C’était l’hystérie au Centre Bell. Ce devait l’être chez vous aussi, dans les bars sportifs, aux dépanneurs pour aller chercher quelques bières et des crottes de fromage histoire de célébrer comme il se doit cette première place.
Aie! Ce n’est pas à tous les jours que ça arrive!
Surtout que si l’on se fie aux données du groupe Elias Sports Bureau, à New York, le Canadien se retrouve au premier rang de l’Association de l’Est pour la première fois depuis le mois de mars 1993.
Comme le disent les amateurs de bon vin : 1993, c’était une bonne année. L’année de la dernière coupe Stanley.
Allez! Dites le que vous en rêvez. C’est correct. C’est même parfait. C’est très noble de prendre pour une équipe, de l’encourager, de la vénérer en autant que vous respectiez les idées des autres.
Quand je pense que mon pauvre ami Réjean Tremblay a perdu quelques heures de soleil, en Floride, parce qu’il a dû se taper quelques centaines de courriels pas gentils parce qu’il n’a pas été gentil avec votre club…
Connaissant Réjean comme je le connais, ou que je crois le connaître, il va tourner ça à son avantage. Il va transformer vos mots de détises en or en les reprenant dans une ou l’autre de ses séries…
C’est un petit vlimeux vous savez. Vlimeux, oui. Petit? Pas sûr…
Assez parlé de Réjean.
Il faut parler du Canadien. De votre club. De votre équipe qui joue en équipe et qui est vraiment partie pour la gloire. Après avoir haché menu les Sabres de Buffalo par la marque de 6-2, vendredi, le Canadien a joué un match complètement différent hier.
Un match austère pour ne pas dire plate. Un match difficile parce qu’il n’y a jamais rien de facile contre les Devils du New Jersey et Martin Brodeur.
Mais un match que le Canadien a gagné quand même.
Attendez que je regarde mes notes. Ça fait trois victoires de suite pour le Canadien et sept à ses neuf derniers matchs.
Du sérieux!
Pas surprenant alors que Guy Carbonneau ait quitté le banc le poing levé au ciel lorsque la sirène a confirmé la victoire de 2-1 de son équipe.
Pendant que Carbo retraitait vers le vestiaire, ses joueurs fêtaient presque autant que les 21 273 partisans qui célébraient comme il se doit la victoire importante d’hier.
Tout ce beau monde avait raison de fêter. Et la fête peut continuer ce matin parce que le Canadien est campé au tout premier rang de son Association, un point devant les Devils et les Sénateurs d’Ottawa qui ont stoppé leur glissade au classement en remportant une victoire de 5-4 aux dépens des Penguins de Pittsburgh hier.
Vous voulez savoir à quel point le classement est serré?
En gagnant hier, le Canadien s’est hissé en première place. Mais s’il avait perdu, c’est au cinquième rang qu’il se réveillerait ce matin.
Méchante différence!
Une première pour Koivu
« C’est un exploit remarquable », a lancé le capitaine Saku Koivu qui se retrouve en tête de l’association pour la première fois depuis son arrivée à Montréal.
Surpris le capitaine?
« J’ai eu le malheur de dire l’été dernier que nous avions un club capable de se battre pour les séries, mais qui ne pouvait aspirer à la coupe Stanley. Alors c’est bien évident que je suis surpris. Il y avait tellement de questions reliées à la place que devait prendre nos jeunes. Des questions dont nous n’avions pas les réponses à ce moment là. Mais les performances de nos jeunes ont permis de chasser plusieurs doutes que nous avions», a-t-il répondu.
« Mais le plus dur reste à faire. Nous pouvons savourer cette victoire et la première place qu’elle nous accorde, mais il faudra mettre tout ça de côté dès demain », a ajouté Koivu.
Si le capitaine a été franc quant à son niveau de surprise, son entraîneur-chef a convenu qu’il l’était tout autant.
Guy Carbonneau a d’ailleurs reconnu qu’il aurait répondu : « es-tu malade! » si quelqu’un lui avait demandé s’il croyait aux chances de son équipe de se hisser au premier rang.
« Je suis un compétiteur et je ne pars jamais en me disant que je n’ai pas de chance de gagner. Mais on savait que les Sénateurs formaient une meilleure équipe que la nôtre. Nous avons travaillé très fort. Nous avons appris à gagner et à perdre en équipe. Nous avons joué du bon hockey avant les Fêtes. Mais depuis Noël, on en joue de l’excellent. Le mérite revient aux joueurs qui occupent notre vestiaire », a plaidé Carbonneau.
Week-end dangereux
De son propre aveu, Guy Carbonneau craignait la fin de semaine qui se termine aujourd’hui.
« On a souvent de la difficulté contre ces deux équipes. J’avais peur de ces deux matchs parce que nous aurions pu entreprendre notre voyage dans l’ouest sur un mauvais pied. »
Si les craintes de Carbonneau ont vite été chassées, vendredi, à Buffalo, il a dû attendre la toute fin de la rencontre d’hier avant souffler un peu.
