Le blogue de Joel Martel

Archive, mai 2013

Mercredi 29 mai 2013 | Mise en ligne à 20h36 | Commenter Commentaires (6)

J’aimerais te parler

Au bout du fil, je ne reconnais pas immédiatement la voix de Pat Vaillancourt. J’ai de la difficulté à le reconnaître, car le personnage débordant généralement de joie de vivre semble visiblement sous le choc. Et là, pas le genre de choc qui précède l’envolée vers la gloire, mais bien ce choc que tu tentes d’encaisser quand la vie se décide à te sacrer une bonne claque en plein visage.

« Je veux pas te déranger man, mais j’avais besoin de parler et j’ai pensé à toi », que Pat me lance.

Vous m’excuserez la formule usée à la corde, mais ceux et celles qui connaissent Pat savent tous que ce gars est tout simplement un grand cœur sur pattes. Par exemple, quand Pat met en ligne une vidéo s’adressant aux jeunes qui sont victimes d’intimidation, le gars va assurer jusqu’au service après-vente. Quand bien même qu’il recevra de cinquante à cent courriels par jour en provenance de jeunes en détresse, Pat s’est donné comme engagement de leur répondre personnellement un à un. Il arrive même qu’il passe du temps au téléphone avec eux, quitte à faire deux heures de voiture afin d’aller leur rendre visite ainsi qu’à leurs parents.

Il y a quelques jours, dans un moment de folie, Vaillancourt publiait une vidéo où l’on pouvait y voir brièvement le vlogueur Matthieu Bonin assis sur le trône. Pas la blague du siècle mais on peut s’entendre qu’il n’y avait rien là pour déchirer sa chemise et partir en croisade. Or, un internaute a signalé la vidéo, jugeant qu’elle était inappropriée. Résultat : plus moyen pour Pat d’entrer en contact avec les jeunes qui l’interpellaient s’ils ne figuraient pas parmi ses « amis » Facebook.

Ce n’était pas la première fois qu’une telle histoire se produisait. En fait, il s’agit là d’une pratique de plus en plus répandue chez les poids lourds de Facebook. « J’en ai fait des pieds et des mains pour que mon compte revienne à la normale. J’ai des contacts chez Facebook Canada qui ont parfois pu me venir en aide, mais cette fois-ci, ça a été plus difficile. »

Jusqu’à une période indéterminée, Pat est donc contraint à voir défiler les messages des jeunes sans pouvoir leur donner suite. Sans même pouvoir leur dire : « Attends-moi, je suis là. »

Évidemment, lorsque Pat a appris le suicide d’Ann-Élisabeth Belley, cette adolescente de 14 ans, l’histoire l’a immédiatement interpellé. « Quand j’ai vu sa photo, son visage m’a tout de suite dit quelque chose. Je savais que je la connaissais, mais j’ignorais pourquoi. Alors j’ai cherché son nom et là, ça m’a vraiment rentré dedans. »

C’était vendredi passé. Pat était chez son agent lorsqu’il a reçu son message. Il s’en rappelle car il aurait aimé y répondre sur-le-champ. Et, cruelle ironie du sort, il avait tout le temps du monde pour le faire.

“Salut, j’aimerais te parler

?

J’imagine que ta pas le temps”

Un bref message qui contient toute la détresse du monde.

« Je ne te dis pas que j’aurais pu assurément lui sauver la vie, mais j’aurais aimé lui dire que je me souciais d’elle, que je m’intéressais à son histoire » , d’expliquer Pat.

