Le blogue de Joel Martel

Archive, septembre 2013

Mardi 3 septembre 2013 | Mise en ligne à 16h06 | Commenter Commentaires (35)

La région, c’est pas toujours con

J’ai toujours été fasciné par le mépris exercé par certains citoyens des grandes villes à l’égard des gens qui habitent en région. Parfois, c’est une forme de mépris purement animée par la mauvaise foi tandis que d’autres fois, c’est un mépris quasiment accidentel. Et là, je vous invite à bien lire que j’ai écrit « certains ». Loin de moi l’idée de vouloir généraliser.

Ici, n’allez surtout pas croire que je tente pathétiquement de relancer le débat entourant « la guerre » opposant les régions aux milieux plus urbains. Vraiment pas. Et de toute façon, je n’ai pas le poids de certains autres chroniqueurs ou blogueurs afin de le faire et puis, même si c’était le cas, c’est là un débat que je juge comme étant débile.

En fait, si je vous partage cette fascination, c’est que je n’arrive pas à comprendre comment cette forme de mépris finit par devenir cohérente dans la tête de ceux et celles qui en viennent à penser ainsi. Et si je vous dis ça, c’est en connaissance de cause. Car je dois m’en confesser, j’ai déjà été atteint par cette curieuse façon de voir le monde alors que j’habitais à Montréal. J’ignore de quelle façon que le mépris quant aux régions  avait alors pu s’installer dans ma tête, mais c’est bel et bien arrivé. Peut-être entretenais-je à l’époque une amertume envers ce que je n’avais pas accompli dans mon coin de pays et que je la transposais sur toute une population?

Toutefois, il y a une chose dont je suis dorénavant conscient : le mépris agit comme un filtre. Un peu comme lorsqu’une photo ordinaire se transforme soudainement après l’avoir traitée via un filtre vintage d’Instagram.

Par exemple, je remarque souvent qu’en tant que chroniqueur et blogueur, il n’est pas rare que des lecteurs ou des lectrices interprètent mes propos en partant immédiatement du fait que j’habite en région. Et là, une fois de plus, je m’en confesse, c’est une donnée que je ne peux pas ignorer dans certains cas lorsque je lis un autre chroniqueur ou blogueur. Disons que ça m’aide à me situer. J’aurais plus tendance à prendre au sérieux un chroniqueur de Montréal qu’un chroniqueur de Saguenay s’il s’agissait d’un papier sur l’état du centre-ville de Montréal. C’est là une simple question de bon sens.

Le mépris dont je vous parlais, il se manifeste lorsque l’emplacement géographique d’un individu devient inconditionnellement ce fameux filtre Instagram. Dans cette optique, peu importe la nature de mes propos, ceux-ci devraient toujours être relativisés quant à l’endroit où j’habite. J’écrirais que mon mets préféré est le macaroni à la viande, et il s’en trouverait invariablement un pour expliquer mes préférences quant à mon lieu de résidence: « On le sait ben, le monde de région connaisse juste le spaghat, le macaroni pis le pâté chinois… »

Je vais mettre mes gants les plus blancs qui soient, mais je trouve ça franchement dénigrant d’être perçu par certaines personnes comme étant un citoyen de seconde zone, uniquement parce que j’ai fait le choix d’habiter en région. Le terme peut sembler fort, mais j’y vois là une certaine forme d’intolérance idéologique.

Je ne vois pas pourquoi les cinq heures de char qui nous séparent de Montréal discréditeraient la vision du monde véhiculée par mes concitoyens. C’est indéniable, je croise régulièrement des gens de ma région qui expriment des propos qui brillent de par leur fermeture et là, je ne veux pas jouer à qui pisse le plus loin, mais les grandes villes ne sont pas démunies non plus en ce domaine. On donne même des tribunes à ces individus afin d’exprimer ces idées. Ce n’est pas peu dire. Et sans trop en vouloir en rajouter, ceux-ci doivent certainement bénéficier d’un auditoire respectable (en nombre) s’ils conservent cette tribune au fil des années.

