
Une petite question comme ça : Vous réagiriez comment si Scott Gomez profitait de la première tribune qui lui est offerte au New Jersey pour dire que sa venue à Montréal est un accident de parcours et qu’il espère terminer sa carrière avec les Devils?
Si Mike Cammalleri disait que le Canadien était bon dernier sur sa liste d’intérêt, mais que les circonstances ont fait qu’il a dû se résigner à accepter de signer avec eux?
Si Brian Gionta et Jaroslav Spacek vantaient les qualités des organisations pour lesquelles ils ont joué tout en insistant sur leur désir de les retrouver aussitôt leur contrat avec le Canadien écoulé?
Je n’oserais jamais vous mettre des mots dans la bouche, mais je crois dur comme fer que ces mots se bousculeraient à vos lèvres et qu’ils ne seraient pas gentils.
Je n’oserais jamais prédire vos réactions, mais je crois qu’elles seraient bruyantes et négatives.
Si vous êtes capables de huer un Québécois qui fait escale à Montréal dans un autre uniforme ou un ancien du Canadien qui a rendu de fiers services à votre équipe, mais qui est passé sous d’autres cieux, je crois bien que vous seriez assez hostile à l’endroit d’un gars qui crache sur vous avant même d’avoir endosser le chandail ne serait-ce qu’une fois.
C’est pourtant ce qu’a fait Alex Kovalev pas plus tard que jeudi.
Kovi a encore sur le cœur son départ de Montréal. Et de toute évidence, il a mal au cœur. Il a le cœur gros.
Normal! Vous l’avez tant dorloté. Vous l’avez tant vénéré pour ses quelques feintes époustouflantes il est vrai et les tirs de grande qualité qu’il décochait trop rarement.
Vous l’avez tant adulé pour ses beaux jeux et ses facéties tout en excusant ses nombreux passages à vide et ses erreurs qui plongeaient son équipe dans le pétrin.
Des erreurs pourtant évidentes, mais que plusieurs refusaient de voir.
Et gare à ceux qui les relevaient. Ils étaient conduits au bûcher, au pilori, à la potence.
Mais bon! À cause de son grand talent, de son grand charisme, de ses cheveux blonds et de son grand sourire, Kovi arrivait à faire tout ça parce qu’il est une vedette. Une vraie. Une vedette comme il n’y en a pas eu beaucoup au cours des 10 dernières années à Montréal.
Il y a bien eu Théo.
Mais comme il était d’ici, on trouvait toujours le moyen de lui manger sur le dos et de remettre bien des choses en question. Très souvent à tort, quelquefois à raison…
Mais Kovi, c’était différent.
Il venait de loin, il aimait Montréal et Montréal l’aimait. Peu importe ses lacunes, son attitude, ses défauts.
Mais s’il aimait autant Montréal, si, en plus, il savait que Bob Gainey apporterait les changements qu’il a apportés, des changements qui lui auraient permis de succéder à Saku Koivu à titre de capitaine, pourquoi a-t-il insisté sur une troisième année de contrat lors de ses discussions avec Bob Gainey.
Pourquoi, après avoir levé le nez sur 8 millions $ pour deux saisons, a-t-il relevé le nez sur un contrat de 10 millions $ pour deux ans.
Le même contrat qu’il a finalement signé quelques heures plus tard avec les Sénateurs d’Ottawa.
Je suis convaincu qu’Alex Kovalev aimait Montréal et ses partisans. Il les aimait presque autant que les partisans et Montréal l’aimaient.
Mais comme tous les mercenaires du hockey, il n’a pas écouté que son cœur. Il a écouté son compte en banque et il s’est dit que cette équipe avait tellement besoin de lui qu’elle plierait pour l’offrir ce qu’il réclamait.
Sauf qu’avec un nouveau coach en place, un coach qui a une main de fer et qui imposera sa façon de jouer à des gars qui sont bien mieux de la respecter, il n’était pas évident que Kovalev allait pouvoir entrer dans les rangs.
C’est pour cette raison que Bob Gainey ne pouvait tout donner à Kovalev.
C’est pour cette raison que le Canadien est peut-être moins bon sans Kovalev, mais qu’il formera peut-être une meilleure équipe sans l’Artiste.
Dans la vie, dans le vestiaire, sur la glace, devant les journalistes, Alex Kovalev faisait ce que Alex Kovalev voulait faire.
Ça lui a sauté au visage au début du mois de juillet dernier.
Et plus la saison approche, plus il se rendra compte que le Canadien lui manquera et ses partisans aussi.
Car à Ottawa, à Ottawa où les Sénateurs ont laissé leurs partisans sur leur faim au cours des dernières saisons, il est loin d’être sûr que Kovalev profitera de la même passion des fans, de la même patience que celle affichée à Montréal.
Même qu’après ses commentaires de jeudi, et toutes ses remarques aigres-douces qui ont suivi son embauche par les Sénateurs, il est loin d’être acquis que Kovi se retrouvera devant des fans conquis d’avance lorsqu’il débarquera à la Place Banque Scotia.
À force de se plaindre de son sort et de répéter qu’il n’a jamais voulu quitter Montréal et qu’il espère rejoindre le Canadien pour y terminer sa carrière une fois son contrat avec les Sénateurs écoulé, Kovi ne pourra pas se contenter de quelques bonnes présences par match, et d’un bon match par semaine.
Il devra produire.
Et s’il ne le fait pas, les partisans ne resteront pas béats d’admiration devant lui. Ils lui feront vite comprendre qu’avant de se sauver d’Ottawa plus riche de 10 millions $, il devrait peut-être prendre les moyens pour les justifier.
Au moins un peu…
Je sais, je sais. Vous défendrez encore Kovalev par dizaines, peut-être même par centaines.
Mais mettez-vous à la place des partisans des Sénateurs une seconde. Et demandez-vous comment vous réagiriez à leur place.
Demandez-vous comment vous réagiriez si Gomez, Gionta, Cammalleri, Spacek ou un autre des nombreux nouveaux venus chez le Canadien se permettait le même genre de remarques, de doléances, de commentaires.
Allez! Et soyez francs…
Entre les lignes…
Sur le blogue de ce matin, quand j’ai écrit que Serge Savard, de son surnom le Sénateur, était un vieux bleu, je faisais référence à son passé familial selon lequel il venait d’une famille de l’Abitibi qui versait dans l’Union Nationale. Les plus jeunes ne s’en souviennent peut-être pas, ou ne le savent carrément pas, mais ce Parti et son «cheuf» Maurice Duplessis ont régné sur le Québec comme le Canadien régnait sur la Belle Province pendant ses grandes années et avant la venue des Nordiques. Que Savard soit aujourd’hui un Libéral ou un Conservateur, je n’en sais rien de rien. De fait, pour qu’un homme d’affaires soit aussi prospère, il doit avoir des liens étroits à bâbord comme à tribord.
En passant, histoire de dissiper tout doute que je pourrais avoir contribué à créer, il n’y a pas de chicane entre Réjean et moi. Je lui voue d’ailleurs une admiration sans borne. Mais ça ne veut pas dire que je sois obligé d’être d’accord avec lui tout le temps. Ça ne veut pas dire non plus que je vais le laisser me planter dans les coins de patinoire sans répliquer… au moins un peu. Mais pour le reste je l’aime d’amour. Comme s’il était mon frère ainé. Même que des fois, je vous trouve bien durs et parfois injustes avec lui…
On reconnecte plus tard…

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