
Photo AFP
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André Pratte
J’ai reçu de nombreuses réactions (négatives, bien entendu) à mon éditorial de mardi sur les prix de l’essence. J’y déplorais l’attention excessive que nous portons tous aux variations quotidiennes des prix des carburants. À la lumière du bilan 2012 du prix de l’essence publié par le CAA-Québec, nombreux sont les automobilistes qui ont vu confirmée leur impression selon laquelle le prix augmente systématiquement les vendredis et la veille des longs congés. Ils sont plus convaincus que jamais que les pétrolières manipulent systématiquement les prix. Or, dans mon éditorial, j’ai souligné:
1) «Qu’il s’agisse de ces cas de collusion ou des augmentations du vendredi, leur impact sur le prix à la pompe est relativement marginal. Sur un prix de vente de 1,35$ le litre, le coût du brut (72 cents) et les taxes (49 cents) comptent pour 90%. »
et
2) «Au final, le prix à la pompe suit fidèlement celui du prix du brut, comme l’ont montré toutes les études faites sur le sujet au fil des ans.»
Plusieurs lecteurs ont contesté ces affirmations. Pourtant, les données de la Régie de l’énergie du Québec, comme celles d’organismes étrangers remplissant les mêmes fonctions de surveillance, sont incontestables à cet égard. Les principaux déterminants du prix à la pompe, de loin, sont le prix du pétrole brut et les taxes. Les marges des raffineurs (environ 10 cents) et des détaillants (environ 5 cents) ont un impact relativement faible, même si c’est celui qui est souvent le plus visible.
Les graphiques suivants, produits par la Régie, illustrent à quel point le prix à la pompe suit le prix à la rampe de chargement, qui lui-même est fidéle à l’évolution du prix du brut (on trouve des copies plus claires ici et ici ).
Dire cela revient-il à prendre la défense des multinationales du pétrole (dont les profits sont mirobolants, on le sait)? Ou à cautionner les pratiques parfois douteuses des détaillants? Non. Je dis seulement que multinationales et détaillants n’ont pas un contrôle aussi total sur le marché de l’essence que ce que nous, automobilistes, croyons généralement.
Bien sûr, les producteurs de pétrole bénéficient du fait qu’ils vendent un bien indispensable. Cela leur permet d’imposer des prix élevés. Mais n’oublions pas que les mêmes multinationales n’ont pu empêcher le prix du pétrole de dégringoler à moins de 20$ le baril dans les années 1980 et 1990.
Et les hausses du vendredi? Il faut relativiser. Aucun doute qu’à certains moments, les
détaillants cherchent à maximiser leurs profits en profitant de la demande accrue. Mais, de toute évidence, ils n’y parviennent pas souvent. Ainsi, selon les données de la Régie, en 2012, les prix de l’essence ont monté 14 vendredis. Selon le CAA-Québec, 8 de ces hausses sont injustifiées par la situation réelle du marché. Soit. Cependant, il faut aussi dire que le prix a baissé 37 vendredis pendant cette même année.
Le CAA-Québec déplore les hausses survenues à l’occasion de la Fête du Canada, de la Fête du Travail et de Noël l’an dernier (respectivement 4 cents, 3 cents et 5,5 cents le litre). Pourquoi, s’ils peuvent manipuler les prix à leur guise, les détaillants n’ont-ils pas haussé leurs prix à la veille de congés tout aussi importants (la Fête nationale du Québec, les vacances de la construction…)?
Bref, je ne cherche pas à défendre l’indéfendable mais à relativiser les choses. Et à faire comprendre à ceux qui veulent bien l’entendre que le problème de fond soulevé par la hausse du prix de l’essence, c’est celui de notre dépendance collective à l’égard des hydrocarbures. Or, ce problème-là n’est pas simple. En concentrant notre attention sur des phénomènes agaçants mais relativement insignifiants, on oublie l’essentiel.
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