Le blogue de Joel Martel

Archive, août 2013

Lundi 19 août 2013 | Mise en ligne à 18h40 | Commenter Commentaires (22)

Lettre à toi, fan de La Voix

Salut à toi cher auditeur ou chère auditrice de La Voix. Et particulièrement à toi qui a réagi négativement à l’annonce via Facebook comme quoi Louis-Jean Cormier ferait partie des coachs de ton émission favorite.

Tout d’abord, tu noteras que je me suis permis de te tutoyer, car à la lumière de tes propos, si tu te sens l’audace de t’attaquer à un artiste que tu avoues ne même pas connaître, j’imagine que tu es en mesure d’accepter qu’un individu qui ne te connaît pas puisse se permettre de te tutoyer.

Aussi, n’aie crainte, je ne suis aucunement un ami, l’agent, ou l’attaché de presse de Louis-Jean Cormier. Même que, pour avoir entendu la majeure partie des oeuvres de Cormier, je ne suis vraiment pas un fan. Je reconnais que le gars a un sacré talent, mais c’est juste que ce qu’il fait ne correspond tout simplement pas à mes goûts. Faut dire aussi que j’ai des goûts très particuliers aussi et je l’assume pleinement. De plus, à cause de mon métier de journaliste culturel, j’ai cette espèce de pouvoir spécial d’être capable de savoir si un truc artistique a un certain potentiel, et ce, peu importe mes goûts.

Évidemment, des fois je me plante tandis que d’autres fois, je fais découvrir de nouvelles choses aux lecteurs et lectrices et ça, c’est vraiment le fun. Toutefois, il faut savoir que plus tu écoutes, regardes et lis des trucs, plus tu es en mesure de comprendre pourquoi tel ou tel truc risque d’intéresser les gens. D’ailleurs, je niaisais tantôt quand je parlais de “pouvoir spécial”. Parlons plutôt d’essais et d’erreurs.

Si je t’écris, c’est que tu m’épates et quand quelqu’un m’épate, je ne peux m’empêcher de lui faire savoir.

C’est qu’en lisant tes commentaires méprisants à l’égard de Cormier, du genre “c’est qui lui cet inconnu-là on veut des stars”, tu me fais penser à ceux et celles qui passent l’année à ne manger que des hot-dogs et de la poutine. Parce que oui, ça se peut.

Et tant qu’à être dans les analogies alimentaires, on va s’offrir une allégorie de la caverne version patates chips. Imagine que tu as passé toute ta vie à ne manger que des chips régulières parce qu’on t’a dit qu’il n’y avait pas d’autres saveurs. Et puis là, par un beau matin, quelqu’un t’arrive avec des chips au ketchup. Vas-tu sérieusement refuser d’y goûter sous prétexte que tu n’aimes pas les chips au ketchup? Ben non! Tu ne peux pas! Tu ne peux pas parce que tu ne sais pas si tu aimes ou non les chips au ketchup. Tu n’y as jamais goûté. Ben voilà, j’espère que Cormier me pardonnera de l’avoir comparé à des chips au ketchup, mais bon…

Je ne comprends pas ton mépris envers un artiste que tu avoues ne pas connaître parce qu’avant de te positionner, ça aurait été quoi d’aller sur Google et d’aller écouter ses chansons ou juste, de te renseigner sur lui?

Par contre, je peux comprendre que tu ne le connais pas. On ne peut pas tout connaître. Reste que Cormier, ce n’est pas si underground que ça. Disons qu’il l’est beaucoup moins qu’un Keith Kouna par exemple.

Mais bon, je vais te l’avouer, je ne t’écris pas seulement parce que tu m’épates. Je t’écris aussi pour te suggérer d’ouvrir un peu tes horizons. Je ne te fais pas la morale. Je veux juste t’aider.