Quand je lui fais allusion aux possibles lacunes du système, Pat ne se prête pas au jeu d’accuser qui que ce soit. Si les jeunes lui accordent leur confiance, c’est avant tout parce qu’ils ressentent une proximité à son égard. « Être populaire sur le web, ce n’est pas comme être une star traditionnelle. On ne s’adresse pas au même auditoire et surtout, on a une espèce de devoir de rester en contact avec notre public. Si je vois Patrick Huard dans la rue, je n’irai pas lui parler parce qu’il y a une certaine éthique comme quoi il ne faut pas déranger les vedettes. »

Et c’est sans compter sur le fait que pendant toute sa jeunesse, Pat a gravement souffert d’intimidation. « Il ne se passait pas une journée sans que je ne revienne pas blessé. Quand l’école finissait, je ne me rendais pas chez nous, je m’enfuyais chez nous. Je devais prendre des raccourcis et sauter par-dessus des clôtures. Je vivais constamment avec la peur. »

De ce fait, Pat est en mesure de confirmer qu’au cours des années, le phénomène de l’intimidation ne s’est pas du tout atténué. « À mon époque, ça sautait plus aux yeux. C’était très physique. Maintenant, c’est davantage de la violence psychologique et c’est doublement plus cruel, car les parents ne peuvent pas toujours comprendre à quel point c’est un cauchemar qui n’arrête pas. Les histoires qu’on entend dans les journaux, on croit que ce sont les plus horribles, mais ce n’est que la pointe de l’iceberg. Chaque jour, on me confie des dizaines d’histoires d’horreur. »

Maintenant, peut-on espérer de voir la situation prendre une tournure plus positive un jour ou l’autre? « Chaque petite action va finir par donner un résultat. Je ne pense pas qu’il y ait une solution miracle, mais une chose est certaine, il y a toute une culture du web à revoir au Québec. Certaines personnes influentes du web ont glorifié le phénomène de trolling et depuis un bon moment, le trolling a le dos large. On te sacre une claque en arrière de la tête et immédiatement, on te dit de ne pas dramatiser, car ce n’est que du trolling. La situation est inquiétante, mais je sens que les choses peuvent changer. »

Et le changement commence ici. Et surtout, il commence par vous.

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Mardi 28 mai 2013 | Mise en ligne à 21h20 | Commenter Commentaires (2)

Hommage à la radio

“In that last, fast flutter of your eyelids, you looking down that long tunnel toward the bright God Light and your dead grandma walking up to hug you–do you want to be hearing another radio commercial for a mega, clearance, closeout, blow-out liquidation car-stereo sale?”

― Chuck Palahniuk, Rant

Parfois, j’ai l’impression que les gens qui écoutent le plus la radio sont ceux qui ne l’écoutent jamais.

Je dis ça parce que je fais justement partie de ces gens qui n’écoutent jamais la radio. Or, chaque fois où je me retrouve contraint à l’écouter, je suis comme ce gars qui a passé un an dans l’obscurité totale pour ensuite être exposé sans préavis à la lumière du jour. Tout devient si intense qu’on est bombardé de tout côté et qu’on perd tous nos points de repère.

C’est ça l’effet que me fait la radio.

À vrai dire, j’ai énormément de respect pour vous, les gens qui écoutez la radio. Je vous trouve endurants, patients et surtout, très généreux.

Car on ne se le cachera pas, écouter la radio, ça relève de l’art. Et ici, je vous parle principalement de la radio commerciale.

Non mais faut être fort pour se lancer dans une activité comme ça. Premièrement, on vous jette continuellement des trucs qu’on aborde en surface sans jamais y revenir. On va vous dire que telle chanteuse a fait telle chose et sans plus d’explications, on vous raconte qu’il y aurait un bouchon de circulation sur telle route et là, comme si on ne vous avait pas assez trimballés d’un bord et de l’autre, on vous remercie avec cinq publicités au volume top-compressé. Je le répète, faut être d’une grandeur d’âme pas possible pour se réserver un tel traitement.