De par mon travail et mes champs d’intérêt, j’ai la chance de compter sur des collègues allumés et ouverts d’esprit. Aussi, je croise fréquemment des artistes et des intellectuels qui me font sentir tout petit. J’ai souvent eu des conversations diablement enrichissantes avec des ouvriers et des commis de dépanneur. Alors quand le fait d’habiter en région mine instantanément la crédibilité d’un interlocuteur aux yeux de certains individus, je crois avoir le droit de leur montrer un miroir afin de leur dire : « Sors un peu de ta ville chose. » Pour ma part, je le fais chaque fois que j’en ai la chance et c’est toujours stimulant.

Enfin, il y a une chose que je n’ai pas le choix d’accorder quant à ma région. Oui, c’est vrai. Les petites madames ont cette étrange obsession d’avoir plein de mèches colorées dans les cheveux et pour être franc, je n’aime pas ça. Ça ne fait pas de nous pour autant une population arriérée. Et puis, ici, on a des maires. Mais ça, c’est une autre histoire… Je vais laisser ça à mes collègues de Montréal et de Laval. Ils feront certainement un meilleur boulot que moi à ce sujet.

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Lundi 2 septembre 2013 | Mise en ligne à 0h46 | Commenter Commentaires (25)

Du sang de cochon dans les yeux

Salut à toi « Gars-qui-pitche-du-sang-de-porc-du-Québec-sur-une-mosquée-au-Saguenay ». Tu dois t’en douter, je t’écris justement en lien avec le fait que tu aies pitché du sang de porc du Québec sur une mosquée au Saguenay.

Aussi, tu l’auras remarqué, bien que je ne te connaisse pas – du moins je l’espère de tout mon cœur- je me suis toutefois permis de te tutoyer. L’affaire, c’est que les gens qui commettent des gestes racistes et/ou haineux, je respecte ça autant qu’une mousse de nombril et entre toi et moi, si on se met à vouvoyer nos mousses de nombril, où est-ce qu’on s’en ira? D’ailleurs, je t’écris ça et j’imagine que ça doit te parler une fin de phrase comme « où est-ce qu’on s’en va? », étant donné ton geste…

Tu dois t’en être déjà aperçu, ce que tu as fait est venu me chercher profondément dans mes tripes. Vois-tu, outre le geste qui démontre que ton esprit est visiblement resté emprisonné dans un vortex temporel qu’on pourrait situer à l’époque des barbares, ça vient littéralement me chercher en tant que gars qui habite de l’autre bord du Parc. Tu sais, chaque semaine, j’encaisse directement ou indirectement des gags de collègues ou d’amis de la Grande Ville à propos du fait que les gens de région sont des demeurés et bla-bla-bla. Généralement, je pense m’en sortir pas pire pour faire contrepoids à ça, mais là, avec le « move » d’imbécile que tu viens de faire, faudrait que je rame en ciboulette pour remédier à ça.

D’autant plus qu’on s’entendra que le Saguenay-Lac-Saint-Jean, c’est un peu comme à Rome. Comme dans l’expression qui dit qu’à Rome, on fait comme les Romains sauf que là, on pourrait dire qu’au Royaume des Bleuets, on finit par faire simple un jour ou l’autre. Dans le sens que chaque fois que je pique une jasette avec quelqu’un d’une autre nationalité qui est venu habiter ici dans le 02, c’est rarement long avant que celui-ci ne finisse par pogner trois ou quatre travers de notre coin de pays. Ça peut se sentir dans l’accent, dans le vocabulaire, dans la bouffe, dans le sport, dans la culture, etc. Peut-être avais-tu trop de sang de cochon dans les yeux pour t’en rendre compte?

