Le blogue de l'édito

Archive de la catégorie ‘International’

Bangladesh Kevin Frayer AP

Photo: Kevin Frayer, AP

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Ariane Krol

On pensait avoir atteint un sommet d’horreur en novembre dernier avec l’incendie de l’usine de vêtements de Tazreen Fashion, dans lequel au moins 117 travailleurs avaient perdu la vie.

L’effondrement d’un immeuble abritant plusieurs manufactures textiles en banlieue de Dacca vient de faire la triste démonstration du contraire. L’inventaire macabre affiche déjà plus de 380 morts, sans compter les blessés – près de 2500 personnes ont été extirpées vivantes des décombres.

Du coup, les vêtements signés Joe Fresh, la marque du géant canadien de l’alimentation Loblaw, ont l’air pas mal moins cool. L’entreprise, comme d’autres qui faisaient confectionner leur marchandise dans cet édifice pourri, pédale maintenant pour sauver la face. Le gouvernement du Bangladesh aussi, qui vient d’annoncer une inspection générale de toutes les manufactures de vêtements.

Des pouvoirs publics déficients et probablement corrompus aux patrons de l’usine en passant par le propriétaire de l’édifice, tout le monde a fait sa part dans cette catastrophe. Sans oublier les clients. Les marques, prêtes à fermer les yeux sur bien des choses. Et les consommateurs qui font pareil parce que, il faut se le dire, ne pas acheter de vêtements fabriqués dans des économies en développement, c’est:

a) cher, si vous décidez de n’acheter que du fabriqué au Canada

b) compliqué, si vous décidez de tout acheter usagé ou de tout confectionner vous-même

Oui, il arrive que les condition prévalant dans ces pays finissent par s’améliorer. La Chine, par exemple, est devenue trop chère pour certains manufacturiers. Le problème, c’est qu’il y en a toujours d’autres pour prendre le relais et fabriquer à moindre coût, coûte que coûte.

Ajout: Loblaw et le détaillant britannique Primark promettent d’aider les familles des victimes. À suivre.

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Jeudi 11 avril 2013 | Mise en ligne à 12h27 | Commenter Commentaires (40)

Paradis fiscaux: laissez les médias tranquilles!

Photo AFP

Photo AFP

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André Pratte

Le gouvernement du Canada compte s’adresser aux tribunaux afin de forcer Radio-Canada à lui remettre les informations dont ses journalistes disposent au sujet de quelque 450 Canadiens détenant de l’argent ou des biens à l’étranger. La société d’État a obtenu ces informations dans le cadre de l’enquête sur les paradis fiscaux lancée par le Consortium international de journalistes d’enquête.

Le gouvernement du Québec a fait savoir qu’il appuiera les démarches judiciaires du fédéral. Radio-Canada ne veut pas transmettre ces renseignements aux gouvernements. « Si on se met à révéler les sources, d’une part on semble faire le travail de la police, et d’autre part, on dirait à tous les gens à qui on s’adresse pour avoir de l’information confidentielle qu’on va les trahir une fois qu’on aura l’information », a expliqué le directeur de l’information, Michel Cormier.

M. Cormier a raison. On peut certes imaginer des cas où les autorités seraient justifiées d’exiger qu’un média lui transmette des informations. Toutefois, ces cas doivent être rarissimes. La juge Beverley McLachlin, aujourd’hui juge en chef de la Cour suprême, avait bien rappelé les principes en cause dans l’affaire Lessard, en 1991, portant sur une perquisition menée dans les locaux de la SRC à Montréal: «La liberté de la presse, comme la liberté d’expression, est importante pour la poursuite de la vérité, la participation au sein de la collectivité et l’accomplissement personnel.  Pour atteindre ces fins, l’efficacité et la liberté de la presse dépendent de sa capacité de recueillir, d’analyser et de diffuser des informations, libre de restrictions apportées par l’État à son contenu, à sa forme ou à sa perspective, sauf celles qui peuvent se justifier en vertu de l’article premier de la Charte.»

