Le blogue de l'édito

Archive de la catégorie ‘Éducation’

Vendredi 11 mai 2012 | Mise en ligne à 13h10 | Commenter Commentaires (151)

Ces étudiants qui en ont assez

Photo Focus1 / Jean-Marie Villeneuve

Photo Focus1 / Jean-Marie Villeneuve

NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.

André Pratte

Depuis le début de la grève étudiante, La Presse est inondée de courriels de gens s’exprimant sur la question. De toute évidence, le conflit préoccupe énormément les Québécois. Chacun a une opinion forte sur le sujet et le débat soulève beaucoup d’émotions.

Au cours des dernières heures, nous avons reçu plusieurs courriels d’étudiants réclamant la fin du boycottage des cours. C’est un groupe de jeunes qui, jusqu’ici, ne s’étaient pas beaucoup manifestés.

Charlotte Roy, étudiante de Gatineau, porte fièrement le carré rouge et estime que la grève a été très utile. Aujourd’hui, toutefois, elle prône le retour en classe:

Je pense sincèrement qu’il est temps que cette grève prenne fin. À ce point-ci, nous ne pouvons qu’être perdants. Sachez cependant que les véritables perdants dans ce conflit ne seront pas les étudiants, mais bien l’administration des cégeps et des universités. Je ne vous dis pas de baisser les bras dans une perspective égoïste. Soyons les plus fins et finissons-en, nous sommes plus que jamais dans l’impasse.

On ne peut pas dire que la grève a été vaine, car elle a sérieusement remis en question l’autorité gouvernementale et éveillé dans la population interrogations et réflexions, d’autant plus qu’elle a été pour nous un véritable stage de sciences politiques de plus de 12 semaines pour certains. Je suis extrêmement fière de faire partie de ce mouvement et convaincue que nous n’avons pas mené à terme ce combat et que notre lutte doit continuer même après la fin de cette grève. C’est inévitable.

Il faudra continuer de faire entendre notre voix, de diffuser nos idées en écrivant, en partageant, en continuant à nous mobiliser de façon pacifique. En outre, nous ferons part de notre point de vue aux prochaines élections. J’ai espoir que les 18-24 ans, la classe de la population qui vote généralement en plus faible proportion se mobilisera en grand, comme elle sait si bien le faire, pour aller voter massivement et manifester de cette façon son insatisfaction par rapport aux décisions irresponsables du gouvernement libéral.

Sur ce dernier point, Mme Roy a raison: c’est lors des prochaines élections que les jeunes doivent maintenant faire entendre leur voix. La grève est sans issue, d’autant qu’elle prend une tournure aussi violente qu’imprévisible. Le gouvernement ne bougera pas: pourquoi le ferait-il alors que 6 Québécois sur 10 l’appuient dans ce dossier?

Voici le point de vue de Louis-Mathieu Roy, un étudiant de Québec:

Étant un étudiant qui aura à faire face à cette hausse dans les années à venir, j’adoptais, au départ, une opinion plutôt partagée. Il est clair qu’une hausse des frais de scolarité est nécessaire mais je considère qu’elle pourrait être moins importante et plus graduelle. Par contre, plus ce mécontentement de la part des jeunes grandissait, se transformant en violence dans les dernières semaines, plus la cause de mes camarades était difficile à supporter.

Aujourd’hui, après plus de 80 jours de pure violence gratuite, de nuisance sociale, de nuisance envers les étudiants qui veulent tant bien que mal réussir dans la vie ainsi que de refus de propositions raisonnables faites par le gouvernement, ces émeutes et ce mécontentement mal exprimé par les étudiants est devenu totalement, clairement et simplement insupportable.

Il est grand temps que le gouvernement mette ses culottes en faisant respecter les injonctions émises et en punissant sévèrement les étudiants qui contreviennent à la loi, car nous vivons dans une société de lois et celles-ci priment sur les libertés individuelles.