Il a dû attendre un but d’Andrei Kostitsyn qui a brisé l’égalité de 1-1 avec un but enfilé à 14 :17 de la troisième période. Kostitsyn a contourné rapidement le filet des Devils pour surprendre Martin Brodeur qui a partiellement touché à la rondelle avec son bâton.
Mark Streit a lancé le Canadien en avant au début de la deuxième période en sautant sur un retour devant le filet de Brodeur. Oublié par le défenseur Johnny Oduya, Streit a glissé la rondelle sous Brodeur pour obtenir son 12e de la saison.
Les deux buts marqués par le Canadien hier l’ont été en avantage numérique. Le Tricolore a donc enfilé sept buts en 13 attaques massives à ses trois derniers matchs.
Price solide
À l’autre bout de la patinoire, Carey Price a été encore très solide.
Malgré leurs 32 tirs, les Devils n’ont pas multiplié les occasions de marquer. Ils ont toutefois tournoyé pas mal autour du but du jeune gardien qui s’est signalé en fin de rencontre.
« Ils ont frappé à la porte, mais heureusement, les tirs décochés n’étaient pas francs. Cela m’a facilité le travail. Le gars ont effectué du travail phénoménal devant moi pour bloquer des tirs, couper des passes et nettoyer le devant de mon filet », a lancé Price qui a été déjoué par Brian Gionta.
Le jeune gardien remportait une troisième victoire consécutive depuis le départ de Cristobal Huet. Au cours de ces trois rencontres, il a maintenu une moyenne de 1,33 but accordé à ses adversaires par rencontre. Son taux d’efficacité s’élève quant à lui à 95,6 %.
Petits détails, gros impacts
Derrière les buts de Mark Streit et Andrei Kostitsyn et les arrêts réalisés par Carey Price, des petits détails ont permis au Canadien de gagner hier.
Un de ces détails a été le travail acharné de Maxim Lapierre qui a réussi à maintenir la rondelle dans le fond du territoire des Devils avec quelques minutes à faire au match.
« Je pense que je n’avais encore jamais gardé la rondelle aussi longtemps en ma possession de ma vie », a lancé Lapierre qui a eu droit à une ovation monstre en récompense de son travail.
« Cette réaction de la foule, m’a fait passer à un autre niveau d’énergie. J’étais tellement survolté que j’aurais pu passer les deux dernières minutes sur la glace. C’est difficile d’expliquer à quel point ces encouragements peuvent stimuler », a ajouté le jeune joueur de centre.
De l’autre côté du vestiaire, Francis Bouillon tenait dans ses mains un patin dont le support de lame a explosé après avoir été frappé par une rondelle sur un tir bloqué avec quelques secondes à faire.
« Il était temps que le match finisse », a souligné Bouillon qui a d’ailleurs dominé le Canadien avec six tirs bloqués au cours du match.
Chris Higgins, fort heureux de se retrouver ainsi en première place, riait de bon cœur après la rencontre. Mais il ne riait pas durant le match.
« Comprends moi bien : j’ai tout le respect au monde pour les joueurs des Devils qui sont excellents dans ce qu’ils font et qui se défoncent à l’ouvrage. Mais c’est tellement plate jouer contre eux qu’ils devraient être obligés de payer le café aux amateurs pour qu’ils restent réveillés », a indiqué l’ailier gauche qui a atteint le plateau des 20 passes hier.
Andrei Markov, toujours bien sage devant son casier, a surpris les journalistes lorsqu’on lui a demandé ce qu’il pensait du fait que le Canadien s’était hissé au premier rang de l’Association Est pour la première fois depuis 1993.
« C’est une belle sensation, mais ça ne veut pas dire grand-chose si nous n’y restons pas. C’est peut-être une surprise, mais nous formons une bonne équipe. Tout le monde travaille fort. Les positions au classement, je les regarde sur le tableau quand j’entre dans le vestiaire, mais le plus important est de continuer à jouer comme nous le faisons. »
Bon moment pour partir…
Hissé tout en haut du classement, le Canadien s’envole vers l’ouest américain. Il amorcera un voyage de quatre matchs demain à San Jose avant d’effectuer des escales à Phoenix, Anaheim et Los Angeles…
« C’est sans doute un bon moment de quitter, car il y aura beaucoup d’entrain ici avec cette première place. La pression sera énorme et le fait de se retrouver sur la route nous aidera à garder notre concentration. Ce n’est pas un match facile, mais nous formons une bonne équipe sur la route », a indiqué Saku Koivu.
Ce voyage devrait cimenter encore un peu plus un esprit d’équipe qui plait à l’entraîneur-chef.
« On dit à tous les ans que l’esprit est meilleur que l’année précédente. Mais cette année, c’est vrai. Les gars se tiennent. Ils forment une équipe. Même à la maison, les jours de match, ils sont une vingtaine à se retrouver dans le même restaurant le midi. C’est rare que tu vois ça à la maison. Il faut maintenant apprendre à gérer cette première position. Apprendre à composer avec le fait que nous sommes parmi les meilleurs clubs et prendre les moyens pour y rester », a conclu Guy Carbonneau.