L’affaire présente ne fait certainement pas partie de ces cas d’exception. En particulier, rien n’indique que les médias sont la seule source possible pour l’information en question; que les polices fiscales fassent leur travail! De plus, il est évident que la source de la fuite n’aurait pas transmis ces fichiers informatiques à des journalistes si elle avait craint que ceux-ci les remettent ensuite aux gouvernements. On n’aurait par conséquent rien su de l’ampleur du problème des transactions offshore.

Au lieu de chercher à profiter du travail colossal réalisé par les journalistes dans ce dossier, les gouvernements devraient se demander pourquoi leurs propres services, disposant de moyens bien plus considérables, n’ont pas été en mesure de dénicher les mêmes informations. Ottawa devrait surtout, de même que les autres pays industrialisés, manifester une réelle volonté de s’attaquer aux paradis fiscaux. Car, comme l’écrivait récemment mon collègue Alain Dubuc, «ces paradis fiscaux existent parce qu’ils sont tolérés, qu’ils sont intégrés aux réseaux financiers et que les grandes puissances ne prennent pas les moyens de les mettre au pas.»

Dans son plus récent budget, le gouvernement canadien a annoncé de nouvelles mesures destinées à «combattre l’évasion fiscale internationale». Pour sa part, dans la foulée de l’affaire Cahuzac, le président français, François Hollande, a affirmé sa détermination d’«éradiquer les paradis fiscaux». Des paroles encourageantes, mais l’action suivra-t-elle?

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Jeudi 7 mars 2013 | Mise en ligne à 15h21 | Commenter Commentaires (35)

L’échec pétrolier de Chavez


Une explosion à la raffinerie d'Amuay, au Venezuela, a fait plus de 40 morts, en août 2012 (Photo AP).

Une explosion à la raffinerie d'Amuay, au Venezuela, a fait plus de 40 morts, en août 2012 (Photo AP).

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André Pratte

Depuis l’annonce de son décès, les bilans du règne de 14 ans du président du Venezuela, Hugo Chavez, sont très différents les uns des autres. Certains (par exemple le sociologue Pierre Mouterde) le félicitent pour l’amélioration du sort des pauvres du pays et applaudissent sa détermination à affronter la domination des États-Unis et du capitalisme mondialisé. D’autres dénoncent la centralisation du pouvoir entre ses mains. Le professeur Jean-Marc Fournier, de l’Université de Caen, géographe qui a fait beaucoup de recherches sur le terrain, livre un bilan contrasté.

Chose certaine, si elles ont mené à un partage plus juste des revenus, les politiques de Chavez ont freiné la production de la principale richesse du pays, le pétrole. La nationalisation et la politisation de l’industrie ont eu des effets néfastes. Des milliers d’ingénieurs, congédiés de la société d’État PdVSA, ont quitté le pays, d’où une perte d’expertise considérable.

Résultat: bien que le Venezuela dispose des plus imposantes réserves d’or noir de la planète (296 milliards de barils) la production stagne – 2,8 millions de barils par jour, le même niveau qu’il y a 50 ans (selon l’OPEP).  Les exportations, sources de 40% des revenus de l’État, sont en chute libre (-27% au cours des cinq dernières années). Un quart du pétrole exporté est offert à des prix avantageux à des alliés d’Amérique du Sud, notamment Cuba. Les raffineries du pays seraient vieillissantes et mal entretenues, ce qui pourrait être à l’origine de l’explosion ayant fait plus de 40 morts dans la plus importante d’entre elle, en août dernier.

oil_blocks_sUne bonne partie des réserves venezueliennes se trouvent dans une gigantesque formation appelée Orinoco. Le pétrole s’y trouve dans des sables bitumineux semblables à ceux de l’Alberta. Malheureusement, les investissements nécessaires sont très en retard. Alors que PdVSA prévoyait y produire 190 000 barils par jour à la fin de 2012, la production actuelle se limite à 6 000 barils par jour. Hugo Chavez a peut-être fait bien des heureux en expropriant les multinationales du pétrole mais, de toute évidence, sa méthode a mal servi l’exploration et la production.

Si le successeur de Chavez, sans se soumettre à toutes les volontés des multinationales, adoptait des politiques plus favorables à l’investissement privé, le Venezuela pourrait soutirer beaucoup plus de revenus de l’exportation du pétrole et être ainsi en mesure de faire davantage pour sa population.

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