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André Pratte
L’entente conclue aujourd’hui entre le gouvernement et les associations étudiantes – dont on connaîtra le contenu plus tard dans la journée – règle une crise longue de 12 semaines. Enfin! diront tous les Québécois. Et j’en suis, bien sûr.
Plusieurs questions soulevées par la crise demeureront, toutefois, et il faudra s’y attaquer. Par exemple: comment se fait-il qu’on puisse tenir de gigantesques manifestations de 200 000 personnes en plein centre-ville de Montréal sans qu’une seule vitrine soit cassée tandis qu’à d’autres occasions, comme à Victoriaville hier soir, une manifestation relativement modeste tourne à l’émeute? Pourquoi les casseurs se mêlent-ils aux manifestants en certaines occasions et pas à d’autres?
Comme toujours après de pareils événements, on pose des questions, on blâme le gouvernement et les policiers. Était-ce une erreur de déménager le conseil général du PLQ à Victoriaville ? (Si le rassemblement avait eu lieu à Montréal, on aurait dit aux libéraux qu’ils auraient dû le tenir ailleurs…)
Les policiers de la Sûreté du Québec étaient-ils assez nombreux? Sont-ils intervenus trop tard? Ou trop tôt?
Ces questions, nécessaires, passent toutefois à côté du problème le plus important: comment éviter que des casseurs ne gâchent des manifestations pacifiques?
Certaines conditions sont particulièrement propices à la casse. Par exemple, lorsque les manifestations ont lieu la nuit et sans que le trajet n’ait été dévoilé aux policiers. À Victoriaville, pourtant, l’événement se tenait dans un lieu fixe, connu d’avance. Les policiers auraient-ils pu mieux s’organiser? Les organisateurs de la manifestation auraient-ils pu/dû identifier les casseurs dans les autobus qui menaient le groupe à Victoriaville, et les dénoncer à la police?
L’enjeu est de taille ici. Il s’agit du droit de manifester pacifiquement. Il s’agit aussi de la sécurité des citoyens – on apprend ce matin qu’un des manifestants présents hier soir est entre la vie et la mort.
Certains, comme mon collègue Patrick Lagacé (nous ne le faisons pas exprès mais nous sommes rarement d’accord! Lire sa dernière chronique ici), estime que le gouvernement est responsable de ces événements parce qu’il a laissé traîner le conflit avec les étudiants. Sauf que, s’il est vrai que les casseurs n’ont aucun lien avec le mouvement étudiant, alors ils n’expriment pas la frustration des jeunes à l’endroit de la position du gouvernement; ils ne cherchent que des occasions d’affronter les policiers et de tout démolir. Ils sont d’ailleurs passés à l’action assez tôt dans le conflit, il me semble.
Par ailleurs, on dit que le gouvernement aurait dû entreprendre plus tôt les négociations avec les représentants étudiants. Sans doute. Sauf qu’il ne faut pas oublier qu’il gérait ici, comme les leaders étudiants eux-mêmes, un rapport de force. Dans toute négociation, on ne présente pas sa meilleure offre au début. Si le gouvernement avait annoncé en mars qu’il était prêt à diminuer la hausse de 75$ par année, par exemple, son offre aurait été rejetée du revers de la main et les manifestations se seraient poursuivies. Une proposition similaire en fin de semaine aurait été plus séduisante pour les associations, parce que la pression était forte de la part de leurs membres qui ne veulent pas perdre leur session. On le voit dans les votes de plus en plus serrés dans les assemblées (deux associations étudiantes membres de la CLASSE ont même voté pour un retour en classe)
Pour l’instant, réjouissons-nous que les négociations de la fin de semaine aient porté fruit. Et prions pour ce manifestant hospitalisé, souffrant d’un traumatisme crânien. Quoi qu’il arrive, pour lui, l’accord a été convenu… une journée trop tard.
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