François Gagnon

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    Journaliste à La Presse et à LaPresse.ca, François Gagnon est un amateur de hockey depuis toujours qui n'hésite pas à chausser ses patins pour vivre la magie du sport. Chaque jour, il vous propose sa vision du hockey et attend avec impatience vos questions et réactions!
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    Samedi 23 juin 2007 | Mise en ligne à 9h26 | Commenter Commentaires (552)

    Esposito : une erreur, vraiment?

    Le Canadien s’est planté à 100 milles à l’heure au repêchage de 1980 lorsqu’il a tourné le dos à un petit gars de Montréal du nom d’André Savard à qui il a préféré Doug Wickenheiser.

    On le sait parce que l’histoire l’a confirmé.

    Comme l’histoire a confirmé les bourdes monumentales de 1995 alors que le Canadien a préféré Terry Ryan à Jarome Iginla, Petr Sykora, de 1997 alors qu’il a sélectionné en première ronde Jason Ward plutôt que Marian Hossa sans oublier les nombreux premiers choix douteux tels les Matt Higgins, Andrei Kostitsyn et autres exemples du genre.

    Vous pouvez en choisir tout plein tant ils sont nombreux.

    Mais avant de conclure à l’erreur dans le cas de ces sélections, il a fallu du temps.

    Et il faudra du temps avant de déterminer si le Canadien s’est mis un pied dans la bouche en réclamant un défenseur américain, qui est encore au High School, en Ryan McDonagh plutôt que le Québécois Angelo Esposito.

    Sur les trottoirs du centre-ville de Montréal la nuit dernière, plusieurs amateurs criaient au meurtre.

    « C’est ça la perle rare de Bob Gainey » vociférait Alain Ouellette, propriétaire du pub sportif le Vestiaire rue St-Denis en brandissant le cahier des sports de La Presse de vendredi avec le texte de mon collègue Mathias Brunet à la une.

    Personne à Montréal ou à peu près, exception faite de Trevor Timmins, de Bob Gainey et de leur équipe de recruteurs, ne connaissait Ryan McDonagh avant que son nom ne soit prononcé au 12e rang de la sélection.

    Celui d’Angelo Esposito défraie les manchettes sportives depuis plus de deux ans.

    Dans le balance du pouvoir populaire, le joueur de centre pesait donc pas mal plus lourd que le gros défenseur du Minnesota.

    Mais le pouvoir populaire, ça ne patine pas, ça ne frappe pas, ça ne marque pas des buts.

    Et lorsque Bob Gainey s’est tourné vers son recruteur chef pour lui demander s’il était sûr de son coup avant de se rendre sur l’estrade où le patron du Canadien allait souhaiter la bienvenue à son futur défenseur, Timmins n’a pas bronché.

    Trevor Timmins était tellement sûr de son coup, vendredi, qu’il n’a pas passé l’après-midi à voir et revoir sa liste de sélection et à jongler avec des doutes. Non! Il s’est payé une heure ou deux de répit après une année passée justement à regarder des jeunes joueurs, à les évaluer et à projeter ce qu’ils deviendront dans cinq, dans 10, dans 15 ans.

    Et dans la boule de cristal de Timmins, McDonagh sera un défenseur numéro deux dans la LNH et il a déjà les attribut physique pour défendre cette sélection.

    L’avenir nous le dira.

    Mais d’ici à ce que l’histoire ne dicte la conclusion à tirer de cette sélection, on est condamné à faire confiance à Timmins et à ses homologues des 29 autres équipes de la LNH qui sont les seuls à savoir vraiment pourquoi ils ont fait quoi.

    Et Esposito?

    Si Angelo Esposito est aussi bon que plusieurs le prétendent, il fera pâlir le Canadien maintenant qu’il se retrouve au sein de la plus belle pépinière de jeune talent de la LNH avec les Penguins de Pittsburgh.

    Mais une indication devrait nous obliger à un peu de retenue ce matin.

