Il était une fois au Far-Web

Lundi 17 juin 2013 | Mise en ligne à 22h43 | Commenter Commentaires (6)

L’argent du beurre ou écrire dans le beurre

À une époque où il est possible de faire partie d’une mise en scène perpétuelle, la visibilité a-t-elle encore une valeur?

Je vous pose la question car encore aujourd’hui, plusieurs modèles de rémunération reposent encore sur ce concept de « visibilité ».

En ce sens, j’ai appris aujourd’hui à ma grande surprise que le magazine en vogue Urbania ne payait pas ses pigistes. Aux dires de Philippe Lamarre, l’éditeur et fondateur du magazine, les gens qui collaborent à Urbania « ne le font pas pour gagner leur vie, mais plutôt pour afficher leur savoir-faire dans un contexte de liberté créatrice totale.»

Ici, qu’on se comprenne, mon but n’est pas d’intenter un procès à qui que ce soit. D’ailleurs, de ce que certains collègues qui collaborent à Urbania m’ont avoué, ceux-ci n’ont que de bons mots à l’égard du magazine et je n’en doute pas un seul instant. Je veux seulement mettre de l’avant une interrogation sur laquelle il faudra se pencher un jour ou l’autre : où se situe la ligne entre une collaboration qui mérite d’être rémunérée ou non?

Depuis l’arrivée du web, le positionnement de cette fine ligne est de plus en plus abstrait. Tous les prétextes sont bons afin de ne pas payer un auteur. On vous dira que c’est actuellement la crise chez les médias écrits. On vous dira qu’avec Internet, tout est maintenant gratuit. On vous jouera la fameuse carte du « On ne fait pas ça pour l’argent ». Bref, j’imagine que vous voyez le genre.

Certes, on peut jouer aux irréductibles en affirmant haut et fort qu’on ne participera plus jamais de façon gratuite à quoi que ce soit en tant qu’auteur mais si notre blogue personnel n’atteint qu’un auditoire très limité, que gagne-t-on à la fin? Et puis, de l’autre côté, en écrivant bénévolement, quel message livre-t-on aux différents éditeurs?

Par exemple, on peut bien rire du fameux 5 dollars par tranche de 1000 visiteurs que Voir paie à ses blogueurs mais croyez-moi, à l’époque où je faisais partie de cette équipe, il m’est arrivé qu’une de ces sommes symboliques m’ait été d’une aide immense. Et puis, presque rien, c’est toujours mieux que rien. Dans le même ordre d’idées, un blogueur qui génèrera plus de trafic multipliera ce presque rien pour le transformer en quelque chose. Or, on aura beau multiplier rien par un milliard, on ne dépassera jamais le cap du zéro.

Toutefois, lorsqu’on voit une machine comme le Huffington Post engranger des sommes faramineuses en publicités alors que ses contributeurs agissent de façon bénévole, est-on en droit de douter? Je vous laisse deviner.

Ce qui ajoute à la complexité du phénomène, c’est qu’en partant du fait que si des éditeurs peuvent être tout à fait rentables en ne payant pas ses contributeurs, qu’adviendra-t-il des autres médias? Les plus naïfs me diront qu’ils n’auront qu’à suivre le cortège et à faire de même en payant ses contributeurs à grands coups de visibilité et de liberté créatrice mais le jour fatidique où plus aucun média ne paiera ses contributeurs, que vaudront la visibilité et la liberté de création?

Faudra bien en jaser un moment donné non?

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Samedi 15 juin 2013 | Mise en ligne à 0h45 | Commenter Commentaires (3)

Un dernier dix minutes avec Bande à Part

J’ai un vieux char. Un vieux char avec un radio qui ne fonctionne pas vraiment.

En fait, le “tépe à cassettes” m’a lâché cet hiver et la radio ne fonctionne que dans un certain périmètre.

Ce soir, j’arrivais du travail et je faisais Chicoutimi-Alma. Tout en roulant, je jetais un coup d’oeil obsédé à l’horloge de mon auto, voyant les minutes défiler trop rapidement vers minuit. En fait, j’aurais pu payer pour que minuit ne sonne jamais ce soir, que je l’aurais fait.

Car ce soir, à minuit tapant, la dernière vraie émission de Bande à Part allait prendre fin. Les vendredis soirs n’ont pas été inventées pour des choses tristes comme ça.

Bref, il ne restait que dix minutes à l’émission et j’allais alors sortir du périmètre où ma radio est fonctionnelle.

Alors je me suis garé sur le bord de l’autoroute, j’ai arrêté le moteur et pour une dernière fois, j’ai écouté Bande à Part.

Avoir eu une cigarette sur moi, j’en aurais profité pour faire une trève “d’arrêtage de fumer”.

J’ai soudainement réalisé à quel point cette émission aura marqué bon nombre d’individus. À quel point elle aura énormément signifié dans ma modeste vie. J’ai alors senti ma gorge se nouer et puis, quand la voix d’Alexandre Courteau a annoncé la fin de l’émission, j’ai coupé le son de la radio.

Et c’est dans le silence que j’ai poursuivi ma route.

Faudra désormais s’y habituer, faute de mieux.

