À une époque où il est possible de faire partie d’une mise en scène perpétuelle, la visibilité a-t-elle encore une valeur?
Je vous pose la question car encore aujourd’hui, plusieurs modèles de rémunération reposent encore sur ce concept de « visibilité ».
En ce sens, j’ai appris aujourd’hui à ma grande surprise que le magazine en vogue Urbania ne payait pas ses pigistes. Aux dires de Philippe Lamarre, l’éditeur et fondateur du magazine, les gens qui collaborent à Urbania « ne le font pas pour gagner leur vie, mais plutôt pour afficher leur savoir-faire dans un contexte de liberté créatrice totale.»
Ici, qu’on se comprenne, mon but n’est pas d’intenter un procès à qui que ce soit. D’ailleurs, de ce que certains collègues qui collaborent à Urbania m’ont avoué, ceux-ci n’ont que de bons mots à l’égard du magazine et je n’en doute pas un seul instant. Je veux seulement mettre de l’avant une interrogation sur laquelle il faudra se pencher un jour ou l’autre : où se situe la ligne entre une collaboration qui mérite d’être rémunérée ou non?
Depuis l’arrivée du web, le positionnement de cette fine ligne est de plus en plus abstrait. Tous les prétextes sont bons afin de ne pas payer un auteur. On vous dira que c’est actuellement la crise chez les médias écrits. On vous dira qu’avec Internet, tout est maintenant gratuit. On vous jouera la fameuse carte du « On ne fait pas ça pour l’argent ». Bref, j’imagine que vous voyez le genre.
Certes, on peut jouer aux irréductibles en affirmant haut et fort qu’on ne participera plus jamais de façon gratuite à quoi que ce soit en tant qu’auteur mais si notre blogue personnel n’atteint qu’un auditoire très limité, que gagne-t-on à la fin? Et puis, de l’autre côté, en écrivant bénévolement, quel message livre-t-on aux différents éditeurs?
Par exemple, on peut bien rire du fameux 5 dollars par tranche de 1000 visiteurs que Voir paie à ses blogueurs mais croyez-moi, à l’époque où je faisais partie de cette équipe, il m’est arrivé qu’une de ces sommes symboliques m’ait été d’une aide immense. Et puis, presque rien, c’est toujours mieux que rien. Dans le même ordre d’idées, un blogueur qui génèrera plus de trafic multipliera ce presque rien pour le transformer en quelque chose. Or, on aura beau multiplier rien par un milliard, on ne dépassera jamais le cap du zéro.
Toutefois, lorsqu’on voit une machine comme le Huffington Post engranger des sommes faramineuses en publicités alors que ses contributeurs agissent de façon bénévole, est-on en droit de douter? Je vous laisse deviner.
Ce qui ajoute à la complexité du phénomène, c’est qu’en partant du fait que si des éditeurs peuvent être tout à fait rentables en ne payant pas ses contributeurs, qu’adviendra-t-il des autres médias? Les plus naïfs me diront qu’ils n’auront qu’à suivre le cortège et à faire de même en payant ses contributeurs à grands coups de visibilité et de liberté créatrice mais le jour fatidique où plus aucun média ne paiera ses contributeurs, que vaudront la visibilité et la liberté de création?
Faudra bien en jaser un moment donné non?

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