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André Pratte
Depuis le début de la grève étudiante, La Presse est inondée de courriels de gens s’exprimant sur la question. De toute évidence, le conflit préoccupe énormément les Québécois. Chacun a une opinion forte sur le sujet et le débat soulève beaucoup d’émotions.
Au cours des dernières heures, nous avons reçu plusieurs courriels d’étudiants réclamant la fin du boycottage des cours. C’est un groupe de jeunes qui, jusqu’ici, ne s’étaient pas beaucoup manifestés.
Charlotte Roy, étudiante de Gatineau, porte fièrement le carré rouge et estime que la grève a été très utile. Aujourd’hui, toutefois, elle prône le retour en classe:
Je pense sincèrement qu’il est temps que cette grève prenne fin. À ce point-ci, nous ne pouvons qu’être perdants. Sachez cependant que les véritables perdants dans ce conflit ne seront pas les étudiants, mais bien l’administration des cégeps et des universités. Je ne vous dis pas de baisser les bras dans une perspective égoïste. Soyons les plus fins et finissons-en, nous sommes plus que jamais dans l’impasse.
On ne peut pas dire que la grève a été vaine, car elle a sérieusement remis en question l’autorité gouvernementale et éveillé dans la population interrogations et réflexions, d’autant plus qu’elle a été pour nous un véritable stage de sciences politiques de plus de 12 semaines pour certains. Je suis extrêmement fière de faire partie de ce mouvement et convaincue que nous n’avons pas mené à terme ce combat et que notre lutte doit continuer même après la fin de cette grève. C’est inévitable.
Il faudra continuer de faire entendre notre voix, de diffuser nos idées en écrivant, en partageant, en continuant à nous mobiliser de façon pacifique. En outre, nous ferons part de notre point de vue aux prochaines élections. J’ai espoir que les 18-24 ans, la classe de la population qui vote généralement en plus faible proportion se mobilisera en grand, comme elle sait si bien le faire, pour aller voter massivement et manifester de cette façon son insatisfaction par rapport aux décisions irresponsables du gouvernement libéral.
Sur ce dernier point, Mme Roy a raison: c’est lors des prochaines élections que les jeunes doivent maintenant faire entendre leur voix. La grève est sans issue, d’autant qu’elle prend une tournure aussi violente qu’imprévisible. Le gouvernement ne bougera pas: pourquoi le ferait-il alors que 6 Québécois sur 10 l’appuient dans ce dossier?
Voici le point de vue de Louis-Mathieu Roy, un étudiant de Québec:
Étant un étudiant qui aura à faire face à cette hausse dans les années à venir, j’adoptais, au départ, une opinion plutôt partagée. Il est clair qu’une hausse des frais de scolarité est nécessaire mais je considère qu’elle pourrait être moins importante et plus graduelle. Par contre, plus ce mécontentement de la part des jeunes grandissait, se transformant en violence dans les dernières semaines, plus la cause de mes camarades était difficile à supporter.
Aujourd’hui, après plus de 80 jours de pure violence gratuite, de nuisance sociale, de nuisance envers les étudiants qui veulent tant bien que mal réussir dans la vie ainsi que de refus de propositions raisonnables faites par le gouvernement, ces émeutes et ce mécontentement mal exprimé par les étudiants est devenu totalement, clairement et simplement insupportable.
Il est grand temps que le gouvernement mette ses culottes en faisant respecter les injonctions émises et en punissant sévèrement les étudiants qui contreviennent à la loi, car nous vivons dans une société de lois et celles-ci priment sur les libertés individuelles.
Bien sûr, il faut faire respecter les lois. C’est le point de vue de la CAQ de François Legault qui presse le gouvernement Charest d’ouvrir les collèges et les universités dès lundi et de tout faire pour que ceux qui veulent reprendre leurs cours puissent le faire. Le problème, c’est qu’il faudrait une intervention musclée des policiers dans des dizaines d’endroits pour y arriver. Inévitablement, il y aurait affrontement entre grévistes et policiers, violence, blessés. Serions-nous bien avancés?
Julien Fagnan, de Boucherville, étudie au cégep Edouard-Montpetit. Il en a, notamment, contre la façon dont sont menées les assemblées étudiantes:
Ces assemblées sont entièrement organisées par de fervents carrés rouges, ce qui fait en sorte que toute proposition en faveur de grève est entendue et approuvée alors que lorsque l’on veut s’y opposer, il faut surmonter une montagne de procédures. Comme si la situation n’était pas assez désastreuse pour les étudiants, voilà maintenant que l’on ne parle plus de grève dans nos assemblées mais de révolution sociale. Enhardi par de minuscules victoires, certains vont jusqu’à dire que même si nous n’avons plus la faveur de la population, nous devons nous acharner car nous avons raison.
Somme toute, après deux mois et demi, la révolte des carrés rouges ne m’inspire plus que de la frustration. Ils ne font que se plaindre de la rigidité du gouvernement alors qu’eux n’ont pas avancé d’un pouce sur leur position. Mon seul désir est de retourner à l’école et de ne plus entendre parler de ce débat sans issue.
Dans la population aussi, beaucoup de gens en ont marre. Cependant, rien n’indique que le conflit soit sur le point d’être réglé. J’espère seulement que tous ceux qui sont impliqués, notamment les associations étudiantes et les syndicats, feront l’impossible pour réduire les risques de violence, par exemple en annonçant à l’avance le trajet de leurs marches, ce qui compliquerait beaucoup la tâche des casseurs.
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