Photo Marco Campanozzi, La Presse
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Ariane Krol
Décidément, la création massive de nouvelles places à 7$, annoncée en fanfare en 2008, n’en finit plus de créer des injustices. J’en ai traité ici et ici, mais ce n’est pas tout. Le bureau du Protecteur du citoyen me parlait la semaine dernière d’une autre anomalie: les garderies privées fragilisées par l’arrivée de places à 7$ près de chez elles. Une concurrence soutenue par l’État qui leur fait non seulement perdre des enfants mais aussi du personnel.«Ce déplacement de clientèle, que nous avons observé, a comme impact de maintenir les garderies non subventionnées dans une situation financière précaire permanente», soulignait la protectrice du citoyen dans son intervention sur le projet de Loi resserrant l’encadrement des services de garde.
Grâce aux mesures contenues dans cette loi, l’attribution prochaine de 15 000 prochaines places devrait mieux se passer. Mais le problème de concurrence ne sera pas réglé. Car cette fois encore, Québec a refusé que les garderies existantes soient sur les rangs. Raison officielle: on veut ajouter de nouvelles places dans le système, pas convertir celles qui existent déjà. Principe louable, mais ça ne se passe pas comme ça dans la réalité. Il y a de la substitution de places, constate-t-on au Protecteur du citoyen. Les parents, préférant payer 7$ par jour que 35$-40$ en attendant leur crédit d’impôt, n’hésitent pas à changer leur enfant d’endroit. Ma collègue Pascale Breton en parle en détail.
Autre problème qui ne sera pas réglé par la loi: la lenteur du ministère de la Famille à approuver les plans. Trois directions régionales dépassent le délai de 2 mois (60 jours) prévu par la Loi, a constaté le Protecteur du citoyen. Dans l’une d’elles, ça va jusqu’à 4 mois. C’est assez pour perdre le local ou le terrain prévu pour accueillir la garderie, et devoir tout recommencer à zéro. Pas étonnant que près du quart des places accordées en 2011 n’existent pas encore. Frustrant pour les promoteurs, mais encore plus pour les parents à qui on a annoncé ces places qui n’arrivent pas.
On devrait donner le droit aux garderies existantes de soumettre leur candidature. Le ministère les connaît, il pourrait en faire une évaluation réaliste. Et si certaines étaient jugées adéquates (services de qualité, situées dans un endroit où il y a des besoins prioritaires, etc.), on n’aurait pas besoin d’attendre qu’elles ouvrent leurs portes.
C’est bien beau de créer toujours plus de places pour répondre à la demande actuelle, mais le Québec ne rajeunit pas. Que va-t-on faire avec tous ces établissements à qui on aura accordé des places subventionnées quand le nombre d’enfants sera en chute libre? Accorder de généreuses indemnités pour qu’ils ferment boutique et que les employés se replacent ailleurs? Il serait temps de commencer à y penser.
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