Je pensais que j’avais assisté au comble de la partisanerie démesurée lorsque, pendant une présence ordinaire, dans le cadre d’un match préparatoire, les partisans du Canadien avaient scandé des Guy! Guy! Guy! pour saluer les premiers, en bien lents, coups de patin de Guillaume Latendresse.
Des Guy! Guy! Guy! qui sont devenus à la mode lors de l’entrée en scène de Latendresse.
Pour Guy Lafleur d’accord.
Pour Carbo aussi. Quand il endossait l’uniforme bien plus que comme entraîneur-chef.
Mais pour Latendresse?
C’était un brin vite. Mettons.
J’aime beaucoup Guillaume Latendresse. Un bon garçon devenu un père de famille. Du plomb dans la tête, le cœur à la bonne place et tout.
Comme hockeyeur, je considère très exagérée l’adulation que lui ont vouée partisans et certains journalistes.
Exagérée et surtout beaucoup trop rapide.
Et cette adulation a fait plus de torts que de biens à Guillaume.
Pourquoi? Parce que des coéquipiers un brin jaloux trouvaient que le petit gars n’en décollait pas beaucoup pour obtenir pareil traitement et parce que nos amis des médias anglos ont imputé au fait français, au non au fait hockey, ce traitement de faveur…
On ne repartira pas là-dessus.
Mais je m’avancerai en disant que tout le monde a un peu raison et un peu tort dans ce dossier.
Moi comme les autres…
À quoi je veux en venir?
À l’ovation accordée à Louis Leblanc lorsque le Canadien en a fait son premier choix, vendredi soir, au Centre Bell.
Aie!
Dans les hauteurs du Centre Bell on criait son nom dès que le tour du Canadien d’annoncer ses couleurs est venu.
Buffalo et St Louis, qui avaient les yeux sur lui, ont passé. Le Canadien n’avait pas le choix.
Pas le choix, parce qu’il aimait ce joueur de hockey, bien plus que parce qu’il vient du Québec.
C’est bien évident que les deux faits composent une belle paire.
Mais je vous demande ceci : comment peut-on scander le nom d’un petit gars ainsi alors qu’on ne l’a jamais vu jouer au hockey?
Juste parce qu’il parle français et qu’on en veut au Canadien d’avoir tourné le dos aux hockeyeurs d’ici au cours des dernières années.
Ce qui n’est pas vrai non plus. Car des francos, il y en a eu.
Le Canadien s’est peut-être trompé souvent en sélectionnant Éric Chouinard au lieu de Simon Gagné, en préférant d’autres petits gars d’ici à la place de Patrice Bergeron ou de Maxime Lapierre, mais il en a repêchés.
On dit tout le bien du monde de Louis Leblanc.
Tant mieux.
Mais pour moi, la meilleure nouvelle pour le Canadien est qu’il a une bonne tête sur les épaules et qu’il sait s’en servir.
On n’est pas accepté à Harvard juste parce qu’on est bon au hockey.
Très grande université dans le monde de l’éducation, Harvard est un petit collège dans la Ivy League, une ligue de deuxième division dans les rangs collégiaux américains.
J’espère que Leblanc y restera quelques années avant de venir se mettre la tête dans la gueule des loups.
Car quand des partisans qui n’ont pas la moindre idée du fait que soit droitier ou gaucher, que tu préfères les tirs des poignets aux tirs frappés, que tu sois rapide ou non sur des patins, que ta vision du jeu soit périphérique ou concentrée acclament ton nom, tu ne peux t’empêcher de comprendre que tu es condamné à être bon.
Pas juste bon, excellent.
Guillaume Latendresse est bon. Pas assez, du moins pas encore, pour répondre aux Guy! Guy! Guy! qui lui sont réservés, mais il est bon quand même.
Que devra faire Louis Leblanc lorsqu’il rejoindra le Canadien pour répondre aux Lou-Oui! Lou-Oui! Lou-Oui! Scandés avant même qu’il ne soit choisi?
La réponse me fait peur…
Parce qu’au-delà du fait qu’il ait été le premier choix du Canadien, le 18e au total, Leblanc demeure un enfant. Les deux, trois, quatre prochaines années de développement détermineront si le Canadien a pris la bonne décision hier.
Même chose pour tous les autres repêchés par le Canadien, comme les 29 autres équipes.
Le Canadien a-t-il bien travaillé?
On le saura dans quatre ou cinq ans.
Mais en repêchant quelques Québécois, il a calmé quelques esprits échaudés qui ne pourront se plaindre avant de voir comment les joueurs se développeront.
Et si les Américains et le Finlandais deviennent meilleurs que les petits gars d’ici que diront-ils dans quatre ans?
Rien. Partisans et observateurs rapides pour crier au loup auront oublié.
Mais si le Finlandais et les Américains piquent du nez, ils vont repartir en croisade.
Il faut croire que c’est comme ça…
On reconnecte plus tard.

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