Le blogue de l'édito

Archive de la catégorie ‘Médias’

Jeudi 11 avril 2013 | Mise en ligne à 12h27 | Commenter Commentaires (40)

Paradis fiscaux: laissez les médias tranquilles!

Photo AFP

Photo AFP

NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.

André Pratte

Le gouvernement du Canada compte s’adresser aux tribunaux afin de forcer Radio-Canada à lui remettre les informations dont ses journalistes disposent au sujet de quelque 450 Canadiens détenant de l’argent ou des biens à l’étranger. La société d’État a obtenu ces informations dans le cadre de l’enquête sur les paradis fiscaux lancée par le Consortium international de journalistes d’enquête.

Le gouvernement du Québec a fait savoir qu’il appuiera les démarches judiciaires du fédéral. Radio-Canada ne veut pas transmettre ces renseignements aux gouvernements. « Si on se met à révéler les sources, d’une part on semble faire le travail de la police, et d’autre part, on dirait à tous les gens à qui on s’adresse pour avoir de l’information confidentielle qu’on va les trahir une fois qu’on aura l’information », a expliqué le directeur de l’information, Michel Cormier.

M. Cormier a raison. On peut certes imaginer des cas où les autorités seraient justifiées d’exiger qu’un média lui transmette des informations. Toutefois, ces cas doivent être rarissimes. La juge Beverley McLachlin, aujourd’hui juge en chef de la Cour suprême, avait bien rappelé les principes en cause dans l’affaire Lessard, en 1991, portant sur une perquisition menée dans les locaux de la SRC à Montréal: «La liberté de la presse, comme la liberté d’expression, est importante pour la poursuite de la vérité, la participation au sein de la collectivité et l’accomplissement personnel.  Pour atteindre ces fins, l’efficacité et la liberté de la presse dépendent de sa capacité de recueillir, d’analyser et de diffuser des informations, libre de restrictions apportées par l’État à son contenu, à sa forme ou à sa perspective, sauf celles qui peuvent se justifier en vertu de l’article premier de la Charte.»

L’affaire présente ne fait certainement pas partie de ces cas d’exception. En particulier, rien n’indique que les médias sont la seule source possible pour l’information en question; que les polices fiscales fassent leur travail! De plus, il est évident que la source de la fuite n’aurait pas transmis ces fichiers informatiques à des journalistes si elle avait craint que ceux-ci les remettent ensuite aux gouvernements. On n’aurait par conséquent rien su de l’ampleur du problème des transactions offshore.

Au lieu de chercher à profiter du travail colossal réalisé par les journalistes dans ce dossier, les gouvernements devraient se demander pourquoi leurs propres services, disposant de moyens bien plus considérables, n’ont pas été en mesure de dénicher les mêmes informations. Ottawa devrait surtout, de même que les autres pays industrialisés, manifester une réelle volonté de s’attaquer aux paradis fiscaux. Car, comme l’écrivait récemment mon collègue Alain Dubuc, «ces paradis fiscaux existent parce qu’ils sont tolérés, qu’ils sont intégrés aux réseaux financiers et que les grandes puissances ne prennent pas les moyens de les mettre au pas.»

Dans son plus récent budget, le gouvernement canadien a annoncé de nouvelles mesures destinées à «combattre l’évasion fiscale internationale». Pour sa part, dans la foulée de l’affaire Cahuzac, le président français, François Hollande, a affirmé sa détermination d’«éradiquer les paradis fiscaux». Des paroles encourageantes, mais l’action suivra-t-elle?

Lire les commentaires (40)  |  Commenter cet article






Dimanche 20 janvier 2013 | Mise en ligne à 11h00 | Commenter Commentaires (12)

Le Jean Béliveau des commentateurs sportifs

garneau_s

NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.

André Pratte

Je ne suis pas spécialiste de sports mais, comme la grande majorité des Québécois, j’ai toujours eu une grande admiration pour Richard Garneau. Cet homme respirait la classe et la connaissance. Il nous a appris à apprécier des sports qui, il y a peu d’années encore, étaient inconnus chez nous, voire méprisés. Il nous a transmis sa passion pour l’athlétisme, du 100 mètres au lancer du poids.

Garneau, c’est aussi la qualité de la langue, sans prétention. Le standard québécois établi par les animateurs de Radio-Canada, dont M. Garneau.