Bien sûr, il faut faire respecter les lois. C’est le point de vue de la CAQ de François Legault qui presse le gouvernement Charest d’ouvrir les collèges et les universités dès lundi et de tout faire pour que ceux qui veulent reprendre leurs cours puissent le faire. Le problème, c’est qu’il faudrait une intervention musclée des policiers dans des dizaines d’endroits pour y arriver. Inévitablement, il y aurait affrontement entre grévistes et policiers, violence, blessés. Serions-nous bien avancés?

Julien Fagnan, de Boucherville, étudie au cégep Edouard-Montpetit. Il en a, notamment, contre la façon dont sont menées les assemblées étudiantes:

Ces assemblées sont entièrement organisées par de fervents carrés rouges, ce qui fait en sorte que toute proposition en faveur de grève est entendue et approuvée alors que lorsque l’on veut s’y opposer, il faut surmonter une montagne de procédures. Comme si la situation n’était pas assez désastreuse pour les étudiants, voilà maintenant que l’on ne parle plus de grève dans nos assemblées mais de révolution sociale. Enhardi par de minuscules victoires, certains vont jusqu’à dire que même si nous n’avons plus la faveur de la population, nous devons nous acharner car nous avons raison.

Somme toute, après deux mois et demi, la révolte des carrés rouges ne m’inspire plus que de la frustration. Ils ne font que se plaindre de la rigidité du gouvernement alors qu’eux n’ont pas avancé d’un pouce sur leur position. Mon seul désir est de retourner à l’école et de ne plus entendre parler de ce débat sans issue.

Dans la population aussi, beaucoup de gens en ont marre. Cependant, rien n’indique que le conflit soit sur le point d’être réglé. J’espère seulement que tous ceux qui sont impliqués, notamment les associations étudiantes et les syndicats, feront l’impossible pour réduire les risques de violence, par exemple en annonçant à l’avance le trajet de leurs marches, ce qui compliquerait beaucoup la tâche des casseurs.


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Mercredi 9 mai 2012 | Mise en ligne à 17h01 | Commenter Commentaires (57)

Victoriaville: une enquête… pas seulement sur la SQ

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Photo Edouard Plante-Fréchette (La Presse)

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André Pratte

Le Parti québécois, Québec Solidaire et les membres de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics réclament une enquête publique indépendante sur le comportement des policiers de la Sûreté du Québec au cours de l’émeute survenue à Victoriaville vendredi soir dernier, en marge du conseil général du Parti libéral du Québec. «Il est inacceptable qu’à cause des actes d’une minorité les forces policières s’autorisent à attaquer de manière aussi brutale, aussi indiscriminée surtout des manifestants et des manifestantes qui, pour la plus grande part, pour la très grande majorité, étaient tout à fait pacifique», a déclaré le député de QS, Amir Khadir.

Tous ces gens affirment que l’usage de gaz lacrymogène, et surtout de balles de plastique, a été abusif. Ils sont convaincus – sans pouvoir le démontrer pour l’instant – que les deux étudiants qui ont été grièvement blessés, Maxence Valade et Alexandre Allard, ont été victimes de balles de plastique. Les témoignages de deux infirmières qui leur ont porté secours, livrés lors de la conférence de presse de la Coalition, sont troublants. Elles affirment notamment que la police a empêché le passage d’une ambulance qui venait recueillir un des blessés.

De son côté, la Sûreté du Québec assure qu’elle fait enquête sur ces incidents – i.e. sur elle-même!  Elle jure que ses policiers, lorsqu’ils doivent avoir recours à de tels projectiles, ne visent jamais la tête ou les organes vitaux. Un porte-parole, le lieutenant Michel Brunet, a même affirmé: «Caoutchouc ou plastique, ce n’est pas plus dangereux. Si c’était dangereux, on ne s’en servirait pas.» Ce qui ne correspond pas aux relevés faits aux États-Unis sur l’usage de ce genre de munitions.

Enfin, les représentants du gouvernement, dont le premier ministre, vantent le travail «remarquable» de la SQ. Sur la base de quels faits?