Tu sais, si tu ne te limites qu’aux évidences qu’on te propose et surtout, que tu te fermes à ce qu’il y a autour, tu risques fort bien un jour de réaliser que ta vie ne goûte que la patate et le sel. C’est ben bon, mais à la longue, ça manque de couleurs. Et puis, tandis que tout le monde autour de moi s’amuse à goûter à un peu tout, quitte à ne pas toujours apprécier, ils te voient aller et ça les amuse certainement.

Parce que de limiter sa culture personnelle par choix, c’est aussi de laisser les autres choisir pour soi. Il y a déjà ton boss, le gouvernement ou le système qui choisissent pour toi, me semble qu’un semblant de liberté ne fait pas mal à personne non?

Allez, à plus!

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Lundi 12 août 2013 | Mise en ligne à 13h47 | Commenter Commentaires (7)

Déjà centenaire

Alors nous y sommes.

Voilà donc que je signe ici mon centième billet sur ce blogue. En fait, il s’agit du 101e, car j’ai pris sur moi la décision d’en retirer un en cours de route mais bon…

Tout d’abord, je tiens à remercier tous les lecteurs et toutes les lectrices qui viennent parfois faire leur tour ici. J’ignore combien vous êtes mais pour être franc, cela m’importe peu. Je suis de ces candides qui croient que c’est la qualité qui importe et non la quantité.

Je tiens à remercier ceux et celles qui n’hésitent jamais à critiquer le contenu de ce blogue. Il arrive souvent que vous me fassiez douter et sachez que dans le doute, on ne peut qu’aspirer à faire mieux.

Je tiens aussi à remercier tous les acteurs et actrices du Webjeu qui ont toujours bien voulu répondre à mes nombreuses interrogations. Je suis conscient que le lien de confiance entre les « médias traditionnels » et le web est souvent fragile. Or, je sais aussi que le web n’est pas un ramassis de bêtes de foire – bien qu’il m’arrive parfois de pousser de longs soupirs lorsque je vois des vidéos mettant en vedette des êtres pitoyables tenir des propos homophobes tout en rebaptisant The Beatles Les Putales… – mais bien une autre facette de notre société et des interactions qui la composent.

J’aimerais remercier ma blonde qui doit souvent endurer mes réflexions cyberphilosophiques interminables à voix haute.

Enfin, j’aimerais remercier mes patrons qui m’ont laissé carte-blanche et chez qui, je dois souvent provoquer de longs soupirs.

À tantôt.

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Salut Joseph,

Je t’écris en réaction à cette vidéo où tu nous partages quelques pistes de réflexion, pour la plupart intéressantes, à propos des avenues envisageables du journalisme au cours des prochaines années.

D’ailleurs, tu me pardonneras si je n’ai pas saisi entièrement l’essence de ton propos. L’affaire, c’est que tu parles très vite dans cette vidéo et s’il y a ne serait-ce qu’une lueur d’intelligence dans mon esprit, c’en est une à retardement. C’est plate mais je suis un gars comme ça.

Aussi, tu remarqueras que, bien qu’on ne se connaisse pas, je me permets de tutoyer. Je m’en excuse sincèrement si cela est perçu comme un manque de politesse. Ce n’est pas là le but de l’exercice. C’est juste que, comme nous sévissons tous les deux à notre façon dans le Far-Web québécois ou le Webjeu si tu préfères, j’ai cette impression de familiarité qui nous unit.

Alors voilà. Je désirais profiter de cette vidéo afin de te partager à mon tour mon point de vue. Ici, je n’ai nullement l’intention de jouer à « qui a raison ». Tu en sais quelque chose, nous sommes à un carrefour important de l’histoire des médias et tel un gars qui conduit une motoneige par une nuit où pas un seul rayon de lune ne peut nous guider, nous avançons collectivement en priant de tout notre cœur que notre bon sens nous mène là où il est préférable de se rendre. On baigne donc dans le théorique, et surtout, dans sa forme la plus absolue.

