
Des quelque 70 millions de golfeurs qui frappent avec amour sur la petite balle blanche, quelque 20 millions ont bien mal dormi la nuit dernière.
De fait, depuis 8 h 30 hier, ils broient du noir.
Pourquoi? Parce que ces quelque 20 millions de golfeurs qui avaient retrouvé un plaisir perdu grâce à leurs longs fers droits qu’ils enfonçaient dans la bedaine ou appuyaient contre leurs poitrines ou leurs mentons devront revenir à leurs anciens putters.
Des putters avec lesquels ils multipliaient les erreurs et les trois, ou quatre, ou cinq roulés anéantissant ainsi tout plaisir de jouer.
La USGA et le R&A, les deux organismes qui gèrent le golf, les golfeurs et les règles de ce sport ont confirmé hier matin ce que plusieurs attendaient, ou redoutaient, depuis longtemps.
En ajoutant l’alinéa b à la règle 14-1, les deux organismes proposent d’interdire toute forme d’ancrage sur le corps lors d’un coup. Qu’il soit roulé ou non…
Ça veut dire que Keegan Bradley, Adam Scott ou tous les Fred Couples qui ont vaincu les démons qui les hantaient sur les verts en obtenant plus de stabilité par le biais de l’ancrage de leurs fers droits quelque part sur leur corps ne pourront plus le faire.
Parce que je ne suis pas meilleur avec un long putter qu’un putter régulier – je suis même moins bon, si c’est possible – cette règle ne me touche pas.
De fait, je suis en faveur. Elle replacera tous les joueurs sur un pied d’égalité. Car même si l’ancrage n’est pas nécessairement un gage de succès, il est clair qu’il permettait à plusieurs golfeurs de vaincre les «yips» — une forme de perte de contrôle et de coordination qui arrive de nulle part surtout sur les coups de finesse – dans des moments cruciaux des matchs.
Pour l’instant, la USGA et le R&A n’en font qu’une proposition. Ils sont ouverts aux commentaires. Mais si tout suit son cours normal, la règle entrera en vigueur le premier janvier 2016.
Des réactions, il y en a eu. Beaucoup.
Des réactions cérébrales comme celle de Jack Nicklaus qui n’a même jamais songé à utiliser un long putter et qui considère important le fait d’uniformiser le jeu.

Comme Keegan Bradley, Webb Simpson est l'une des jeunes vedettes de la PGA à avoir adopté, avec beaucoup de succès, un long putter.
Des réactions émotives comme celle de Keagan Bradley qui a dit qu’il garderait son belly putter jusqu’à la dernière journée en guise de protestation.
Il faut comprendre Bradley. Avant d’utiliser ce long putter écrasé dans une bedaine qui est loin d’être abondante dans son cas, Bradley peinait à obtenir sa carte de la PGA. L’avantage que lui a donné cette méthode sur les verts l’a conduit à un titre majeur et à une présence au sein de l’équipe américaine de la coupe Ryder.
Ce n’est pas rien.
Spécifions deux choses ici : les longs putters pourront encore être utilisés. C’est l’ancrage sur une partie du corps qui sera interdite.
Mais bon, à quoi bon utiliser un long putter si on ne peut l’ancrer. Il deviendra alors bien plus difficile à contrôler qu’un putter régulier de 33, 34, ou 35 pouces.
Autre chose, la USGA et le R&A qui étaient représentées par Mike Davis et Peter Dawson assurent ne pas avoir tenu compte des performances pour arriver à cette proposition.
Là je ne suis pas d’accord. Car c’est faux. En fait, ce n’est pas leur position qui est fausse, mais le fait que ces méthodes ne confèrent pas d’avantage.
Un long putter n’assure pas son utilisateur d’une ronde de 20 à 25 coups roulés. Ça non. Car si c’était vrai, tous les golfeurs de la terre les utiliseraient.
Mais dans certains cas, ces longs bâtons et l’ancrage qu’ils permettent aident énormément.
Adam Scott a perdu le British Open l’été dernier en ratant un roulé de moins de 10 pieds avec son putter qu’il appuie sur sa poitrine.
C’est un fait.
Mais depuis qu’il utilise un long putter, Scott s’est hissé au sein du top 10 dans 4 des 8 derniers tournois majeurs qu’il a disputés.
Il était 4 en 39 avec un putter conventionnel.
Lors de ses 8 derniers tournois majeurs, il a retranché 17 coups roulés soit près de deux par tournoi. C’est énorme.
Marginaux qu’ils étaient il y a 15 ou 20 ans, les coups roulés ancrés sur une partie du corps étaient maintenant la norme chez 20 % à 25 % des golfeurs amateurs et professionnels.