    Immédiatement après que le Canadien lui eut tourné le dos, Angelo Esposito a été écarté par les Blues de St.Louis qui lui ont préféré un Danois. Le premier jamais sélectionné en première ronde…

    L’Avalanche du Colorado, les Oilers d’Edmonton, le Wild du Minnesota, les Rangers de New York, les Blues une fois encore et les champions de la coupe Stanley, les Ducks d’Anaheim, l’ont tour à tour ignoré en préférant conserver le nom qu’ils avaient inscrit sur le liste à leur rang de sélection.

    En 1995, lorsque le Canadien a sélectionné Terry Ryan, les Bruins de Boston ont sauté tout de suite après sur Kyle McLaren.

    Deux ans plus tard, lorsque le Canadien a vu en Jason Ward un sauveur, les Sénateurs d’Ottawa ont sauté à pieds joints sur Marian Hossa.

    Hier, sept clubs ont passé par-dessus Esposito.

    Il doit bien y avoir une raison. Une raison que la raison ne connaît ou ne comprend pas toujours, c’est vrai, mais une raison quand même.

    Et dans ces équipes, le Minnesota et Anaheim comptent sur des dépisteurs québécois chevronnés en Guy Lapointe et Alain Chainey. S’ils avaient vraiment flairé la bonne affaire, ils auraient convaincu leur patron, Doug Risebrough et Brian Burke de changer leur fusil d’épaule.

    Ils ne l’ont pas fait.

    Ça ne veut pas dire qu’Esposito est un chaudron et qu’il n’aura pas une belle carrière. Loin de là! Ça veut juste dire que des équipes avaient des raisons de le recaler sur une liste qu’il trônait il n’y a pas si tant longtemps.

    Ça veut juste dire qu’il faudra du temps.

    Pourquoi pas au 22e rang?

    Cela dit, le Canadien, qui voyait le nom d’Esposito être écarté en 14e, 16e, et 18e sélections aurait pu tenter d’améliorer son rang de sélection en 22e place pour tenter d’obtenir alors Esposito.

    Il ne l’a pas fait.

    Ça veut dire que Timmins et ses pairs voient Max Pacioretty dans leur soupe.

    Encore là, qui peut leur crier des noms? Ils sont les seuls à Montréal à l’avoir vu jouer ce jeune homme…

    Jusqu’à preuve du contraire, le Canadien a eu raison dans ses deux sélections. Comme tous les directeurs généraux d’ailleurs.

    Car l’expérience des dernières années m’a appris une chose. Au repêchage, les équipes sont toujours heureuses. Toujours! On en croyait jamais que ce gars là serait encore disponible au moment de notre sélection que les d.-g. scandent avec fierté.

    L’ennui, c’est qu’ils déchantent souvent après quelques années.

    On va donc donner quelques années au Canadien.

    Mais le mot clef dans les sélections d’hier chez le Canadien demeure la question posée par Bob Gainey à Trevor Timmins avant de faire de Ryan McDonagh son premier choix de la cuvée 2007.

    Es-tu certain de ton coup?

    Timmins a dit oui. C’est ça de gagné.

    Et comme cela arrive tous les ans, il faudra attendre les six rondes supplémentaires aujourd’hui pour peut-être mettre le doigt sur la recrue de l’année dans deux ans saisons dans la LNH, ou celui qui se développera au point de devenir un jour capitaine de son équipe.

    Pensez une seconde à Daniel Alfredsson, choisi su 133e rang en 1994, 130 sélections après un certain Radek Bonk…

    Le repêchage n’est pas une science exacte. Loin de là.

    Les équipes ont concocté des mélanges hier, des mélanges qui sont parfois explosifs. Dans deux, trois ou quatre ans, on saura quelles équipes ont vu ces mélanges leur sauter au visage ou les ont vu se transformer en potion magique.

    D’ici là, on laisse mijoter et on attend!


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