Sérieusement, ça pourrait sembler ironique, mais je vous trouve très bons. C’est grâce à vous que la machine continue à rouler comme dans le bon vieux temps. En fait, elle ne roule plus du tout comme à la belle époque mais vous accomplissez à merveille le rôle dont on s’attend de vous. En somme, vous êtes au rendez-vous et grâce à ça, les radiodiffuseurs ont des chiffres à l’appui afin de démontrer à leurs clients qu’ils sont écoutés et ainsi, ils peuvent vendre encore de la pub afin de pouvoir continuer à  vous jeter des trucs qu’on aborde en surface sans jamais y revenir pour ensuite vous remercier avec des publicités au volume top-compressé et ainsi va la vie.

C’est aussi grâce à vous si tout le monde est numéro 1 lorsque les BBM sortent. Et sur ça, ne vous inquiétez pas. Quand même que vous décideriez de passer six mois en évitant toutes les ondes radiophoniques du monde, on trouverait certainement le moyen de se servir de vous afin de gonfler un groupe quelconque afin d’être numéro 1 de quelque chose. Par exemple, la radio numéro 1 des gens qui n’écoutent jamais la radio excepté une fois au chalet.

Mais il n’y a pas que vous pour qui j’ai de l’admiration. J’en ai aussi pour tous mes collègues qui, au lieu de noircir des écrans comme moi, communiquent par l’entremise de leur micro. Sérieusement les potes, vous avez tout mon respect.

Non seulement on vous condamne à sauter d’un sujet à l’autre tout en ne pouvant pas aller plus loin que la surface mais on vous oblige souvent à enregistrer et produire des publicités au volume top-compressé. Et en plus, insulte parmi toutes les insultes: on ne vous laisse pas choisir la musique que vous présentez.

Mine de rien, presque plus personne ne s’en offusque, mais si j’effectuais un voyage dans le temps et que j’allais voir un DJ en 1972 et que je lui expliquais que bientôt, non seulement il ne choisirait plus ce qui allait jouer pendant son show, mais que ce serait un type dans un bureau qui déciderait et qu’un tas d’autres gars allaient devoir faire jouer les mêmes conneries simultanément, le gars me tuerait certainement afin de voler ma machine à voyager dans le temps pour se rendre visite alors qu’il était gosse, et tout en se rendant méconnaissable en portant un imperméable, une casquette et des verres fumées, il se dirait de se tenir loin de la radio avant de devenir comme lui.

Et comme si ça ne suffisait pas, voilà que la radio est un domaine où on peut vous jeter à la poubelle, comme ça, sur une décision purement expéditive. Vous pouvez aussi bien faire votre boulot comme un pro que demain, si un humoriste ou un comédien connu s’est montré ouvert à faire de la radio, on vous remplacera par lui et hop. Et le plus drôle dans tout ça, c’est que probablement que personne ne s’en offusquera.

Demain, on continuera à syntoniser la même fréquence. On ne s’en rendra peut-être jamais compte. Le bruit de fond n’aura pas vraiment changé. Les mêmes tubes formatés s’enchaîneront. Les bruits débilitants afin de créer de la texture pendant les jingles et les interventions au micro se poursuivront.

Et on vous dira qu’il fait beau et qu’on a ben du fun dans le studio.

Heureusement.

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Lundi 27 mai 2013 | Mise en ligne à 17h44 | Commenter Aucun commentaire

Viens dans mes bras Musique Plus

Salut Musique Plus,

je prends aujourd’hui quelques minutes afin de t’écrire, comme ça, nowhere.

L’affaire c’est qu’à l’instar de plusieurs de mes collègues, il m’est souvent arrivé de te critiquer, publiquement ou en privé (dans mon cas, ça revient pas mal à la même chose finalement), et là, je crois qu’il est temps de passer à une autre étape.

Vois-tu, je t’ai souvent reproché de ne plus diffuser assez de musique. Et là, on m’a souvent ressorti le même argument débile: aujourd’hui avec internet, c’est plutôt inutile pour une chaîne télévisée de diffuser des clips. Ah oui, plaît-il?