Je l’ai croisé quelques fois, il y a longtemps, la conversation s’amorçant toujours sur nos familles respectives – sa mère Marthe était une très grande amie de ma grand-mère paternelle. J’ai même le souvenir qu’il m’a déjà gardé, chez notre «tante Marthe», mais compte tenu de notre différence d’âge – 27 ans – ma mémoire me joue sans doute des tours. Quoi qu’il en soit, il a toujours été d’une grande courtoisie avec moi, comme avec tous ceux – très nombreux- qui l’abordaient.

Et vous, quel souvenir gardez-vous de Richard Garneau?

Mes sympathies à toute la famille de M. Garneau.

Lire les commentaires (12)  |  Commenter cet article






Mercredi 19 septembre 2012 | Mise en ligne à 13h57 | Commenter Commentaires (94)

Faut-il caricaturer Mahomet?

Le directeur de Charlie Hebdo, Charb, et la une du numéro de cette semaine. (Photo AP)

Le directeur de Charlie Hebdo, Charb, et la une du numéro de cette semaine. (Photo AP)

NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.

André Pratte

L’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo publie, dans son dernier numéro, des caricatures de Mahomet. Cela lui a valu les protestations de certains leaders musulmans et la réprobation, voilée, de responsables politiques. Les autorités françaises ont renforcé la sécurité autour des ambassades de la République dans les pays musulmans.

«En France, le principe c’est la liberté d’expression et il ne faut pas y porter atteinte, a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius.  Maintenant le contexte, compte tenu de cette vidéo absurde qui a été diffusée, il y a une émotion dans beaucoup de pays musulmans. Est-ce que c’est pertinent et intelligent de mettre de l’huile sur le feu? La réponse est non.»

Il y a, dans ce genre d’affaires, une question de jugement. En 2005, lorsqu’un journal danois a publié des caricatures de Mahomet, provoquant une vague de manifestations dans le monde musulman, plusieurs journaux, notamment Charlie Hebdo, avaient reproduit ces dessins en signe d’appui à la liberté de presse. À l’époque, La Presse n’avait pas suivi ce mouvement, estimant qu’en publiant lesdits dessins, qui ne faisaient partie d’aucun projet rédactionnel, elle ne ferait qu’offenser les musulmans du Québec, dont la très vaste majorité n’a rien à voir avec le courant islamiste.

Dans le cas du journal danois, les caricatures s’inscrivaient dans un dossier sur la liberté d’expression relative à l’Islam. La démarche était donc légitime. La réaction violente de certains musulmans était injustifiable et inexcusable. Les quotidiens qui ont choisi de publier les dessins étaient évidemment dans leur droit.

Aujourd’hui, pourquoi Charlie Hebdo revient-il à la charge? Parce que la vague de violence ayant suivi la diffusion d’un mauvais film sur Mahomet relance la question: est-il permis de rire de ou d’insulter Mahomet? La réponse, en démocratie, est oui. S’agit-il, dans le cas de Charlie Hebdo, d’une provocation pure et simple? Non. Dans le contexte actuel, cette publication a un sens, elle contribue à un débat public. Et, de toute façon, la liberté d’expression comprend la liberté de provoquer.

muppets_sSamedi, le caricaturiste de La Presse, Serge Chapleau, a publié un dessin se moquant de la controverse au sujet du film L’Innocence de Mahomet. Cette caricature a-t-elle choqué certaines personnes? Peut-être. Mais elle était tout à fait pertinente. Et amusante. Car, comme me disait Serge alors que nous discutions de cette problématique: «L’important, c’est que le dessin soit drôle.»

Faire rire, faire réfléchir, provoquer: c’est la raison d’être de la caricature. Cela dit, qu’il s’agisse d’une caricature de Mahomet ou d’un dessin de Pauline Marois, le caricaturiste et ses patrons doivent faire preuve de jugement: il faut savoir aller loin… mais pas trop. Sur ce terrain, il n’y a pas de règles claires. C’est une question de valeurs, d’expérience, de «timing», de connaissance de son public.

Lire les commentaires (94)  |  Commenter cet article






publicité

  • Twitter

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    juin 2013
    L Ma Me J V S D
    « mai    
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930
  • Archives

  • publicité