En fait, si je te dis ça, c’est qu’on a beau inspirer les nouveaux arrivants de par notre culture, ce qui est le fun, c’est que ça va dans les deux sens. Mon gars de trois ans appelle ça le partage. Personnellement, je trouve que ça nous fait du bien. Par exemple, j’ai rarement vu quelqu’un voir sa vie prendre une tournure de marde juste parce qu’il a regardé une partie des Saguenéens à côté d’un musulman. Même chose pour ceux et celles qui ont eu la chance d’accueillir des nouveaux arrivants dans leur cercle d’amis. Tout ce qu’on risque, c’est de s’enrichir et de voir le monde autrement, ce qui n’est vraiment pas une mauvaise chose.

D’ailleurs, c’est drôle que je t’écrive ça parce que là, tu dois t’imaginer que je suis l’exemple parfait du gars qui capote ben raide sur le métissage culturel. Genre que je déjeune en mettant du Végémite sur mes toasts, que j’écoute du Rachid Taha dans mon char en allant travailler, que mon hobby c’est de jouer du sitar indien et que le soir, je m’endors en écoutant du Saori Yuki. Ben non. Je suis l’exemple même du « Québécois de souche » comme tu dois les aimer. Je suis l’archétype idéal du personnage de blanc américain dans une comédie américaine. J’ai plusieurs bonnes connaissances qui proviennent d’autres cultures, mais mon train de vie et ma difficulté à nouer des liens avec quiconque font en sorte que mes chums Edgar ou Enrique ne sont jamais venus souper chez moi et ils ne m’ont jamais invité chez eux. Reste que pour ça, je les comprends. Je ne m’inviterais même pas à souper. J’arrête pas de parler et je suis aussi lourd qu’un mauvais Woody Allen et bref…

Je te raconte tout ça pour que tu comprennes que mon mépris envers les gens intolérants comme toi n’est pas motivé par le fait que je suis un apôtre du multiculturalisme. Je ne suis pas pour ni contre. Je trouve ça juste normal. Pas besoin d’être Hubert Reeves pour comprendre qu’on est tous différents, peu importe notre culture ou notre religion, et qu’on a tous un peu la chienne lorsque quelqu’un hausse le ton ou que les impôts nous courent après. Et sais-tu, ça me rassure de savoir que peu importe notre nationalité, on est tous différents à notre façon. Je dis ça parce que je pense à toi.

Ce qui est le plus drôle, c’est que lorsque j’ai appris ce que tu avais fait, en plus d’avoir été surpris par ton geste, j’ai aussi été surpris qu’il y ait une mosquée à Saguenay. Pourtant, je le savais qu’il y en avait une, mais comme je n’y vais pas, c’est le genre d’information qui n’est pas dans ma mémoire directe. C’est te dire à quel point la religion me préoccupe. Et puis, à mon avis, il n’y pas de meilleure religion, de bonne religion ou de mauvaise religion. C’est comme la musique. Que ça te plaise ou non, ça risque de plaire ou non à quelqu’un d’autre. À la fin, tout ce qu’il peut y avoir de vraiment mauvais, ce sont les interprètes. Et crois-moi, on a beau pointer du doigt les discours rétrogrades de certains prédicateurs islamistes, c’est pas plus rose du côté des cathos.

Là, tu m’excuseras, mais comme il se fait tard, j’ai rendez-vous avec ma télé. J’avais prévu de regarder Sound of my voice. Paraîtrait que ça raconte l’histoire d’un gars qui s’infiltre dans une espèce de secte. Et pour dire vrai, ça c’est le genre de chose qui m’inquièterait si je savais qu’il y en avait une dans ma ville.

En tout cas, tu peux te compter chanceux que je ne suis pas juge. Parce que si tu avais le malheur de te retrouver devant moi à ton procès, vu que tu aimes tant le cochon du Québec, je te condamnerais pendant un an à cuire dans un poêlon quatre paquets de bacon par jour en bédaine.

Allez…

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