
Il y a deux ou trois semaines, quelqu’un est venu sonner à la porte de la maison.
Il était 10 h. J’étais pressé. Je venais de poster un petit quelque chose sur le blogue et je devais filer au Centre Bell pour un entrainement du Canadien.
Lorsque j’ai ouvert la porte, un monsieur asiatique m’a offert son plus beau sourire. Il ne disait pas un mot de Français et les seuls mots d’Anglais qui sortaient de sa bouche étaient : buy! Money! How much!
Brandissant un tout petit calepin dans lequel il avait déjà inscrit les coordonnées de la maison, le monsieur pointait une petite pancarte sur le terrain et signifiait son intérêt pour la maison.
Il voulait acheter. Acheter tout de suite. Et au nombre de fois qu’il a dit le mot money, je crois bien qu’il avait les moyens de le faire.
Après cinq minutes de dialogues de sourds, j’ai finalement pu lui faire comprendre que la maison n’était pas à vendre.
Mais la pancarte devant la maison?
C’était la pancarte du contracteur qui venait d’exécuter les travaux visant à remplacer les pavés unis et à refaire une beauté au terrain en avant.
Notre maison est belle. Belle comme dans elle est à notre goût.
Parce qu’on a acheté lorsque le marché était à son zénith, parce qu’on a effectué des tas de rénovations à l’intérieur, parce qu’on a fait creuser une piscine pour les enfants, parce qu’on a fait refaire l’entrée et le terrain avant, notre bas de laine est vide.
Même que sans dévoiler tous nos secrets, je suis un peu dans le rouge en ce moment. Un moment bien mal choisi pour être vulnérable au plan économique avec la crise qui frappe sur plusieurs fronts.
Lorsque j’ai appelé Maryse pour lui raconter ma petite aventure, elle s’est fâchée.
«Tu ne dis jamais que la maison n’est pas à vendre. Jamais! Tu dis combien vous voulez offrir. Et si le gars est assez fou pour dire 1 million $, tu vends. C’est aussi simple que ça!»
Maryse ne veut pas déménager plus que moi.
Elle ne veut pas vivre dans un chantier pendant deux autres années et déplacer les enfants une autre fois de quartier.
Mais Maryse est comptable. Elle sait compter.
Moi? Je ne suis même pas capable de gérer mon argent de poche sans faire de méga déficits…
Pourquoi je vous raconte cette histoire ce matin?
Parce que je dresse un parallèle entre mon expérience avec le gentil monsieur asiatique qui voulait acheter notre maison et l’histoire de ma collègue Sophie Cousineau ce matin à l’effet que le Canadien serait à vendre.
George Gillett a acheté le Canadien pour une chanson.
Cette équipe moribonde qu’il a acquise est devenue l’une des bonnes de la Ligue nationale. Elle joue à guichets fermés depuis deux ans et ce n’est certainement pas en cette année du centenaire que la séquence s’arrêtera.
Son building est l’un des plus occupés de la Ligue avec les escales répétées des plus grands artistes de la planète.
George Gillett aime le Canadien et le Centre Bell comme j’aime ma maison. Peut-être plus encore. Il est fier de son équipe. Il vibre au rythme de ses victoires, de ses défaites aussi. C’est lui qui a convaincu Patrick Roy d’accepter que son chandail soit retiré le 22 novembre prochain. Il vit pleinement l’année du centenaire et toutes les célébrations qui la marqueront.
Vendre en pareilles circonstances?
Je ne crois pas que ça pourrait arriver.
Mais si quelqu’un venait cogner à sa porte, George Gillett n’aurait pas besoin d’appeler son épouse pour savoir comment composer avec une offre pareille.
Il dirait combien. Sur le champ!
Pourquoi? Parce que contrairement à moi, M. Gillett est un homme d’affaires. Et sans doute un très bon. Il faut l’être pour se bâtir une fortune, faire une faillite qui te laisse le cul dans la paille et rebâtir une fortune qui te permet de l’offrir le Canadien de Montréal comme petit jouet.
Le Canadien de Montréal, comme tous les autres jouets de George Gillett, est susceptible d’être vendu. Il a vendu ses avions parce qu’il ne pouvait plus en profiter. Il pourrait vendre son club de hockey.
Mais ça ne veut pas dire qu’il soit à vendre.
La nuance est importante.
Parce que son équipe a atteint sa maturité sportive et financière, parce qu’il l’a acheté à sa valeur la plus basse et qu’elle pourrait difficilement valoir plus qu’elle ne vaut maintenant, ce serait économiquement sensé de vendre le club et la bâtisse.
Mais en cette année du centenaire, avec toute la fierté que cela apportera à l’organisation et à celui qui la dirige, ça me semble gros.
Surtout que selon mes informations, M. Gillett est pas mal plus en mode acquisitions au centre-ville de Montréal qu’en mode vente de garage.
Quoi penser alors de la nouvelle de ce matin?
Que c’est toujours possible, que ça pourrait arriver demain, dans un mois, dans deux ans, mais aussi dans 10 ou 15 ans…
Mais tout de suite, maintenant? Pas sûr. Surtout que je n’ai pas la plus grande des confiances en celui par qui la nouvelle se propage ce matin.
Jim Balsillie!

Créateur du Blackberry dont vous êtes peut-être l’esclave vous aussi, Balsillie est certainement aussi riche que George Gillett. Peut-être plus. Et comme George Gillet, il aimerait s’offrir une équipe de la LNH comme jouet.
Il a tenté l’expérience à Pittsburgh et à Nashville.
Il s’est fait planter dans la bande.
On dit qu’il a essayé d’acheter les Thrashers d’Atlanta aussi.
Balsillie est devenu l’ennemi numéro un à la LNH. Pas parce qu’il n’a pas les moyens d’acheter une équipe. Car il les a.
Mais parce qu’il ne veut faire qu’à sa tête, ne rien respecter, et déménager son équipe dans le sud de l’Ontario.
Est-ce qu’il a profité d’une autre tribune pour envoyer un jab à la LNH en prétendant que le Canadien était à vendre?
Peut-être.
Car comme tout bon homme d’affaires, Balsillie sait que si le prix est bon, tout est à vendre. Sa compagnie RIM, comme le Canadien de Montréal.
Ce que Balsillie a fait, n’est rien de plus que ce que le monsieur asiatique a fait lorsqu’il est venu frapper à la porte de notre maison il y a deux ou trois semaines.
Il a signifié son intérêt.
Aie! Si le gars est prêt à acheter des équipes qui vont aussi mal sur le plan financier que Nashville ou Atlanta, il serait bien fou de tourner le dos au Canadien de Montréal qui gagne, qui n’a jamais été aussi populaire, qui n’a jamais eu autant de valeur.
Il est excentrique le bonhomme, mais il n’est pas fou.
Et ce matin, il doit être fier de son coup parce qu’on parle encore de lui et de ses projets d’acheter une équipe de la LNH.
Il va consulter son Blackberry toute la journée pour lire ce qui s’écrit sur lui et consulter sa boite de messages au cas où George Gillett lui enverrait une proposition d’affaires.
Mais si vous voulez mon avis, le seul message que Gillett acheminera à Balsillie sera : va donc chez le diable!
Et Balsillie ira frapper à une autre porte dans quelques semaines, dans quelques mois afin de rester en tête de liste des gars riches et célèbres qui veulent s’offrir un club de la LNH comme jouet…

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