Le Canadien se réveille en enfer ce matin. En enfer où il n’a remporté qu’une toute petite victoire en temps réglementaire à ses 28 dernières visites au New Jersey pour y affronter Martin Brodeur et les Devils.
Exception faite d’une victoire de 1-0 remportée le 5 février 2002, le Canadien a vendu son âme aux Devils 18 fois en saison régulière, et trois fois de plus en séries éliminatoires.
À ces 21 revers on doit en ajouter deux autres encaissés en prolongation.
Six fois, Martin Brodeur a blanchi le Canadien. Il l’a fait trois matchs de suite. Dix fois, il a limité le Canadien à un petit but, dont la fois où José Théodore lui a été supérieur…
Le Canadien est arrivé à se sortir partiellement des griffes du diable à quatre reprises soutirant aux Devils quatre verdicts nuls.
On fait quoi pour se sortir d’un enfer pareil?
S’il s’est bien gardé de parler d’exorcisme, l’entraîneur-chef Guy Carbonneau compte sur deux facteurs pour aider son équipe à se défaire de ses démons : il enverra Carey Price devant le filet et il espère que le diable n’a pas suivi les Devils jusque dans leur nouveau domicile.
« Carey n’a pas de passé face aux Devils contre qui on n’a pas eu beaucoup de succès au cours des dernières années », a lancé Guy Carbonneau pour expliquer son choix de gardien.
Carbonneau aurait pu ajouter, comme source de motivation pour son jeune gardien, le fait que Price croisera, ce soir, Brent Sutter. L’entraîneur-chef qui l’a renvoyé à l’hôtel il y a deux ans avec Équipe-Canada junior, parce que Price ne pratiquait pas assez fort. Parce que Price était le second de Justin Pogge qui est toujours dans la Ligue américaine, deuxième gardien avec les Marlies de Toronto, le club-école des Leafs.
Price saura-il réussir là où Patrick Roy, Cristobal Huet et tous les autres gardiens qui se sont succédés entre eux – exception faite de José Théodore en 2002 – ont échoué?
« Je ne sais pas, mais le jeune est pas mal fort devant les défis », a lancé Cristobal Huet qui reviendra devant le filet de son équipe demain alors que les Predators de Nashville seront les visiteurs au Centre Bell.
Nouveau domicile
Si le Canadien se réveille en enfer ce matin, cet enfer a changé de coup d’œil. Car des marécages dans lequel ils étaient installés depuis leur arrivée au New Jersey en 1982, les Devils occupent maintenant un domicile tout neuf sur la terre ferme à Newark.
Mais attention! Ce nouveau domicile n’est pas plus accueillant. Car si les Devils sont sortis des marais, ils sont installés en pleine zone de guerre dans cette portion criminalisée, défavorisée voire malfamée de la région.
« Il parait que c’est un coin dur, mais ça ne me dérange pas du tout. Je n’en pouvais plus de jouer dans cette « dump » qui servait de domicile aux Devils. Les vestiaires étaient petits, il faisait noir sur la patinoire, il n’y avait pas d’atmosphère. C’était plate à mourir jouer là et ça explique peut-être un peu pourquoi nous, comme d’autres équipes, avons toujours eu autant de difficultés à y gagner », expliquait Mathieu Dandenault hier.
Brodeur et les autres
Martin Brodeur représente aussi un gros facteur.
« Martin est certainement la première raison qui explique les succès des Devils contre nous. Le fait qu’il vient de gagner sa 500e victoire en carrière prouve sa grande valeur», a d’ailleurs admis Guy Carbonneau.
« Mais il était protégé par Scott Stevens, Ken Daneyko, Scott Niedermayer à une époque où l’accrochage était toléré. Les Devils n’accordaient pas beaucoup de tirs en partant, mais c’était presque impossible d’arriver à s’emparer d’un retour », a ajouté Carbonneau.
Cela dit, Brodeur semble plus « humain » cette saison. On l’a vu accorder des buts faciles et les Devils ne forment plus l’équipe redoutable des dernières années.
« C’est vrai qu’on voit des faits saillants surprenants certains soirs. Mais je ne m’en fais pas pour Martin. Tout est question de motivation pour un gars comme lui. C’est peut-être plus difficile certains soirs alors qu’il n’a plus le même club devant lui et que les Devils ne sont plus favoris pour gagner la Coupe dès le début de l’année. Mais contre les Rangers et contre nous, je suis convaincu qu’il n’a pas besoin de chercher bien loin pour vouloir gagner. Ce qui n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour nous», a indiqué Mathieu Dandenault.
Fort de son meilleur début de saison depuis son arrivée avec le Canadien, Alex Kovalev voue un respect évident pour Martin Brodeur. Mais l’artiste a esquissé un petit sourire lorsqu’on lui a demandé si le gardien québécois lui faisait peur.
« Je n’ai peur de personne. Regardes mes statistiques et tu verras que j’ai eu ma part de succès contre lui », a lancé avec raison Kovalev qui revendique 18 buts et 44 points en 60 matchs contre Brodeur et les Devils.
« Il est encore un des bons gardiens de la Ligue, mais si on attaque le filet et qu’on lui complique la tâche en visant les coins au lieu de tirer sur lui, on pourra le battre. »
Entre les lignes
Je ne suis pas au New Jersey aujourd’hui. C’est mon collègue Marc-Antoine Godin qui se tape le voyage au bout de l’enfer. Remarquez que le New Jersey s’est avant-tout le dessous le bras des États-Unis…
Je vais faire un tour au Centre Bell afin d’épier Jean-Pierre Dumont, Radek Bonk Alexander Radulov et les Predators de Nashville qui ont infligé une autre défaite à mes Sénateurs hier soir. Le genre de revers qui fait mal. Mais avant de traiter les Sénateurs de « chocker » il faudrait vous rappelez le parcours des Sénateurs l’an dernier. Parcours difficile au début qui s’est soldé par une présence en série finale de la coupe Stanley. Vous pensez que ce sera l’inverse cette année? C’est ce que je disais : attendez un peu avant de juger. Comme avec les gardiens…
À plus tard…

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