Le blogue de l'édito

Archive de la catégorie ‘Justice’

Lundi 23 avril 2012 | Mise en ligne à 9h22 | Commenter Commentaires (140)

La CLASSE endosse la violence

Photo Ninon Pednault (La Presse)

Photo Ninon Pednault (La Presse)

NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.

André Pratte

Tous les médias s’y sont fait prendre et ont annoncé, hier soir, que les associations étudiantes plus militantes, regroupées au sein de la CLASSE, avaient enfin condamné la violence. Tout au plus a-t-on souligné que la condamnation comportait des «nuances». En réalité, plus on lit la résolution adoptée hier par le congrès de la Coalition, plus on constate qu’il s’agit d’une position claire EN FAVEUR de la violence.

D’ailleurs, après avoir publié un premier communiqué de presse intitulé «La CLASSE condamne la violence», l’organisation a envoyé un correctif, celui-ci intitulé «La CLASSE prend position contre la violence». Le communiqué condamnant la violence «est erronné est ne représente pas ce qui a été adopté en congrès.»

Plusieurs diront que c’est de la sémantique, et donc que ce n’est pas important. Je ne suis pas d’accord: l’État ne doit pas négocier avec ceux qui prônent la violence et la violation des lois.

Analysons donc les quatre premiers alinéas de la résolution votée par les membres de la CLASSE:

Que la CLASSE défende activement le principe de désobéissance civile et les actions qui en relève, sans s’en dissocier;

La CLASSE approuve donc la désobéissance civile, c’est-à-dire la désobéissance aux lois. Un spécialiste de la question, Manuel Cervera-Marzal, la définit ainsi: «La désobéissance civile désigne une action politique illégale et non-violente fondée sur des motifs de conscience et destinée à modifier une loi ou à contester l’ordre juridique dans son ensemble.» Dans des situations d’injustice extrême (l’Inde de Gandhi, la situation des Noirs américains au temps de Luther King), elle peut se justifier. On ne me fera pas croire qu’une hausse des droits de scolarité, assortie d’une amélioration de l’aide financière aux étudiants et approuvée par une majorité de Québec, constitue une injustice telle qu’il faille recourir à la violation des lois pour la combattre.
Que la CLASSE rappelle que la désobéissance civile n’est pas de la violence ni de l’intimidation;

C’est vrai, la désobéissance civile comme telle n’est pas violente. Mais elle provoque souvent des situations de violence, par exemple lorsque des gens bloquent une rue ou un pont et refusent de quitter les lieux. Les forces de l’ordre doivent-elles laisser faire?

Que la CLASSE condamne publiquement la violence physique délibérée contre des personnes sauf dans les cas de légitime défense;

C’est la phrase clé. On note d’abord que la CLASSE ne dit rien sur le vandalisme; celui-ci se trouve par le fait même cautionné. Seule est dénoncée «la violence physique délibérée contre des personnes», sauf «dans les cas de légitime défense». L’alinéa suivant délimite ces cas de légitime défense:

Que la CLASSE condamne la violence policière et institutionnelle dont sont victimes systématiquement les étudiantes et les étudiants, notamment la discrimination à l’accessibilité aux études selon des critères socio-économiques, les injonctions brimant le droit de grève et la liberté d’association, les humiliations, l’intimidation, la répression violente de la part des forces de l’ordre et des administrations.

Est considérée comme «violence» non seulement la brutalité policière, mais «la violence institutionnelle» qui prend la forme «notamment» de «discrimination à l’accessibilité aux études selon des critères socio-économiques». Autrement dit, la hausse des droits de scolarité est considérée comme violente. Commettre des gestes violents contre des personnes afin de s’y opposer peut donc être considéré comme de la «légitime défense».

En somme, ce que dit la CLASSE, c’est qu’elle endosse la violence contre les biens. Et elle endosse la violence contre les personnes dans les cas où elle l’estime justifiée.  Dans ces circonstances, le gouvernement devrait refuser de rencontrer les représentants de la CLASSE. Et si la FEUQ invite des gens de la CLASSE au sein de sa délégation, comme elle a annoncé son intention de le faire? Que la FEUQ agisse à sa guise, mais Mme Beauchamp ne devrait pas négocier avec des gens qui prônent la violence.

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Jeudi 19 avril 2012 | Mise en ligne à 15h36 | Commenter Commentaires (37)

Qu’est-ce qu’une femme?