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Jeudi 13 juin 2013 | Mise en ligne à 14h01 | Commenter Commentaires (10)

Facebook ou la fable du vendeur de drogue au secondaire

Avant d’entrer au secondaire, on me prévenait souvent de ne pas tomber dans le fameux piège du vendeur de drogue qui me donnerait gratuitement des stupéfiants afin de me rendre accro pour ensuite faire une fortune avec moi.

Peut-être était-ce parce que je n’avais pas le physique de l’emploi, mais mon chemin n’a jamais croisé celui de ce dealer sournois et rusé.

Toutefois, ce fut là une très belle occasion de me sensibiliser aux dangers de la gratuité. Dans le sens où, lorsqu’une compagnie ou un commerce t’offre quelque chose gratuitement, c’est qu’il a probablement une idée derrière la tête.

Depuis ses débuts, Facebook mise sans cesse sur l’aspect gratuit de son service en affichant sur sa page d’accueil: “C’est gratuit (et ça le restera toujours)”.

Oui oui, c’est ça.

En effet, pour le simple utilisateur qui voudra prendre des nouvelles de ses proches, “liker” des trucs ou savoir qui sort encore avec qui, c’est tout à fait vrai.

Or, pour l’entrepreneur, l’artiste ou l’organisation qui voit en Facebook une plateforme idéale afin de promouvoir ses produits et services, la donne n’est pas la même.

On se rappellera qu’à un certain moment, Facebook avait mené une grande opération afin de détecter tous les comptes qui n’appartenaient pas à des individus. De ce fait, des entreprises ou des centres artistiques par exemple, avaient dû effectuer une transition vers les “fan pages”.  Mis à part quelques insatisfaits, le concept de la page aura été plutôt bien accueilli de par sa facilité d’utilisation et surtout, de par le rayonnement qu’elle permettait.

La lune de miel aura ainsi duré assez longtemps pour que non seulement les compagnies ou organisations qui étaient déjà sur Facebook fassent la transition vers la “fan page” mais qu’en plus, les autres compagnies ou organisations qui n’étaient pas sur le réseau social voient dans ces “fan pages” une solution incontournable.

Et tout le monde aura joyeusement emboîté le pas. Et tout ça dans une course effrénée aux abonnés. Certains n’auront pas hésité à apposer le logo de Facebook sur les emballages de leurs produits afin d’inviter les consommateurs à joindre leur page tandis que d’autres auront carrément centralisé tout leur exercice promotionnel sur cette page.

Mais surtout, pendant tout ce temps, j’imagine que Zuckerberg rigolait de bon coeur.

Parce que désormais, la joyeuse époque de la “drogue gratuite” est terminée. Maintenant, lorsque vous publiez un truc à partir de votre “fan page”, pour que celui-ci se rende à vos centaines ou milliers d’abonnés, vous devez sortir votre carte de crédit afin que le message atteigne tout votre auditoire. Et évidemment, plus vous avez d’abonnés, plus vous devez payer afin d’y parvenir. Logique non?

***

Depuis plusieurs mois, on assiste maintenant à un autre type de course aux abonnés. Celle-ci se fait notamment à partir des comptes personnels de certaines webstars. Au cours des dernières semaines, on a abondamment parlé des Matthieu Bonin, Pat Vaillancourt, Noémie Dufresne et plus récemment de Guylaine Vedette Gagnon.

Un avantage majeur en ce qui concerne ces comptes personnels, est que le rayonnement de ceux-ci ne nécessite pas de financement. En d’autres mots, quand bien même que Noémie Dufresne aura plus de 100 000 abonnés (c’est d’ailleurs le cas), si elle publie quoi que ce soit, eh ben, ce quoi que ce soit sera affiché dans les 100 000 fils d’actualités de ses abonnés. Pas pire hein?

Or, tout ça c’est bien beau et surtout, plutôt efficace comme argument de vente lorsqu’on magasine des commanditaires mais qu’en est-il lorsqu’on vous suspend temporairement l’accès à votre compte pour une raison x?

Prenons pour exemple le vlogueur Matthieu Bonin qui, après avoir atteint le chiffre magique des 50 000 abonnés a vu son compte être suspendu pour une durée de près d’un mois. Quand ta business repose en grande partie sur ça, c’est plus ou moins pratique non?

Traitez-moi de théoricien à cinq cennes mais ça ne serait peut-être pas fou d’offrir un type de compte qui permettrait certains privilèges aux utilisateurs en puissance. Par exemple, lorsqu’un individu atteindrait un certain seuil d’abonnés, celui-ci aurait droit à un contrôle plus rigoureux de tout ce qui entre et sort de son compte Facebook, tout ça, moyennant une somme d’argent. À mon avis, ce serait là une situation gagnant-gagnant. Facebook fait de l’argent et le “power user” s’assure d’un contrôle de son réseau. Et puis, disons que c’est beaucoup plus simple de revendiquer des trucs auprès d’un fournisseur de services lorsqu’on le paie pour ces services.

Une chose est certaine, tel le dealer de l’école secondaire, Facebook a réussi à rendre accro un nombre record d’individus. Mais la plus grande réussite de Facebook, c’est d’avoir transformé une grande partie de ses clients en revendeurs.

Une espèce de gratuité pyramidale bref…

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