Le blogue de l'édito

Archive de la catégorie ‘Culture’

Jeudi 21 juillet 2011 | Mise en ligne à 11h11 | Commenter Commentaires (72)

Robinson: y a-t-il une justice possible?

Robinson_mPhoto David Boily, La Presse

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Ariane Krol

Si vous avez manqué les nouvelles hier, lisez ma collègue Caroline Touzin. Autrement, vous savez déjà que Claude Robinson, le plus célèbre créateur spolié du Québec, a eu gain de cause sur le fonds en Cour d’appel, mais qu’il y a perdu presque la moitié de ses gains. Les 5,2 millions accordés en première instance ont fondu à 2,7 millions. Combien lui restera-t-il un fois payés ses frais d’avocats ? Surtout si la Cour suprême accepte d’entendre la cause

Le plus frustrant n’est pas tant le jugement en Cour d’appel que l’ensemble de l’oeuvre. Oui, certains points sont dérangeants, notamment la réduction dramatique des dommages psychologiques et punitifs. Mais peut-être que ça se défend en droit. Tout comme la révision à la baisse des profits – imputable, selon les trois juges d’appel, à des erreurs de calcul et d’interprétation en première instance. Sauf qu’au terme de l’exercice, une question fondamentale demeure: est-il possible, pour une victime comme Claude Robinson, d’obtenir justice?

Le type a déjà perdu 16 ans de sa vie avec ça, dont 14 uniquement pour faire reconnaître l’arnaque dont il a fait l’objet. Et il en retire quoi, au bout du compte? Deux tribunaux lui ont donné raison contre des voleurs et des menteurs qui tentaient de le faire passer pour un illuminé. L’honneur, donc, est sauf. Mais l’honneur, contrairement à ce que chante Anne Sylvestre, ça ne se mange pas en salade. Ça aide à vivre, mais ça ne nourrit pas son homme.

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Mardi 19 juillet 2011 | Mise en ligne à 12h34 | Commenter Commentaires (11)

Chicane pour une épave


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Ariane Krol

Ça se passe au Nunavut, sous des mètres d’eau glaciale, et ça concerne un tas de bois en décomposition. Bref, rien pour faire la manchette par une belle journée d’été. Mais la querelle de chiffonniers qui se déroule en ce moment autour d’une épave d’Amundsen est une honte pour le Canada, et nous devrions nous empresser de remettre ce vestige à qui il appartient.

Le Maud a été abandonné à Cambridge Bay (Ikaluktutiak en inuktitut) par l’explorateur norvégien Roald Amundsen en 1925. Le vaisseau n’a pas réussi à atteindre le Pôle Nord comme prévu, mais comme le rappelle le Globe and Mail, il a quand même franchi le passage du Nord-Est et permis de faire des découvertes importantes. La Compagnie de la Baie d’Hudson l’a racheté en 1925 et utilisé durant cinq ans jusqu’à ce que le navire, pris dans les glaces, coule par le fond. L’entreprise a revendu l’épave, rebaptisée Baymaud, en 1990 pour la somme symbolique d’un dollar à la commune d’Asker, en banlieue d’Oslo.

Les Norvégiens veulent rapatrier le Maud et lui consacrer un musée. Ça ne pourra pas attendre indéfiniment: selon des scientifiques canadiens qui l’ont visitée au milieu des années 90, l’épave tombe en morceaux et risque de se désintégrer complètement si rien n’est fait pour la préserver. Le problème, c’est que des résidants de Cambridge Bay s’y opposent. Ils font même circuler une pétition à cet effet. Le navire, plaident-ils, est «un site archéologique canadien depuis 1930». Pardon?  «C’est dans notre baie, et nous y amenons beaucoup de touristes», a expliqué une porte-parole au Globe.

Que les gens du coin aient exploité cette épave tandis qu’ils l’avaient dans leur cour, c’est tout naturel. Mais qu’ils s’y accrochent alors qu’elle revient de toute évidence à la Norvège est proprement disgracieux. Il y a déjà assez des pays émergents qui doivent batailler durant des années pour récupérer leur patrimoine spolié durant les guerres et les colonisations, on s’attendrait à ce qu’entre pays dits développés, on ait des discussions un peu plus intelligentes.

Ikaluktutiak signifie «lieu où il fait bon pêcher». J’espère que le ministre du Patrimoine canadien ne fera pas de chichis lorsque les Norvégiens demanderont la permission de repêcher le Maud. Si les gens qui vivent du tourisme dans le coin avaient un peu de vision, ils feraient un partenariat avec eux. Entre le film du sauvetage et l’histoire des missions d’Amundsen, il y a de quoi faire un lieu d’interprétation très intéressant pour les touristes à cet endroit qui est au début du passage du Nord-Est.

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Jeudi 26 mai 2011 | Mise en ligne à 11h08 | Commenter Commentaires (40)

Accommodements: une crise inventée?

héroux_s

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André Pratte

Dans un film documentaire projeté ces jours-ci*, le conseiller municipal d’Hérouxville, André Drouin, co-auteur du fameux code de vie du village qui a grandement contribué à la «crise» des accommodements raisonnables, laisse entendre que le document a été sciemment rédigé pour attirer les médias et choquer la population. Interrogé mercredi à ce sujet par notre collègue Laura-Julie Perreault, Drouin a confirmé: «Je riais aux larmes en écrivant ça. Il y avait quelque chose d’absurde dans l’idée d’écrire ce document à Hérouxville», où il n’y a qu’une seule famille immigrée. «Je me suis dit: il y a des journalistes qui vont sauter sur le morceau… Et ç’a été le cas!»

L’affaire d’Hérouxville a contribué à gonfler l’indignation de la population à l’égard des accommodements raisonnables. Enfin, se disaient bien des Québécois, des élus se tiennent debout! Or, le conseil municipal d’Hérouxville se tenaient debout… face à rien.

Rappelons que la Commission Bouchard-Taylor a fait des vérifications au sujet de plusieurs cas d’accommodements qui avaient provoqué la colère populaire. Cette enquête a démontré que bon nombre de ces incidents ont été gonflés ou caricaturés par la rumeur et les médias. S’il y avait bel et bien malaise, les cas d’accommodements déraisonnables étaient somme toute assez rares. Des enquêtes journalistiques avaient d’ailleurs conclu que dans les milieux de la santé et de l’éducation, les rapports entre membres de cultures minoritaires et les institutions se passaient généralement sans problèmes majeurs.

Ce qui mène à LA question: la réalité quotidienne justifiait-elle une crise de cette ampleur? Les craintes des Québécois «de souche» étaient-elles fondées sur des faits ou sur une perception tronquée de ceux-ci? La Commission a conclu que «si le public avait été mis en face à la version documentée des événements plutôt qu’à la version stéréotypée (…) il n’y aurait pas eu de crise des accommodements».

Ce qui ne veut pas dire que le débat aura été inutile. Au contraire, il a permis aux gens de s’exprimer, aux établissements publics de mieux s’outiller, au gouvernement de préciser les valeurs et principes chers aux Québécois, auxquels doit se plier chaque citoyen de la province. Certes, il reste toujours des zones floues, ce qui est inévitable en de telles matières. Mais la crise est bel et bien terminée. La preuve en est que les médias rapportent aujourd’hui très peu d’incidents du genre de ceux qui ont fait la manchette en 2006 et 2007.

* Liberté, égalité, accommodements, du réalisateur Stefan Nitoslawski

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