Parfois très bon, d'autres fois médiocre, avec ses putters, Phil Mikelson s'est laissé tenter à quelques reprises par un belly putter.
La réaction la plus intéressante que j’ai entendue hier est venue de Brandel Chamblee de Golf Channel qui préconise des règles différentes pour les pros et les amateurs.
«Au baseball, les bâtons en aluminium sont interdits dans les ligues majeures. Au football, un receveur doit avoir les deux pieds dans le terrain pour qu’une passe soit complétée dans la LNH, alors que ce n’est qu’un au collègue. Le temps est venu d’avoir deux règles au golf également. On doit bannir l’ancrage chez les pros, mais gardons-le chez les amateurs», a insisté Chamblee tout au long de la journée de mercredi.
Ça se défend.
Chamblee craint que plusieurs amateurs qui avaient perdu le plaisir de jouer abandonnent plutôt que se laisser hanter de nouveau par les cauchemars qu’ils enduraient avec les putters traditionnels.
Sauf que le golf est un sport, un art, un martyre différent des autres. Quand tu joues au golf, tu veux jouer comme le font les meilleurs.
Et si les meilleurs n’ont pas le droit d’ancrer leurs putters, les amateurs ne devraient pas y avoir droit non plus.
Cela dit, il y a bien des amateurs qui bougent leurs balles avant de la frapper pour améliorer la position, qui effectuent des élans de pratique dans des endroits interdits, qui déposent leurs cocheurs dans le sable avant d’effectuer une sortie de fosse, qui trainent 15, 16, 20 bâtons dans leur sac alors que la limite est 14.
Le golf est un sport de principe, d’éthique, de fair-play. Il est régi par un milliard de règles qui ne sont pas toujours justes.
Mais c’est comme ça.
Ceux qui sont capables de tricher tricheront encore. Sauf qu’il est pas mal plus facile de donner un petit coup de pied sur une balle enfouie ou cachée derrière un arbre discrètement que d’écraser un putter dans son ventre sans se faire prendre.
Cela dit, il vous reste 4 ans pour vous habituer.
Et comme la USGA et le R&A ont fait leur annonce hier, vous avez encore bien du temps pour ajouter un putter traditionnel à votre liste de cadeaux de Noël.
Les magasins sont remplis. Mon sous-sol aussi. Mais je ne suis pas certain que vous voudriez de l’un ou l’autre des trop nombreux putters que j’ai acquis au fil des ans en croyant qu’il s’agissait cette fois du bon. Du dernier que j’allais acheter. Car pas l’un plus que l’autre a réalisé les miracles tant espérés…
Dans le fond ce que la règle 14-1 b confirme, c’est qu’il faut être un brin fou, deux brins passionné et trois brins maso pour jouer au golf.
Je peux bien aimer ça…
On reconnecte plus tard.

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theosaurus
29 novembre 2012
10h04
Who cares? Not me.
pinceau0
29 novembre 2012
10h11
WOW! Toute une chronique… Merci, M. Gagnon!
djieff
29 novembre 2012
10h15
3 règles pour bien putter :
1) placer ses yeux au-dessus de la balle; 2) effectuer un mouvement de balancier avec les bras, sans bouger ceux-ci ni les poignets (ce sont les épaules qui bougent); 3) ne pas donner de coup sec sur la balle (raccourcir son élan arrière et allonger son élan avant – follow through).
J’ajouterais que plutôt que d’essayer d’envoyer 100 balles dans le fonds du bois au champ de pratique avec leur driver, un bâton que l’on n’utilise que 12-15 fois sur un 18 trous, les amateurs (comme moi!) devraient essayer d’envoyer 100 balles le plus près possibles des fanions de 100 et 150 verges, voire de repères physiques situés à une cinquantaine de verges. Une plus grande précision sur ces coups permettra de raccourcir la distance des roulés. J’ajouterais aussi qu’il faut passer autant sinon plus de temps sur le vert de pratique que sur les tapis des champs de pratique. En fin de compte, le roulé manqué de 3 pieds vaut autant qu’un coup de départ réussi de 300 verges…
tidlidoo
29 novembre 2012
10h21
J’ai la chance d’être un naturel avec le putter, allez savoir pourquoi même quand j’étais débutant je trouvais ça facile. Certainement, il m’arrive de connaitre des partie atroces sur les verts, mais ça reste rare. En fait, je sauve plusieurs parties par saison sur les verts….. donc mon bon vieux fer droit est le même depuis 11 ans….. est-il encore droit? Je suis même pas certain, mais ça fonctionne.
