Le blogue de l'édito

Archive de la catégorie ‘Élections fédérales 2011’

Mardi 23 août 2011 | Mise en ligne à 16h38 | Commenter Commentaires (72)

Layton: une question taboue?

Photo Presse canadienne

Photo Presse canadienne

NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.

André Pratte

Le décès tragique de Jack Layton a provoqué une grande tristesse au sein de la population canadienne. Puis, au cours des dernières heures, certains se sont posé des questions sur l’évolution fulgurante de la maladie qui a terrassé le chef de l’Opposition officielle. M. Layton savait-il pendant la campagne électorale qu’il était plus malade que ce qu’il en disait publiquement?

La question est délicate et peu de commentateurs ont osé la soulever. Mon collègue Alain Dubuc l’a fait, prudemment et respectueusement, dans son excellente chronique de mardi matin: «Plusieurs indices laissaient croire, pendant la campagne, que M. Layton était malade et que son combat contre le cancer n’était pas terminé. Il lui fallait certainement un grand courage pour poursuivre ainsi son action politique. Mais était-il sage de solliciter un mandat qu’il risquait de ne pas pouvoir remplir?»

Est-il malséant ou trop tôt pour s’interroger à ce sujet?

Au début de la campagne électorale du printemps dernier, les journalistes ont plusieurs fois interrogé le chef du NPD à ce sujet: son cancer était-il guéri? Comment expliquer cette fracture de la hanche survenue chez un homme relativement jeune et en excellente forme (des médecins ont indiqué depuis que le cancer de la prostate s’étend parfois aux os)? M. Layton et son entourage n’ont jamais répondu clairement à ces questions. Peut-être parce que, même du point de vue médical, il n’existait pas de réponse claire.

L’enjeu ici, c’est le niveau de transparence auquel devraient être tenus ceux qui sollicitent un mandat public. Faudrait-il que, comme c’est devenu la norme aux États-Unis, les candidats à la direction du pays publient régulièrement un bilan de santé? C’est envisageable mais cela ne serait pas une garantie. Le médecin de François Mitterrand n’a-t-il pas a révélé qu’on l’avait obligé à falsifier les rapports de santé du président afin de garder «le grand secret», le fait que le leader socialiste souffrait depuis plusieurs années d’un cancer de la prostate? Avant la fin de son second septennat, M. Mitterrand n’était apparemment plus apte à remplir ses fonctions.

La liste des chefs de gouvernement qui, au cours des dernières décennies, ont caché leurs problèmes de santé est très longue. Elle inclut, au Québec, les noms de Daniel Johnson père et de Robert Bourassa. L’intérêt public est-il bien servi par de telles cachotteries? Je suis convaincu que non. Je ne sais toutefois pas comment appliquer cette règle de transparence au cas de M. Layton…

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Lundi 22 août 2011 | Mise en ligne à 10h52 | Commenter Commentaires (43)

La vague noire

Photo Presse canadienne

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ANDRÉ PRATTE

Depuis l’annonce du décès de Jack Layton, les témoignages de sympathie affluent. La nouvelle attriste profondément des millions de Canadiens, notamment de Québécois. Lors de la dernière campagne électorale, une connexion forte s’était établie entre «Jack» et les électeurs du Québec. On ne saura jamais comment la maladie de M. Layton et le courage dont il a fait preuve ont joué dans le déferlement de la vague orange du 2 mai. Mais il y a un lien, c’est sûr. De même que la terrible maladie dont a failli mourir Lucien Bouchard lui a valu une affection populaire encore plus grande. La maladie nous fait redécouvrir le côté humain des personnages politiques.

La mort de M. Layton est tragique et cruelle. Le printemps dernier, malgré la maladie, il a réussi à mener une campagne électorale d’un bout à l’autre du pays. Sans lui, le NPD n’aurait pas réussi une percée historique au Québec, percée grâce à laquelle les néo-démocrates forment aujourd’hui l’Opposition officielle à la Chambre des communes. La vague orange a balayé sur son passage un parti qui semblait invincible, le Bloc québécois. Et voilà qu’au moment de récolter les fruits de ces longues années de militantisme et de politique, Jack Layton est emporté par une autre vague. La vague noire du cancer.

On le sent, les Canadiens sont en état de choc. Déjà, lorsqu’il avait annoncé son retrait temporaire il y a un mois, tous avaient vu à quel point l’homme était affaibli. L’espoir de guérison paraissait alors bien mince. Mais «Jack» n’avait-il pas déjà réussi l’impossible? En tout cas, on ne s’attendait à ce que la maladie évolue si vite.

Jack Layton laisse un précieux héritage aux Canadiens. D’abord une approche déterminée mais modérée visant à faire en sorte que le Parlement travaille pour les plus démunis. Ensuite, la foi que la politique peut produire des résultats concrets pour les gens ordinaires. Enfin, par sa performance le 2 mai, il nous laisse une scène politique profondément transformée. Ses héritiers ont la responsabilité de faire en sorte que cette occasion de changer les choses ne sera pas gaspillée.

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Mercredi 6 juillet 2011 | Mise en ligne à 11h49 | Commenter Commentaires (32)

La démocratie, un produit de consommation comme un autre?

Urnes PC

(Photo: PC)

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Ariane Krol

On a moins parlé d’eux après les dernières élections fédérales, probablement parce que le taux de participation s’est un peu amélioré. Reste que les citoyens n’ayant pas exercé leur droit de vote demeurent très nombreux: 7,5 millions, nous dit Statistique Canada. Presque autant que la population totale du Québec. Ce qui est encore plus frappant, ce sont les raisons invoquées pour ne pas se rendre aux urnes. Bof. Pas le temps. C’est, en substance, ce qu’ont répondu la moitié (50,6%) des citoyens interrogés. «Pas intéressé» ou «trop occupé» sont en effet les motifs les plus fréquents.

L’abstention comme vote de protestation, un motif souvent évoqué, arrive bien loin derrière: seulement 7,6% des électeurs ont dit qu’ils n’aimaient pas «les candidats ou les enjeux».

La prospérité est-elle un obstacle à la participation démocratique? C’est en Alberta qu’on a le plus tendance à se trouver «trop occupé» pour aller voter (27,5%, contre 22,9% dans l’ensemble du pays). Les Québécois, par contre, étaient les plus portés à se déclarer «pas intéressés» par les élections fédérales.

Le traitement de StatCan a peut-être un peu noirci le portrait. Les répondants ayant l’impression que leur vote ne changerait rien au résultat des élections ont été mis dans la catégorie «pas intéressé», alors que ceux ayant évoqué des obligations familiales ou un conflit d’horaire ont été considérés comme «trop occupés».

N’empêche, il y a un malaise. Quand l’abstention n’est pas le fruit d’une réflexion politique ou la conséquence d’un réel empêchement (maladie, problème de transport, etc.) mais une décision comme une autre, il faut se poser des questions. Surtout quand c’est ce qui justifie la moitié des votes non exercés.

Les élections sont-elles devenues une activité comme une autre, à laquelle on participe si on trouve le temps et qu’on ne trouve pas ça trop plate – bref si on n’a rien de mieux au programme cette journée-là? Ça ressemble pas mal plus à une décision de consommation qu’à une réflexion de citoyen.

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