
Photo Olivier PontBriand (La Presse)
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André Pratte
Le représentant de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale, Jean Poirier, parle d’une «fermeture sauvage»; M. Poirier a raison. 2400 employés d’Aveos, une entreprise spécialisée dans la maintenance des avions de ligne, ont appris hier par téléphone qu’ils perdaient leur emploi. La compagnie a fermé ses trois usines du Canada. On a appris ce matin qu’elle souhaitait se placer sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers.
Dans une économie capitaliste, il arrive qu’une entreprise doive cesser ses activités en raison de difficultés financières. C’est évidemment difficile pour les employés mais, surtout dans le cas de travailleurs qualifiés, ils ont de bonnes chances de trouver un autre travail. L’entreprise a toutefois le devoir de les traiter avec respect: de leur expliquer ce qui se passe, de respecter les obligations prévues par la convention collective et de les aider à se replacer. Aveos s’est contentée d’appeler ses employés pour leur lire une déclaration de quelques lignes. Pas plus d’explications sur l’avenir de la compagnie, pas de rencontres avec les employés, pas de programme d’aide. Rien. Une fermeture sauvage, c’est ça.
Pourtant, Aveos prétend que le respect de ses employés fait partie de ses valeurs fondamentales: «Respect, Confiance et Sollicitude – notre personnel y a droit. Nous lui donnons.» Apparemment, il ne s’agissait que de mots creux.
Aveos a fini par s’expliquer dans un bref communiqué de presse. Elle y blâme Air Canada pour ses malheurs: «Depuis le début de l’année, son principal client a réduit, différé et annulé du travail de maintenance, ce qui a résulté en des pertes de revenus d’environ 16 millions $ en moins de deux mois.»
On comprend la colère des employés mis à pied. Une colère accrue par l’impression d’avoir été victimes des manoeuvres d’Air Canada pour se sortir du trou. En 2007, l’entreprise a vendu son service de maintenance à long terme à des investisseurs privés. Air Canada demeure actionnaire d’Aveos à hauteur de 20% et Aveos s’occupe de l’essentiel de la maintenance des moteurs, des cellules et des composantes. Au moment de la transition, les employés ont eu le choix entre rester à Air Canada (mais auraient-ils eu longtemps un emploi?) ou être transférés à Aveos. La plupart ont choisi d’aller à Aveos. Ils sont désormais régis par une convention collective distincte, quoi que en tous points semblable à celle qui avait été signée avec Air Canada.
Les employés et le député libéral Denis Coderre ont réclamé l’intervention du gouvernement fédéral. Toutefois, il n’est pas certain qu’Ottawa puisse faire quelque chose si la compagnie est en faillite. Il ne saurait être question d’investir des millions d’argent public. Toutefois, les gouvernements provincial et fédéral devraient s’activer à trouver des acheteurs potentiels et, d’ici là, donner un coup de main aux employés mis à pied. A ce titre, le bref commentaire du ministre fédéral des Transports, Denis Lebel, selon qui «il s’agit d’une décision d’affaires prise par une entreprise privée» est pitoyable. Celle du ministre québécois du Développement économique, Sam Hamad, qui veut rencontrer la direction de l’entreprise, est appropriée.
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a demandé au contentieux de la Ville de se pencher sur un éventuel recours juridique contre Air Canada, qui pourrait violer la Loi sur la participation publique au capital d’Air Canada, adoptée lors de la privatisation de la compagnie. La Loi impose à l’ancienne société de la Couronne de «maintenir les centres d’entretien et de révision dans les villes de Winnipeg et Mississauga et dans la Communauté urbaine de Montréal». Toutefois, il faut savoir que la Cour supérieure de l’Ontario, dans un jugement rendu en mai dernier, a conclu qu’«Air Canada conserve des centres d’entretien et de révision dans ces villes en poursuivant des activités de révision en vertu de ses contrats avec Aveos et en se chargeant elle-même de certaines fonctions de révision dans le cours de ses activités d’entretien.»
En fin d’après-midi lundi, Air Canada a fait savoir qu’elle allait offrir à Aveos un prêt de 15 millions pour lui permettre de poursuivre au moins une partie de ses activités pendant qu’elle est sous la protection de la Loi. On ne sait toutefois pas si cette aide sera utile. Air Canada l’avait offerte à Aveos en fin de semaine et l’entreprise n’a pas jugé bon de l’accepter.