La suite des concerts qu’on a attrapé ces derniers jours…
011 et Orange Orange – Monde Urbain, scène du stationnement Clark
Je n’apprendrai rien aux festivaliers aguerris: pour les découvertes pop moderne de toutes tendances, la scène du stationnement Clark est le point de ralliement. Le même jour, les Francos proposaient deux découvertes électro-pop, 011 et Orange Orange. Des deux, c’est 011 qui a obtenu notre faveur: le trio vient de lancer un album, Calcul Désintégral, parsemé de beaux moments, et le rendu sur scène nous paraissait encore plus énergique, moins coincé dans ses machines. À revoir.
Quant au duo Orange Orange, qui a mis en vente un premier mini-album, c’est l’expérience de scène qui a primé sur la proposition musicale. Les deux complices ont gagné leurs épaulettes sur les petites scènes, et ça paraît. La chanteuse/claviériste Sabrina Sabotage a une facilité à établir un contact avec le public, elle a semblé mener son tour de chant avec professionnalisme. Reste que si les accrocheuses ritournelles pop sonnent agréablement bien sur disque, le passage à la scène est plus ardu, alors que les arrangements paraissent encore plus mécaniques et minimalistes, les grooves coulants qu’on leur connait parvenaient mal à nous donner envie de danser.
Jorane et l’Orchestre Métropolitain – place des Festivals
Étrange comment parfois, on perd la notion de FrancoFolies durant ce festival. Prenez Khaled: c’eut pu être un concert du Festival des nuits d’Afrique. Ou du Festival de jazz, pourquoi pas.
Idem pour Jorane, accompagnée de l’Orchestre Métropolitain – pas Nuits d’Afrique, pas même Jazz, mais peut-être au diapason d’un événement comme le Festival d’été de Québec, ou du patriarche des grands festivals de musique québécois, celui de Lanaudière. C’était, par ce beau samedi soir, un tout autre public que celui qu’on rencontre ordinairement aux Francos, et une toute autre qualité d’écoute, aussi.
Il y avait foule sur la place des Festivals, on se risque même à avancer qu’il y avait deux fois plus de spectateurs qu’à l’hommage à Nino Ferrer la veille. Une belle foule sage, toute ouïe, profitant des belles effluves musicales de l’Orchestre Métropolitain, dans lequel se sont lovées les mélopées pop de Jorane.
Les Denis Drolet chantent Plume – scène coin Sainte-Catherine et Jeanne-Mance
C’était hier, après le spectacle de Khaled, sur “l’ancienne” scène principale du festival, le meilleur “cover band” de l’oncle PluPlu qu’on puisse imaginer, les Denis Drolet jouant le rock ‘n roll des gros flancs mous devant un public amusé et médusé.
Pour faire court, c’était un peu tout croche, et parfaitement tout croche. À la bonne franquette, l’hommage aux titres les plus débiles de l’oeuvre de Plume Latraverse – hormis cette incursion sur Chansons nouvelles, la composition 1837. L’orchestre aurait pu répéter un peu plus avant de se jeter dans la gueule du loup, mais c’était tout bien rendu quand méme, et surtout avec un enthousiasme qui communiquait bien l’affection que portent les Drolets Brothers à l’endroit du poète et chansonnier.
Et qu’importe si on perdait un peu du texte lorsque les deux chantaient à l’unisson, de toute façon, on connaissait les paroles par coeur, à commencer par Rideau qui a lancé le spectacle, jusqu’à Bobépine, évidemment, sur la fin. Enfin, il me semble que c’était bien avec Bobépine qu’on a terminé la soirée, j’avais rangé mon calepin dès les premières notes pour profiter et décompresser de cette longue fin de semaine à courir d’une scène à l’autre…
Et puisqu’un lecteur nous posait la question, voici une liste non-exhaustive et dans le désordre, ramené de mémoire, des chansons que les Denis Drolet ont chanté: Rideau, La Chanson de Jean-Claude (devenue La Chanson de Just to Buy My Love, l’iconoclaste danseur du duo…), Bonne Soirée, Le Rock ‘n Roll du grand flanc mou, La Bienséance, Léon le caméléon, Chambre à louer, Lit Vert, Le Fermier Jean, j’en oublie peut-être une ou deux…
Entre les chansons, quelques bonnes blagues bien trash que le bon goût nous retient de retranscrire ici. Au risque de nous répéter, les Denis Drolet ont trouvé un parfait filon dans l’oeuvre plus “acidulée” de Latraverse, un côté de celui-ci qui s’harmonise bien avec celui, absurde et déboussolant, des humoristes. Seul véritable regret: ils ont dû finir la fête à minuit tapant, alors qu’on n’en aurait pris bien davantage, d’autres chansons hallucinées de l’album Métamorphose Tôme.1, ou d’autres perles trash comme Léopold Gibouleau ou Saigne tes breaks!
Saule – scène avenue Président-Kennedy
L’organisation des Francos fait des tests d’ergonomie, écrivions-nous plus tôt. Celui de la configuration de la scène sise avenue Président-Kennedy est à jeter aux poubelles, sinon à revoir complètement. Quels tristes lieux! C’est le garage des Francos: coincée, au nord de la Place des Arts, entre un mur de béton et une voie empruntée par les automobilistes – les clôtures opaques qui nous séparent du trafic n’arrivent pas à empêcher le bruit des moteurs de se rendre jusqu’à nous…-, les festivaliers ont l’impression d’être coupé du reste de la fête, pour peu qu’ils aient même pensé se rendre jusque là.
Bref, Saule et ses Pleureurs méritaient certainement mieux que cette scène-là. Contre mauvaise fortune, le Belge a mis tout son coeur dans la balance, présentant les chansons avec lesquelles nous étions déjà familiers, resservies avec la verve et l’énergie de Western, son deuxième album, paru en février dernier, en France et chez lui. C’était Saule en plus rock, un Saule tendu, mais encore joyeux et communicatif.
Le Nombre – scène au coin des rues Sainte-Catherine et Jeanne-Mance
Après la belle soirée passée avec les musiciens des Colocs, leurs amis et fans, le rock du Nombre tombait à point nommé. Profitant du refoulement des masses festivalières jusque sur l’esplanade de la Place des Arts, les vétérans de la scène rock québécoise ont tenu les spectateurs en haleine jusqu’à minuit pile.
Armé des nouvelles chansons de Vile et fantastique, son plus récent album, le groupe a balancé brûlot par dessus brûlot, et si ces gars-là jouent comme s’ils avaient des leçons d’attitude rock à donner à tous les aspirantes rock stars, il n’est pas du genre à vouloir se faire mettre en boîte. Qu’on le dise, une fois pour toutes: le couvre-feu à minuit, c’est chiant. De Le Nombre (comme des Denis Drolet la veille, d’ailleurs), nous en aurions pris davantage. La fête se termine trop tôt aux Francos…
Philippe Renaud