Et où il est l’argument dans tout ça? Dans le fait que tous les clips du monde sont maintenant disponibles sur YouTube? Oui, c’est vrai. Donc, si on suit la même logique, il serait alors inutile de consacrer, ne serait-ce qu’une seule minute d’antenne à la littérature, car on peut trouver la plupart des livres dans les bibliothèques.

Tu sais, si on pense autrement, tu réaliseras rapidement qu’à une époque où tout est disponible en seulement quelques clics, une chaîne télévisée consacrée uniquement à la musique serait plus que jamais essentielle. En effet, tu te rappelles de ces années où on a commencé à se fréquenter, toi et moi? Je regardais NuMusik et Rage et tous les trucs à propos de la musique alternative (tu sais le mot dont on se servait avant qu’on emploie le qualificatif émergent à toutes les sauces?) et je capotais.

Je capotais parce que j’avais l’impression que derrière tous ces clips que tu me présentais, des gens qui mangeaient de la musique les avaient choisis avec minutie. Mais tu sais ce qui me peinait le plus? C’est qu’à l’époque, c’était parfois corsé de mettre la main sur la musique qui était moindrement marginale. Combien de fois me suis-je buté au fameux catalogue bleu de Cargo afin de me dégotter des importations qui ne sont jamais arrivées à destination?

À l’époque où nous vivons, je serais content que tu retournes à tes sources. Désormais, quand tu me ferais découvrir le nouvel extrait de Classixx, je pourrais me doter de leur dernier disque dans l’heure qui suivrait, sans même sortir de la maison.

Et malgré le fait que tout soit accessible sur le net, cela implique aussi une attitude pro-active. Pour aller à la rencontre de nouveaux artistes, il faut une certaine fibre exploratrice. Certes, elle se développe mais encore là, je comprends que certaines personnes choisissent de concentrer leurs efforts sur d’autres sphères de leur vie.

Tu le sais, je suis de ceux et celles qui ne jurent presque que par internet. Musique, cinéma, jeux vidéos, lecture, littérature, arts visuels, bla bla bla. Bref, dès que ça peut être consommable de façon digitale, je choisirai alors cette option.

Or, il y a au-moins une chose chez la télévision qu’internet n’a pas encore réussi à remplacer. Quelque chose de très réconfortant pour quelqu’un de ma génération. Et ce quelque chose, c’est la passivité. Et là, qu’on soit clair, l’un de mes plus grands cauchemars dans la vie serait de devenir un être passif se laissant mener par le cours des choses, tel un idiot de première. Mais il reste quand même que ça peut être agréable, une fois de temps en temps, de s’asseoir et de se laisser porter. Combien d’oeuvres significatives de ma jeunesse dois-je à cette fameuse passivité? Combien de clips aurais-je bêtement ignoré si, en un seul clic, j’avais pu immédiatement passer au suivant?

Me semble qu’avec la fin de Bande à Part et tous ces blogueurs spécialisés en musique (notamment Ma mère était hipster), il y aurait vraiment moyen de rassembler une super-équipe de connaisseurs de musique. Et tu peux me voir comme un rêveur, mais je suis certain qu’il y aurait moyen de rendre tout ça rentable. Je sais pas moi… En réajustant le tir, il doit bien y avoir des programmes de subventions qui pourraient te donner un sérieux coup de pouce.

Et puis, en ce qui concerne les téléréalités, je sais que tes deux arguments en faveur de celles-ci sont béton: elles ne coûtent presque rien et elles attirent les spectateurs. Eh ben, je connais un autre truc qui pourrait ne pas coûter trop cher, attirer un tas de spectateurs et même créer de l’emploi: se tourner vers nos créateurs de contenu web ici au Québec. Évidemment, ça impliquerait un certain encadrement mais ça vaudrait certainement le coup.

En tout cas, si jamais tu songes à changer de chum, fais-le moi savoir. Peut-être qu’on pourrait “crinquer” assez de gens pour t’acheter via Kickstarter. Ça ne coûte rien de rêver à la fin…

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