Maintenant, les quelques lecteurs et lectrices qui lisent assidûment ce blogue me diront certainement que je radote, mais sache que je me bats depuis bientôt un an afin de convaincre mon entourage professionnel que le web n’est pas un phénomène, mais bien une extension à part entière de notre société. Certes, certains se plaisent à se cacher dans l’anonymat, mais à la fin, le web est alimenté par des êtres humains avec de vraies idées et la plupart des enjeux qui y circulent, sont des enjeux humains. De plus, ce serait bête de nier que ce qui se passe sur le web appartient uniquement au domaine du virtuel. Le web a une incidence souvent directe sur nos vies et celles-ci ont une incidence sur le web. Un peu comme dans la chanson du Roi Lion, The Circle of Life d’Elton John.

Je te dis tout ça pour que ce soit clair que malgré mon travail de journaliste qui écrit dans un journal en papier, je ne fais pas partie d’une élite paranormale qui perçoit le web comme des tuyaux qui ne servent qu’à partager des photos de chats.

Toutefois, bien que mon patron se plaise souvent (avec humour bien entendu) à me qualifier d’accro pathologique au web, j’ai encore foi envers le papier. Maintenant, est-ce que ma boule de cristal (en fait, mon front qui se dégarnit lentement mais sûrement) m’indique qu’il y aura toujours des journaux en papier dans trente ans? Je me permets sérieusement d’en douter.

Or, peut-être est-ce parce que je mène une vie platonique, mais trente ans, ça me semble relativement long quand même. Par exemple, au cours de la dernière année, j’ai dû rembourser quelque chose comme 4500 dollars en impôts (les joies d’avoir eu la merveilleuse opportunité d’être travailleur autonome pendant un an et d’avoir ignoré les recommandations de mes amis pigistes qui m’avaient fortement conseillé de prévoir le coup) et, je ne te le cacherai pas, ces douze mois m’ont financièrement paru interminables. Et minables aussi. Financièrement parlant.

Si j’ai encore foi à l’égard du papier, ce n’est pas par romantisme. Et là, crois-moi, en matière de romantisme, je n’ai jamais eu honte de m’afficher lorsque c’est le cas. La preuve : j’écris des longs textes en imaginant que des gens daigneront les lire dans leur entièreté.

Ma foi à l’égard du papier tient peut-être plus du fait que je travaille pour un journal qui est un acteur majeur en matière d’information dans ma région. Il y a ça aussi. J’habite en région.

Pour avoir demeuré en milieu urbain (Montréal, je présume que c’est urbain) pendant quelques années, je sais qu’il vient un moment où l’on est tellement connecté à tout que l’on se déconnecte ironiquement de certaines réalités. On oublie que dans les contrées lointaines, la population est de plus en plus vieillissante et qu’elle ressent parfois plus ou moins le besoin d’être au diapason des avancées technologiques. Pour avoir questionné bien des gens aux quatre coins de ma région, je sais que quand bien même que je les paierais pour s’informer uniquement de façon numérique, ceux-ci refuseraient mon offre et préféreraient de loin le bon vieux journal archaïque. Oui, peut-être s’agit-il d’un élan perpétuel de nostalgie, mais il reste qu’on ne peut pas changer leurs désirs d’un seul coup de baguette magique.

Dans le même ordre d’idées, il ne faudrait pas généraliser non plus. Bien que ce type de clientèle traditionnelle soit en plus grand nombre auprès des soixante ans et plus, on la retrouve aussi auprès de ma génération Y. À cet effet, je remercie d’ailleurs le reportage de TVA sur la génération YOLO qui circulait aujourd’hui sur Facebook de m’avoir bel et bien confirmé que du haut de mes 33 ans, je faisais partie des Y.