En réalité, personne n’est en mesure de dire comment les deux jeunes ont été blessés exactement. Il est impossible non plus de juger si la police a eu raison de recourir à des armes dites «à létalité réduite», c’est-à-dire moins dangereuses que les armes à feu mais qui causent bel et bien des blessures, généralement des ecchymoses, mais parfois des lacérations, et dans certains cas, la mort.

C’est pourquoi, je suis d’accord, une enquête indépendante s’impose. Mais pas seulement sur le travail des policiers. Il est remarquable que pendant la conférence de presse de la Coalition, avant que les journalistes ne posent des questions à ce sujet, personne n’a dit un mot sur la présence de casseurs devant le Centre des congrès de Victoriaville. Or, si l’on en croit les reportages, ces casseurs se sont comportés avec une grande violence, lançant pendant deux heures des briques, des pierres et des boules de billard en direction des policiers et du Centre. Et on a vu ce qui risque d’arriver aux agents s’ils n’emploient pas un degré de force suffisant: les manifestants ont tabassé un policier qui tentait d’appréhender l’un d’entre eux.

Qu’auraient dû faire les policiers dans de telles circonstances? Ceux qui les blâment sont incapables de répondre à cette question. Voici, par exemple, la réponse de M. Khadir:

«Les policiers auraient dû faire ce pourquoi on les a entraînés. Nous sommes dans une société où les policiers sont généreusement rétribués et sérieusement formés pour assurer le maintien de la sécurité des foules.
- Comment?
- Bien, ça, ce n’est pas à moi à le dire.»

L’enquête indépendante devrait porter non seulement sur l’émeute de Victoriaville mais sur tous les incidents violents survenus pendant le conflit étudiant. Elle devrait se pencher notamment sur les questions suivantes:

- qui sont les casseurs qui ont profité des manifestations pour commettre des gestes violents? Sont-ils liés ou non aux organisations étudiantes légitimes?

- quelles circonstances favorisent l’action des casseurs? Les organisateurs des manifestations peuvent-ils prendre des mesures pour empêcher que ces événements ne dégénèrent?

- les méthodes employées par la police ont-elles été appropriées?

- les policiers sont-ils suffisamment entraînés pour résister à la provocation?

- l’usage de balles de plastique est-il bien encadré? La formation des agents est-elle adéquate?

Le gouvernement dit que les mécontents devraient déposer des plaintes au Comité de déontologie policière. Ce recours est insuffisant. Il faut une enquête plus large, ne se limitant pas seulement aux gestes de quelques policiers. De plus, à tort ou à raison, le Comité n’a pas une crédibilité assez grande pour enquêter sur des événements aussi controversés.

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Dimanche 6 mai 2012 | Mise en ligne à 15h22 | Commenter Commentaires (64)

Si ce n’est pas une entente, c’est quoi?

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NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.

André Pratte

Au lendemain de la conclusion d’un accord avec le gouvernement, les associations étudiantes affirment qu’il ne s’agit pas d’une entente, mais seulement d’une offre du gouvernement. Je ne sais pas quel objectif poursuivent les leaders étudiants en fuyant le mot «entente», mais quant à moi, il ne fait aucun doute que c’est bien de quoi il s’agit.

Le document s’intitule: «Entente concernant le Conseil provisoire des universités entre d’une part: Le Gouvernement du Québec et d’autre part: … » les associations étudiantes. Le texte poursuit: «Les parties conviennent de ce qui suit…» Quand les parties conviennent, c’est bel et bien une entente, non?

Le dernier article se lit ainsi: «Les représentants des fédérations, table de concertation et associations étudiantes s’engagent à référer l’entente de principe pour qu’elle soit soumise à la consultation par leurs membres.»

Enfin, le document porte la signature des quatre représentants étudiants. Lorsqu’on signe un document, c’est qu’on est d’accord avec son contenu, il me semble. Quelque chose m’échappe?

Le conflit entre les étudiants et le gouvernement se termine donc comme il a commencé: par un débat sémantique. Il est temps que ça finisse!

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