Le blogue de l'édito

Archive de la catégorie ‘Politique québécoise’

EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Photo Edouard Plante-Fréchette (La Presse)

NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que les commentaires signés. Merci de votre collaboration.

André Pratte

L’entente conclue aujourd’hui entre le gouvernement et les associations étudiantes – dont on connaîtra le contenu plus tard dans la journée – règle une crise longue de 12 semaines. Enfin! diront tous les Québécois. Et j’en suis, bien sûr.

Plusieurs questions soulevées par la crise demeureront, toutefois, et il faudra s’y attaquer. Par exemple: comment se fait-il qu’on puisse tenir de gigantesques manifestations de 200 000 personnes en plein centre-ville de Montréal sans qu’une seule vitrine soit cassée tandis qu’à d’autres occasions, comme à Victoriaville hier soir, une manifestation relativement modeste tourne à l’émeute? Pourquoi les casseurs se mêlent-ils aux manifestants en certaines occasions et pas à d’autres?

Comme toujours après de pareils événements, on pose des questions, on blâme le gouvernement et les policiers. Était-ce une erreur de déménager le conseil général du PLQ à Victoriaville ? (Si le rassemblement avait eu lieu à Montréal, on aurait dit aux libéraux qu’ils auraient dû le tenir ailleurs…)

Les policiers de la Sûreté du Québec étaient-ils assez nombreux? Sont-ils intervenus trop tard? Ou trop tôt?

Ces questions, nécessaires, passent toutefois à côté du problème le plus important: comment éviter que des casseurs ne gâchent des manifestations pacifiques?

Certaines conditions sont particulièrement propices à la casse. Par exemple, lorsque les manifestations ont lieu la nuit et sans que le trajet n’ait été dévoilé aux policiers. À Victoriaville, pourtant, l’événement se tenait dans un lieu fixe, connu d’avance. Les policiers auraient-ils pu mieux s’organiser? Les organisateurs de la manifestation auraient-ils pu/dû identifier les casseurs dans les autobus qui menaient le groupe à Victoriaville, et les dénoncer à la police?

L’enjeu est de taille ici. Il s’agit du droit de manifester pacifiquement. Il s’agit aussi de la sécurité des citoyens – on apprend ce matin qu’un des manifestants présents hier soir est entre la vie et la mort.

Certains, comme mon collègue Patrick Lagacé (nous ne le faisons pas exprès mais nous sommes rarement d’accord! Lire sa dernière chronique ici), estime que le gouvernement est responsable de ces événements parce qu’il a laissé traîner le conflit avec les étudiants. Sauf que, s’il est vrai que les casseurs n’ont aucun lien avec le mouvement étudiant, alors ils n’expriment pas la frustration des jeunes à l’endroit de la position du gouvernement; ils ne cherchent que des occasions d’affronter les policiers et de tout démolir. Ils sont d’ailleurs passés à l’action assez tôt dans le conflit, il me semble.

Par ailleurs, on dit que le gouvernement aurait dû entreprendre plus tôt les négociations avec les représentants étudiants. Sans doute. Sauf qu’il ne faut pas oublier qu’il gérait ici, comme les leaders étudiants eux-mêmes, un rapport de force. Dans toute négociation, on ne présente pas sa meilleure offre au début. Si le gouvernement avait annoncé en mars qu’il était prêt à diminuer la hausse de 75$ par année, par exemple, son offre aurait été rejetée du revers de la main et les manifestations se seraient poursuivies. Une proposition similaire en fin de semaine aurait été plus séduisante pour les associations, parce que la pression était forte de la part de leurs membres qui ne veulent pas perdre leur session. On le voit dans les votes de plus en plus serrés dans les assemblées (deux associations étudiantes membres de la CLASSE ont même voté pour un retour en classe)

Pour l’instant, réjouissons-nous que les négociations de la fin de semaine aient porté fruit. Et prions pour ce manifestant hospitalisé, souffrant d’un traumatisme crânien. Quoi qu’il arrive, pour lui, l’accord a été convenu… une journée trop tard.




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Vendredi 4 mai 2012 | Mise en ligne à 14h32 | Commenter Commentaires (79)

Le carré rouge de Mme Marois

Photo PC

Photo PC

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André Pratte

Depuis le début du conflit étudiant, le premier ministre, Jean Charest, ne rate jamais une occasion de rappeler que le chef de l’Opposition officielle, Pauline Marois, porte un carré rouge. M. Charest cherche ainsi à associer Mme Marois non seulement à la lutte contre la hausse des droits de scolarité, mais aussi aux moyens pris par les militants étudiants: le boycott des cours, le blocage des entrées des établissements, et dans certains cas, la casse. Celui ou celle qui porte le carré rouge endosse-t-il (elle) nécessairement toutes les méthodes du mouvement étudiant?

