Commenter Commentaires (4)

    Trouble en vrac

    Dans moins de deux semaines, le journal Voir lancera sa toute nouvelle plateforme répondant au nom de trouble.voir.ca. Cette nouvelle section de son site web mettra à profit le talent d’une panoplie de créateurs de contenu bien connus du web tels que Matthieu Bonin ainsi que Murphy Cooper, qu’on a connu dans une autre vie sous le pseudonyme Le Détesteur.

    Bien que les grandes lignes de la plateforme n’aient même pas encore été révélées dans leur totalité, on peut déjà lire ici et là de nombreux commentaires à l’égard du projet. Or, de toute évidence, les détracteurs de trouble.voir.ca s’en donnent à coeur joie. C’est même à croire qu’ils se sentent investis d’une mission.

    Pour être franc avec vous, j’ai en main depuis plusieurs semaines l’une des premières ébauches de trouble.voir.ca. C’est l’idéateur du projet, le blogueur Julien Day, qui m’en avait fait cadeau à la fin de l’été. D’entrée de jeu, l’intérêt suscité par un tel projet m’avait semblé indéniable. De plus, la faisabilité d’une telle plateforme me semblait plus que jamais incontournable dans le contexte actuel du web-paysage québécois.

    On ne se fera pas de cachettes, le milieu des médias écrits prend de plus en plus l’apparence d’un épisode grandeur nature de Survivor et ceux et celles qui désirent sortir vivants de cette épreuve doivent autant faire preuve d’audace que de loyauté. Et il s’agit là d’un équilibre pas si évident à mettre en place.

    Littéralement mystifié par l’acharnement de certains détracteurs de la plateforme à venir, j’ai donc identifié quelques points qui pourraient expliquer ce phénomène. Bien entendu, je me suis prêté à ce jeu en toute humilité et à des fins de transparence: oui, j’ai autrefois fait partie de la famille Voir. Néanmoins, je crois être très objectif quant à Voir car même s’il s’agit du premier média à m’avoir donné une tribune et m’avoir donné la chance de prendre mon modeste envol, il s’agit aussi de la première entreprise à m’avoir annoncé la perte de mon emploi par téléphone. On ne peut presque pas faire mieux question équilibre. :-)

    1- Les maudites webstars: Depuis que je tiens ce blogue, il suffit que je fasse mention d’une personnalité issue du web québécois pour qu’une levée de boucliers se fasse sentir. Certains me le font savoir pas messages privés, via les commentaires de ce blogue ou sinon, publiquement en commentant les textes ou observations que je partage sur les réseaux sociaux. Au risque de m’adonner à une généralisation, on retrouve à peu près trois catégories de gens qui n’aiment pas nos “webstars”.

    En premier lieu, il y a le “haïsseur” radical. Somme toute, il semble connaître l’identité de tous ces personnalités du Far-Web mais à la moindre allusion d’un d’eux, c’est un peu comme si Dany Bédard annonçait qu’il sortait un album double sur la Charte des valeurs: l’exaspération l’habite aussitôt.

    En deuxième point, on retrouve le gars qui n’en a juste rien à foutre de quiconque fait parler de lui en créant du contenu à succès sur le web. Je l’appelle affectueusement l’internaute au petit doigt en l’air. Picasso aurait débuté sa carrière à l’aide d’un Tumblr et “le petit doigt en l’air” aurait probablement nié le talent de celui-ci jusqu’à la fin.

    Enfin, la troisième catégorie comprend tous ceux et celles qui ont lu ou entendu quelque part que les personnalités du web sont des gens pas gentils, sans morale et sans culture. On les surnommera “les autres”.

    En tenant compte que la plateforme trouble.voir.ca réunira non pas deux mais plusieurs de ces personnages, il est donc guère étonnant que les détracteurs des maudites webstars se sentent intensément interpellés et surtout, qu’un besoin grandissant de justice les habite progressivement.

    2- Voir engage souvent des “baveux”: Je me plais souvent à raconter cette histoire mais c’est après avoir envoyé une lettre d’insultes guère géniale à l’attention du rédacteur en chef de Voir Saguenay/Alma que j’ai débuté ma carrière de journaliste et chroniqueur. Pour faire une histoire courte, un échange loyal entre Jean-François Caron et moi a fait suite à cette lettre et de fil en aiguille, M. Caron a vu en moi un pigiste potentiel.

    Ici, n’allez pas croire que c’est là la norme afin d’entrer au sein de cette équipe mais il reste que depuis ses débuts, Voir n’a jamais hésité à donner une tribune à certaines personnalités dont le franc-parler (ou plutôt franc-écrit) est indéniable. Alors qu’autrefois ces personnalités “baveuses” n’avaient que leur espace rédactionnel pour mettre de l’huile sur le feu ou afin de calmer le jeu, il existe aujourd’hui un espace public où les échanges peuvent se faire en temps réel: les réseaux sociaux. De ce fait, celui ou celle qui remettra en question sur la place publique la démarche ou l’articulation d’une idée venant d’un auteur  pourra aussitôt être appelé à devoir confronter ledit auteur dans un délai très rapide.

    Alors voilà, lorsque des personnalités du web s’affichent avec un humour plutôt évident comme étant “L’internet” et que celles-ci sont ensuite engagées par un média reconnu pour son côté “baveux”, il est théoriquement plausible que certains y voient de l’effronterie au carré. En fait, oubliez tout de suite le “théoriquement plausible” et substituez-le par “tout à fait compréhensible”.

