François Cardinal
Les enjeux environnementaux font rarement de bonnes fictions, comme le prouve à son tour le film Promised Land (Terre promise) de Gus Van Sant et Matt Damon.
Bien des auteurs s’y sont essayés, ont tenté de transposer les grandes questions écologistes en romans, en films ou encore, en livres pour enfants. Et chaque fois, ou presque, cela a donné des œuvres moralisantes et manichéennes qui tombent à plat.
Hormis l’excellent roman d’Edward Abbey The Monkey Wrench Gang (Le gang de la clef à molette), qui a défini le genre en 1975, peu d’œuvres de fiction ont en effet réussi à être à la fois un outil de prise de conscience et un bon divertissement.
Je pense à l’horrible State of Fear (État d’urgence) de Michael Crichton un indigeste «techno-thriller» sur les changements climatiques qui n’a rien d’enlevant, contrairement aux nombreux autres titres de l’auteur. Ou encore au roman Le parfum d’Adam de Jean-Christophe Rufin, qui réussit à dénoncer la situation des animaux de laboratoire, mais moins à nous intéresser à ses personnages écoterroristes.
Il en va de même avec le tout récent Promised Land, un film à gros budget qui porte sur l’industrie des gaz de schiste. Je ne vous dirai pas ce que je pense des détails du récit afin d’éviter de vous révéler les punchs, mais je peux vous livrer une impression générale : c’est un navet.
Je ne suis qu’à moitié étonné, pour tout vous dire.
D’un côté, je suis vraiment surpris que l’auteur Dave Eggers, dont j’ai adoré le roman What Is the What (Le Grand Quoi), ait pondu un récit aussi plat et «disneyesque». Je m’étonne aussi que le cinéaste Gus Van Sant, à qui l’ont doit le génial Elephant, ait produit un film aussi primaire et linéaire.
Mais de l’autre, j’ai simplement eu la confirmation de ce que je pense depuis longtemps : l’écologie fait rarement de bonnes œuvres, tout simplement parce que les convictions de l’auteur prennent toute la place aux dépens du récit (et ce, je tiens à le souligner, peu importe qu’on soit pour comme Adam, ou contre comme Crichton).
Le problème, c’est qu’on se sert de la fiction pour faire-valoir ses propres opinions, un procédé qui trouve sa place dans les documentaires, beaucoup moins dans les œuvres de fiction. Vous ne trouvez pas?
Lire les commentaires (24) | Commenter cet article

L'utilisation de Facebook sert uniquement à simplifier votre inscription. 




NDLR: Dans le but d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que les commentaires signés. Merci de votre collaboration.