La chef péquiste affirme bien sûr que non. Selon elle, «le carré rouge veut dire priorité à l’éducation, veut dire équité et justice sociale.» De son côté, la Fédération étudiante collégiale du Québec explique que le carré rouge «représente la nécessité d’agir, l’état d’urgence. Il est aussi un avertissement, tel un panneau de signalisation, il demande au gouvernement d’arrêter ces mesures qui attaquent l’accessibilité aux programmes sociaux pour les citoyennes et citoyens.» Rien là de répréhensible.

Pourtant, bien des gens ressentent un malaise à voir Mme Marois s’associer aussi étroitement à un mouvement dont les objectifs sont devenus beaucoup plus vastes que le seul gel des droits de scolarité et dont certaines méthodes sont très contestables. Qu’elle le veuille ou non, le port du carré rouge est plus qu’un appui à une cause, c’est une adhésion à un mouvement militant à certains égards radical.

La malaise est accentué par l’ambigüité des propos de la chef de l’Opposition sur certains aspects de la stratégie étudiante. Par exemple, en point de presse mercredi à l’Assemblée nationale, elle a soigneusement évité de répondre clairement aux journalistes qui voulaient savoir si, selon elle, les étudiants en grève devraient respecter les injonctions émises par les tribunaux.

Si M. Charest insiste tant sur le carré rouge que porte Pauline Marois, c’est qu’il croit toucher un point sensible. Toutefois, les sondages publiés vendredi par La Presse et par Le Journal de Montréal étant contradictoires, on ne sait pas si vraiment ce petit bout de tissu a nui à l’image de Mme Marois dans la population.

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Vendredi 27 avril 2012 | Mise en ligne à 13h53 | Commenter Commentaires (147)

Droits de scolarité: à prendre ou à laisser?

global_10_mLa ministre Line Beauchamp et le premier ministre Jean Charest (Photo Jocelyn Bernier, Focus1)

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Ariane Krol

Des droits de scolarité 71$ moins élevés par an. Un accès accru aux bourses d’études en haussant de 10 000$ le revenu familial exempt de contribution parentale dans le calcul des bourses. Voilà les deux principales concessions que le gouvernement Charest vient de rajouter dans la balance dans l’espoir de la faire pencher du côté du retour en classe. Comment réagiront les étudiants? Comment devraient-ils réagir?

Leurs trois principaux représentants ont demandé du temps pour analyser l’offre. Chaque étudiant touché par la grève doit en faire autant.

Le gouvernement Charest ne renonce pas à sa hausse de 1625$, mais il a fait un bout de chemin significatif. En étalant les droits de scolarité sur sept ans, l’augmentation annuelle diminue de 325 $ à 254 $*. En portant le revenu familial exempt de contribution parentale à 45 000$, le régime versera 39 millions de dollars de plus en bourses, ce qui augmentera le soutien financier de quelque 44 000 étudiants.

Ces annonces s’ajoutent aux mesures déjà annoncées – régime de remboursement des prêts en fonction du revenu à l’automne 2013, création d’un conseil d’évaluation des universités, évaluation de l’impact de la hausse des droits de scolarité par le Comité consultatif sur l’accessibilité financière.

Ce n’est pas la gratuité, ni même le gel, mais c’est une vraie amélioration par rapport au budget 2011. La preuve: les leaders étudiants n’auraient jamais rallié autant de monde à leur cause si le gouvernement Charest avait amené sa hausse de cette façon. Le petit slogan marketing de 50 cents par jour**, bien que critiquable, aurait fait son bout de chemin, c’est évident. Mais bon, il fallait y penser avant.

Aujourd’hui, la balle est dans le camp des étudiants. Vous en faites quoi, de cette offre? Vous la prenez ou vous la rejetez? Ce qui implique, évidemment, que chacun se donne la peine d’aller voter quand ce sera le temps de décider si la grève doit être prolongée ou non…

* Le total des sept augmentations annuelles dépasse 1625$, car l’indexation s’appliquera comme prévu après cinq ans,  soit durant les deux dernières années de la hausse.

** Selon le calcul du gouvernement, la hausse de 254$  équivaut, en tenant compte du crédit d’impôt, à 177 $ par an.

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