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André Pratte
Les nouveaux gouvernements ont toujours de grandes ambitions. Ils sont convaincus que leur arrivée au pouvoir constitue un moment historique et qu’ils changeront le Québec. C’est normal. Cela prouve que malgré tout ce qu’on dit de mal à leur sujet, nos politiciens portent des idéaux et veulent les réaliser. Cela indique aussi que même ceux qui ont beaucoup d’expérience ont tendance à minimiser les obstacles qui se trouveront sur leur route. Enfin, ils ont travaillé tellement fort pour arriver à ce poste de premier ministre ou de ministre qu’ils tendent à exagérer l’importance du moment pour l’histoire de la province. Le nouveau gouvernement Marois n’échappe pas à ces péchés véniels.
Ainsi, dans son discours de mercredi, la nouvelle première ministre a donné un sens à sa victoire beaucoup plus vaste que ce qu’indiquent les résultats serrés du scrutin. «Le peuple québécois doit se dégager de ses entraves et se remettre en marche, a-t-elle dit. Je veux voir huit millions de personnes relever la tête, reprendre confiance et retrouver leur fierté commune d’appartenir à ce peuple qui sait être grand.»
Les Québécois étaient peut-être mécontents du gouvernement en place et troublés par toutes les allégations de corruption. Avaient-ils perdu confiance? Cessé d’être fiers de ce qu’ils sont? Avaient-ils arrêté d’avancer? Certainement pas. D’ailleurs, le Québec d’aujourd’hui s’est bâti sous des gouvernements libéraux, conservateurs, unionistes et péquistes. Aucun parti n’a le monopole du progrès de notre société.
Encore: «Le 4 septembre, un nouveau chapitre de l’histoire du Québec s’est ouvert. Le peuple québécois s’est remis en marche à son rythme.» Un nouveau chapitre? Laissons l’histoire en juger. Chose certaine, les élections de 2012 ne sont ni celles de 1960 ni celles de 1976.
Le 29 avril 2003, en présentant son premier conseil des ministres, le chef libéral Jean Charest avait déclaré: «Les Québécois nous ont élus pour que nous changions les choses, nous allons donc le faire avec empressement. Et ces changements donneront jour à un grand renouveau du Québec.» Le bilan des années Charest est loin d’être aussi mauvais que plusieurs le prétendent. Cependant, il n’y a certainement pas eu un «grand renouveau».
Les mandats que Mme Marois a confiés à chacun de ses ministres sont ambitieux, dans certains cas démesurés. Nul doute que tous s’y attaqueront avec conviction et détermination. Mais les aléas de la vie politique (un gouvernement minoritaire…) et de la conjoncture économique et fiscale (il manquera vite d’argent dans les coffres de l’État) les rattraperont.
Un dernier mot. À la fin de son discours, la première ministre a déclaré: «Cette visée qui doit tous nous guider, nous rassembler, nous dépasser : celle de la liberté.» Les Québécois n’ont pas à viser la liberté; ils sont déjà libres. Et c’est en toute liberté qu’ils continueront de faire avancer le Québec, quelle que soit la formation au pouvoir. En toute liberté aussi qu’ils choisiront le statut politique qu’ils souhaitent pour leur nation, comme ils l’ont déjà fait à plusieurs reprises dans leur histoire.
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