    3- Voir n’est plus ce qu’il était: Oui oui. C’est ça. Et TVA n’est plus ce que Télé-Métropole était dans le temps. Et V a tué ma roue chanceuse avec le beau Donald Lautrec. Et la dernière saison de Watatatow n’était plus ce que la première saison était. Et je ne suis plus le même homme qu’il y a quinze ans. Et le monde n’est plus ce qu’il était avant le 11 septembre 2001. Et Google n’est pas ce que La Toile du Québec était à l’époque. Et Salut Bonjour était un bien meilleur show dans le temps où c’était Guy Mongrain qui l’animait. Et Division Bell n’était pas un vrai disque de Pink Floyd. Et bla bla bla bla bla bla bla bla.

    Nous vivons mais aussi, nous pourrissons sans cesse. Telle est la dure réalité avec laquelle nous devons apprendre à exister. Or, ce qui est fabuleux avec les médias, c’est qu’ils peuvent traverser le temps. Cependant, en traversant le temps, ceux-ci doivent aussi s’y adapter. De plus, les individus qui alimentent ces structures se succèdent, ce qui finit un jour ou l’autre par en modifier l’essence. Un média est la somme d’une diversité de points de vue qui eux, sont en perpétuelle évolution. On ne parle pas ici de la recette secrète du Colonel Sanders.

    Mais bon, si ça peut rassurer quelques personnes, dites-vous qu’à quelque part dans le temps, vous êtes les meilleurs. Peut-être pas maintenant, mais dans dix ans, vingt ans ou cent ans, on se rappellera du temps où c’était vous qui mettait à l’épaule à la roue et on se dira que c’était alors bien mieux.

    ***

    Est-ce que trouble.voir.ca sera un important précédent dans le web-paysage québécois? Ou aura-t-on droit à un échec artistique et/ou commercial?

    Je serais bien prétentieux de m’avancer à cet effet. Seul le temps le dira.

    Et en ce qui concerne ses détracteurs, je suggère à ceux-ci de prendre leur mal en patience jusqu’au 12 novembre. De toute façon, si à leur grand bonheur le destin faisait en sorte que trouble.voir.ca se révélait comme étant un flop, ils auront alors en main tous les outils nécessaires afin de faire valoir leur “victoire”.

    Pour ma part, je souhaite que le projet remporte un succès car celui-ci pourrait éventuellement inspirer d’autres acteurs du milieu médiatique à mettre à profit ceux et celles qui donnent au web québécois sa couleur si particulière au lieu de simplement se servir du web en tant que canal supplémentaire de diffusion.

    Une chose est certaine, peu importe l’issue de cette expérience, on gardera en mémoire les noms de ceux et celles qui auront osé tenter le coup.

    À suivre.


    • Cher Joël, je dois être bien vieille, ayant vue naître Voir Montréal (à l’époque, pas besoins de nommer la ville, il n’y en avait qu’un) et en être devenue une lectrice assidue, si non, passionnée.
      Malheureusement, depuis ce temps, la rédaction n’a cessé de me décevoir. Ce doit être moi qui vieillit mal mais l’arrivée de Simon Jodoin a, à mon humble avis de matante, emmené la publication vers le bas. Ses prises de positions font passer le Richard Martineau d’aujourd’hui (parce qu’à l’époque il n’était pas du tout dans la même ligue droite/radio poubelle) pour un gars de gauche.
      Je lis rarement les webeux dont tu nous annonce l’arrivée, si ce n’est quand leurs débordements font scandale. J’irai voir…mais m’étonnerait que je sois leur public cible.
      Ton admiratrice du Maxi :)

    • Vous êtes ”mystifié” par la hargne à l’endroit de ces personnages?

      Les gars(Bonin,Day ou Cooper ex.) font du ”trolling”,du ”hate” et du mépris sur tout ce qui fait pas leurs affaires ou n’entre pas dans leurs goûts, et vous êtes ”mystifié” des critiques à leur sujet?

      Vous ”trollez”, non?

      (ps. J’ai fait par exprès de ne pas mentionner Gab Roy, démolir votre billet sur vos amis aurait été un peu trop façile, et je suis un gars de défi plus que de façilité. Merci.)

    • En quelque part Voir a été victime ou tenté par une tengeante malheureuse empruntée par le web. Il y a une méchante différence entre un blogueur qui n`a pas peur de dire ce qu`il pense et de s`exprimer sans l`usage de la langue de bois des medias dits conventionnels et un blogueur qui dit n`importe quoi et qui volontairement cherche à pousser les limites,provoquer,déconner ,choquer …Ce genre là est voué à la dérape et éventuellement au mieux à se forger une niche parmis un public cible tres précis sans possibilité réelle d`expansion. Je ne dis pas que Voir s`est mis à faire du n`importe quoi mais contrairement au scénario habituel c`est Voir qui a quitté son public cible.

      Malgré les apparences je crois qu`on ne peut réinventer la roue mais qu`on peut exploiter les carences et les limites imposées par la tradition. Reste qu`il y a des limites à respecter parce que l`élastique un jour…

      Je crois qu`on a fait de géniales découvertes grace au web et que sa pertinence n`est plus à prouver mais la tarte du potentiel demeure la même que les médias conventionnels jusqu`au jour ou la tarte humaine se tourne vers autre chose !

    • Il faut être suivi par combien de personnes pour être une webstar? Personnalité du web, peut-être, mais star? C’est un petit questionnement étymologique.

      C’est peut-être uniquement la perception que j’ai, mais ces webstar que l’on voit émerger n’ont pas tendance à verser dans la nuance. Ils ont plutôt tendance à faire les polémiste, les “baveux” comme certain disent, parce que cela attire plus de vue comparativement au temps investi. Il existe surement de ces nouvelles star plus tempéré dont j’ignore, mais avons-nous vraiment besoin d’autres Martineau?

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