Etienne
opto85
29 novembre 2012
10h24
Je joue avec un putter régulier…et je casse le 100 régulièrement. Je n’ai jamais essayé un belly, je doute que cela fasse de moi un champion dans les bas 80, alors bof…
piedoq
29 novembre 2012
10h42
donc ils éliminent l utilisation de la troisième main
nenni
29 novembre 2012
10h48
Je suis parfaitement d’accord avec la rêgle 14-1b. Ils ont en fait défini ce qu’est un élan au golf et la conséquence (quel hasard) a été de conclure que l’ancrage d’un fer droit ne constituait pas un élan de golf.
J’ai écouté la montée de lait de Brandel Chamblee. Je n’achète pas ses arguments. Les longs fers droits continuent à exister pour ceux qui ont des problêmes physiques comme le mal de dos. Le rêglement ne les empêchera pas de jouer. De toute façon l’ancrage n’empêchera pas les amateurs de fins de semaine de l’utiliser. Ceci affectera les tournois compétitifs uniquement.
Le rêglement 14-1b va moins loin que je ne pensais mais je le crois très balancé. Il protège l’intégrité du golf, permet l’utilisation du long fer droit et n’affecte pas sinon peu les manufacturiers. Les joueurs vont s’adapter.
Après tout, le golf est une activité ou sport de défis. Il faut s’adapter aux circonstances et conditions.
MAN1938
29 novembre 2012
10h51
Tout comme vous je crois que la version de Brandel Chamblee est ce qui devrait prévaloir.
Quant aux purs et durs qui préconisent avoir une seule règle pour tout, je me demande alors pourquoi on est d’accord pour utiliser jusqu’à 5 jalons différents et par le fait même avantager certains joueurs. Une règle pour tous, c’est simplement utopique !
yohandallaireboily
29 novembre 2012
12h02
Ça va être le retour en force du Mini-Putt!
nanlaj
29 novembre 2012
12h35
Tant de mots pour parler de mini-putt. Aie
Au moins on n’entendra plus parler des Alouettes et de la CFL zzzzzzzzsnoozefest
Vous devez avoir hate que le conflit au hockey se règle !! :)
jacquesbelanger1962
29 novembre 2012
13h03
Je suis aussi d’accord avec Brandel Chamblee. Quand c’est amateur soyons relaxe. Une personne à ce niveau qui vaudra monter au niveau pro, choisira le putter approuvé. Je crois qu’il faut arrêter de seprendre au sérieux et trouver le plaisir de faire du sports. J’ai remarqué une chose, je ne sais pas si m. Chamblle mélange les sports ou si M. Gagnon s’ennui pour mourir du hochey mais…football dans la LNH???? Bonne journée à tous.
stravinski
29 novembre 2012
13h52
Attention, je vais verser une larme,
Allez lire Jean Dion dans le Devoir d’aujourd’hui, vite!!
LeRusse
29 novembre 2012
14h44
Bonjour, je suis entièrement d’accord avec la décision de changer le règlement concernant les longs putters. Suivant assidûment les tournois de la PGA depuis des années il est facile de constater que plusieurs joueurs ont grandement profité des avantages que procure ce putter. Évidemment, c’est en voulant être équitable pour tous les pros que la USGA adoptera probablement cet important changement.
Je profite de l’occasion pour aborder brièvement une autre règle du golf qui selon moi ne devrait pas être permise. Il s’agit de la possibilité pour une joueuse de la LPGA de voir son cadet se positionner derrière elle pour s’assurer de son bon alignement vers la cible avant d’effectuer son coup. À mon point de vue, une des difficultés fondamentales du golf consiste précisément à être en mesure d’avoir un bon alignement. Selon moi, il s’agit d’une procédure qui contrevient au fondement même du golf. Qu’en pensez vous ?
kosmoz
29 novembre 2012
16h55
Ouf que ouf, j’ai presque pleuré, comme c’est triste la ”misère des riches”….
francoisbov
29 novembre 2012
17h13
La R&A et la USGA ont manqué leur coup avec ces balles qui n’en finissent plus de voler et les hybrides qui facilitent les coups de fers longs et donc, ne voulaient pas perdre la face avec ces longs putter considérant que les gagnants de3 des 4 des tournois majeurs en 2012 l’ont fait avec ceux-ci. De plus, plusieurs jeunes joueurs ne connaissent rien d’autre, ils leur sera difficile de faire le changement. Attendez-vous à des poursuites des manufacturiers.
@LeRusse: tout a fait d’accord. Si tu ne peux pas t’enligner tout seul, tu ne mérite pas d’être pro, point.
micejoki
30 novembre 2012
18h13
Ça fait longtemps que j’espérais la disparition de ces “supers” batons! Tant qu’à favoriser certains, il aurait pu arriver avec des manches de billard pour être encore plus précis…
Bravo pour cette décision! Vaut mieux tard que jamais!