Sex_Change_Miss_Universe_mJenna Talackova, qui commencé à suivre des traitements hormonaux à l’âge de 14 ans et subi une opération de changement de sexe à 19 ans, avait d’abord été refusée au concours Miss Univers Canada. Le tollé suscité par cette décision a convaincu l’Organisation Miss Univers de modifier ses politiques. (photo AP)

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Ariane Krol

Le Tribunal des droits de la personne de l’Ontario vient de poser une méchante colle à la province. Vos exigences pour changer le sexe inscrit sur  un certificat de naissance contreviennent au Code des droits de la personne et doivent être modifiées, dit-elle en substance. Quelles exigences? D’abord, que le demandeur (et je m’en tiendrai ici au masculin pour ne pas compliquer davantage les choses) ait subi un «changement chirurgical de sexe». Ensuite, qu’il fournisse les certificats de deux médecins indiquant qu’il a bel et bien subi cette opération et que, par conséquent, le sexe indiqué sur son certificat de naissance devrait être changé.

Autrement dit, peu importe qu’une personne considère être une femme et en ait toutes les apparences en public, peu importe la quantité d’hormones et d’intervention chirurgicales qu’elle s’est tapée, si cette personne* a encore des organes génitaux masculins, ce n’est pas une femme. Selon cette logique, une femme ne se définit pas parce qu’elle est, mais parce qu’elle n’a pas: un pénis.

Le demandeur ontarien, qui se définit comme un transgenre d’homme à femme, dit avoir subi une double orchidectomie (ablation des testicules) pour que  son certificat de naissance puisse être modifié et corresponde à son identité sexuelle.

Apparemment, toutes les provinces, y compris le Québec, ont la même exigence. L’Ontario a notamment fait valoir que ce critère répondait à un objectif légitime, c’est-à-dire que les données d’état civil soient fiables et exactes.

Le Tribunal des droits de la personne a rejeté les arguments de la province, et lui donne six mois pour réviser ses critères. Il ne dit pas comment, mais rappelle qu’en Ontario, il n’est pas nécessaire de passer sous le bistouri pour changer de sexe sur son permis de conduire. La lettre d’un médecin qui vous a examiné ou traité, et qui affirme qu’il est approprié de cocher l’autre case, suffit.

Ce jugement risque de déclencher débat très complexe sur l’identité sexuelle. Mais la question pourrait aussi se régler beaucoup plus simplement: si l’État n’a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation, ne serait-il pas temps qu’il se retire aussi de ses sous-vêtements ?

*Les mêmes exigences s’appliquent aux transgenres nées de sexe féminin qui voudraient cocher la case «homme».




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Samedi 14 avril 2012 | Mise en ligne à 12h00 | Commenter Commentaires (39)

Alcool, volant, jeunes…. et pensée magique ?

Photo Le Quotidien

Photo Le Quotidien

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Ariane Krol

À partir de ce dimanche, les Québécois de 21 ans ou moins n’auront plus le droit d’avoir une goutte d’alcool dans le sang lorsqu’ils prendront le volant. Un changement visant à réduire le nombre d’accidents causés par les jeunes conducteurs en état d’ébriété.

J’ai déjà dit, en éditorial et dans ce blogue, mon scepticisme quant à l’efficacité d’une telle mesure. On sait que les jeunes sont surreprésentés dans les accidents de la route. Mais on n’a même pas de données sur l’alcoolémie des conducteurs responsables d’accidents graves ou mortels, puisque l’alcootest n’est pas systématique. On ne pourra donc pas savoir si cette tolérance zéro ciblée améliore le bilan.

Les seuls chiffres dont on dispose portent sur les conducteurs décédés dans un accident de la route, dont le taux d’alcool a été mesuré par un coroner. Et dans le groupe qui nous intéresse, ils sont très contrastés. Parmi les 16-19 ans, moins d’un sur dix (8,5%) affichait un taux d’alcool supérieur à 0,08. C’est le groupe d’âge où on dépasse le moins la limite légale. Le (triste) record inverse, par contre, va aux 20-21 ans: plus d’un sur quatre (27%) dépassait le 0,08.

Oui, c’est choquant. Et oui, on aurait probablement sauvé des vies si ces conducteurs avaient été sobres. L’auraient-ils été dans un régime de tolérance zéro ? C’est ce qui reste à démontrer. Car enfin, pourquoi des jeunes qui se fichent de la limite légale respecteraient-ils davantage cette nouvelle limite ?

L’Ontario, qui applique cette tolérance zéro aux 22 ans et moins depuis août 2010, ne peut malheureusement pas nous éclairer. Un an et demi après l’adoption de sa politique, la province n’a toujours pas de chiffres sur ses effets. On sait par contre que 709 conducteurs ont été condamnés pour avoir contrevenu à l’exigence «alcool zéro». Est-ce ce qui convaincra les autres de ne pas se déplacer imbibés? Peut-être, les sanctions prévues au Québec sont très sévères. Mais pour qu’elles aient un effet dissuasif, il va falloir que les délinquants croient qu’ils risquent d’être arrêtés.

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