Le blogue de Joel Martel

Archive du 9 décembre 2012

Dimanche 9 décembre 2012 | Mise en ligne à 16h46 | Commenter Commentaires (4)

Mathieu St-Onge: PhénomèMe

Au cours des derniers mois, Mathieu St-Onge s’est lancé dans une série d’oeuvres peintes ayant pour ligne directrice les phénomènes du web. Je vous invite à visionner cette rétrospective sous forme de vidéo avant de lire le compte-rendu d’un entretien que j’ai eu la chance d’avoir avec St-Onge.



Nous sommes le vendredi 7 décembre. Il est minuit. Ou plutôt, nous sommes le samedi 8 décembre. Bref, l’artiste multidisciplinaire et webstar, Mathieu St-Onge, est au bout du fil. Il s’agit d’une entrevue nocturne. Ne cherchez pas de concept, les choses se sont tout simplement passées ainsi.

S’il y a une personnalité bien connue du web qui déboulonne avec brio le fameux mythe de la webstar désincarnée de toute aspiration artistique et esthétique, c’est nul autre que Mathieu St-Onge. De nombreux internautes le connaissent pour le personnage débile et malaisant de madame Coucoune, mais au cours des derniers mois, St-Onge s’est davantage fait remarquer pour ses qualités de créateur aux mille et un concepts. C’est indéniable, St-Onge est un expert dans l’art d’osciller entre folie et génie. On prendra pour exemple une chanson où les textes sont uniquement constitués de statuts Facebook traitants du rhume.

À cet effet, on comprend mieux le délire créatif de St-Onge lorsque celui-ci met en lumière le parcours qui l’a amené à se servir du web comme principal médium de diffusion. «J’ai fait mes études en arts plastiques et sciences humaines à St-Laurent, au cégep. Après ça, j’ai fait un bac en Sciences politiques et en Communications à l’université. Ensuite, j’ai fait un stage à la Fondation Rivières. C’était en 2005 et là, il y avait une rencontre avec plein d’organismes pour mettre sur pied une espèce d’off-Kyoto.  Le point tournant de ma carrière, c’est ce soir-là quand, après des heures de débats interminables, j’étais à écouter s’engueuler des dirigeants d’organismes qui n’arrivaient pas à s’entendre sur la pertinence ou non d’inviter Stéphane Dion à une rencontre publique pour le ridiculiser devant les gens, tout en sachant qu’il n’y aurait pas un chat qui assisterait à cette rencontre… »

Cette folle soirée fait réaliser à St-Onge qu’il ne se voit pas passer le reste de sa vie dans l’univers de la politique. Il effectue donc un virage à 180 degrés et décide de se consacrer à l’humour. En compagnie de son copain Luc Archambault, St-Onge se lance dans un grand chelem des radios en créant des capsules humoristiques. Ainsi, on l’entendra sur les ondes CHOQ, de CISM et enfin à Radio-Canada, en compagnie de Masbourian. L’aventure prendra fin après quelques mois lors de coupes budgétaires et le duo St-Onge-Archambault butinera sur plusieurs shows de Radio-Canada jusqu’à ce que sa participation à l’animation des GAMIQ en 2010 laisse entrevoir une lueur d’espoir à la télé. Rej Laplanche de Musique Plus demande alors une démo au duo. Bien qu’il en résultera un vidéo visionné jusqu’ici à plus de 50 000 reprises, Immortal chante Hochelaga sera  le chant du cygne d’Archambault, qui décidera de se consacrer à la vie de famille.

Pour sa part, St-Onge poursuivra aveuglément sa route tel un cavalier solitaire. « Je me suis remis à faire de la peinture et dans la même période de temps, j’ai mis Immortal chante Hochelaga en ligne. Le clip a eu un bon buzz sur le web et après qu’il l’ait partagé, Gab Roy est entré en contact avec moi et il m’a invité à lui faire savoir lorsque je mettrais autre chose en ligne. C’est là que j’ai décidé de faire quelque chose qui serait tout le contraire de ce que je m’étais borné à faire au cours des dernières années. J’ai fait l’affaire la plus trash et ça a donné le vidéo avec Madame Coucoune et le toutou. Ça a suscité une grosse réaction polarisée et ça a passé à Fantasia et à d’autres festivals. » Une webstar était née.

Quiconque s’intéressait alors au webtariat québécois  a ensuite vu le nom de Mathieu St-Onge circuler de plus en plus. Il fut notamment de la partie lors de la mythique rencontre documentée du 20 juin 2011 avec l’Homme-violon. Une autre légende du far-web…

Et puis, un ami qui s’intéresse à ses toiles lui propose de participer à une exposition. Il vend une toile, et il en vend une autre pour enfin réaliser que les demandes se suivent et que mine de rien, il en vit pratiquement. « C’est là que j’ai commencé ma série sur les buzz du web. La première que j’ai faite, c’est Envoye Kevin. »

La toile remporte un succès très considérable sur les réseaux sociaux et au grand plaisir de tous, St-Onge répète la démarche avec d’autres images iconiques du web. Dans la foulée, les œuvres comme Constable 728 (sans aucun doute, l’une des œuvres les plus frappantes issues du Printemps érable) et Le Cri de Mario Benjamin voient le jour. « Quand tu t’adonnes à un art aussi long et lent d’exécution, tu te mets à penser à plein de choses par exemple, les personnes qui aiment ça écouter un p’tit Yolande Ouellet pour se crinquer. Ou sinon les gens qui ont fait regarder Two Girls One Cup à plein d’amis. En tout, ils vont peut-être avoir passé vingt minutes de leur vie à voir ces vidéos-là, mais moi, je serai sans aucun doute le gars au Québec à avoir vu le plus longtemps ces images-là. On parle de dizaine d’heures… »

Parmi les buzz auxquels St-Onge s’est intéressé, on ne peut pas passer sous silence la toile ayant pour sujet Luka Rocco Magnotta, le tristement célèbre assassin qui avait mis en ligne un meurtre ultra-sordide. « J’écoutais du Daniel Johnston en peignant son visage et à peine l’avais-je entamé, sa posture toute croche et son espèce de regard d’enfant m’ont terrorisé. J’ai décidé de le laisser ainsi. Et puis, c’est la seule œuvre de ma série qui n’est pas dans la vidéorétrospective parce que ça cassait vraiment le ton. »

Enfin, la carrière de peintre de St-Onge risque-t-elle de mettre fin au YouTuber? Il semble bien que ses abonnés sur YouTube n’ont rien à craindre pour l’instant. « Un ami qui aime bien mes toiles m’a offert de me prêter de l’argent pour que je puisse me consacrer à la peinture pendant l’automne et les prochains mois. Aussi, j’ai remarqué que plus je faisais de clips, plus j’avais d’abonnés sur Facebook et plus que j’avais de chances de vendre mes toiles. »

Lire les commentaires (4)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    septembre 2015
    D L Ma Me J V S
    « déc    
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    27282930  
  • Archives

  • publicité