Le fait que j’œuvre en région m’amène aussi à une autre réalité médiatique. Tu en parlais d’une certaine façon dans ta vidéo, un journal est un bateau en plein naufrage si les annonceurs ne sont pas au rendez-vous. À titre d’exemple, c’est pas mal ce qui a tué le journal Voir Saguenay/Alma pour lequel je travaillais auparavant. L’extrême fidélité des annonceurs à l’égard du journal pour lequel je travaille désormais a fait en sorte que ceux-ci ont préféré encourager un média qui est associé depuis quarante ans à l’histoire de notre région. C’est indéniable, les gens aiment connaître les enjeux qui se déroulent sur leur territoire et par le fait même, les annonceurs désirent s’adresser à leur clientèle directe. Ici, tu peux encore fredonner l’air bien connu d’Elton John si le cœur t’en dit. C’est plutôt de circonstance.

Mais au-delà de l’aspect géographique, il y a aussi ce quelque chose de sacré. Au risque de sembler donner dans l’ésotérisme, il y a toute une mythologie autour du papier qui ne disparaîtra pas en un seul claquement de doigts.

Un exemple savoureux à cet égard, c’est lorsque les Jay St-Louis, Mathieu St-Onge et Pellep Pellep Pellep ont fait la page couverture du journal Voir. Quand on regarde ça d’un point de vue raisonnable, de faire la page couverture d’un journal, c’est peu de choses. Un journal a beau être imprimé à des dizaines de milliers d’exemplaires, ce nombre n’est rien en comparaison de la dimension infinie du web. Or, si on y jette un regard un peu plus classique, il y a quelque chose qui relève du merveilleux dans tout ça. À la différence du web où, on peut se promouvoir et se mettre en scène soi-même en quelques clics seulement, le même exercice sur un média papier implique qu’une équipe objective et détachée de tout investissement personnel a cru bon miser sur un ou des individus afin de susciter un intérêt auprès des lecteurs et des lectrices.

Je connais bien des pourfendeurs des médias traditionnels qui, aussitôt qu’un de ceux-ci leur accorde une visibilité, se presseront de le faire savoir à leur auditoire. Souvent, ils le feront sous le couvert de l’ironie et du cynisme, mais au fond, quelle honte y a-t-il à ressentir une certaine joie de s’être imposé au sein d’un média mainstream en s’étant construit sans l’aide de quiconque ou d’une boîte spécialisée?

Là, je regarde ça et j’en conviens, c’est plutôt long comme texte. C’est très antiviral. Et sais-tu quoi, je m’en fous. Parce que malgré toute la passion que le web peut susciter chez moi, j’en ai parfois marre (je déteste cette expression, mais c’est une façon plus convenue de dire « plein le cul ») de ce besoin de tout synthétiser. Ce besoin de faire le plus court possible. De dire son opinion en moins de trois minutes pour ne pas perdre son auditoire.

Vois-tu, j’ai comme philosophie que si les gens manquent autant de temps afin de connaître différents points de vue, c’est qu’ils sont malgré eux le reflet de ce qu’ils reprochent à certains médias traditionnels que je me garderai de nommer ici. S’ils veulent de « l’info en canne », qu’ils le fassent. S’ils veulent construire leur perception du monde en ne se limitant qu’aux grands titres, c’est tant pis pour eux. Et puis, s’ils trouvent que ce qui se passe autour d’eux est juste plate, qu’ils lisent les nouvelles de l’Axe du Mad en prenant ça pour du cash.

Enfin, sache que je partage entièrement ton avis comme quoi nous sommes actuellement dans une importante période de transition. Il serait débile que les journaux ignorent ce moment charnière. Mais bon, le terme le dit. Nous sommes entre deux périodes cruciales. Malgré les apparences, rien n’est définitif pour l’instant. Nous sommes à la fois au début et à la fin de quelque chose qui nous échappe d’une certaine façon. Encore le Circle of Life quoi.

Je tiens énormément à te remercier pour ta vidéo Joseph. Je suis vraiment enthousiaste à l’idée que notre Far-Web puisse bénéficier d’un point de vue érudit comme le tien. C’est à la fois sain et stimulant. Autant pour les acteurs du web que pour ceux des médias traditionnels.

Au plaisir de te croiser un de ces quatre!

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