
Photo Presse canadienne
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André Pratte
L’assurance-emploi coûte chaque année quelque 20 milliards. Pas au gouvernement fédéral mais aux cotisants, c’est-à-dire aux travailleurs canadiens. De plus, chaque année, Ottawa dépiste plus de 100 000 réclamations frauduleuses, équivalent à plus de 100 millions, dont il ne parviendra à récupérer qu’une partie.
Cela étant, je ne m’offusque pas de voir que le gouvernement cherche à diminuer le nombre de personnes qui ont systématiquement recours à l’assurance-emploi et traque les fraudeurs. Tout est dans la manière et le dosage.
Dans un éditorial publié le mois dernier au sujet de la récente réforme du régime d’assurance-emploi, je soulignais que les principes sous-tendant les changements étaient raisonnables mais que l’exercice serait délicat:
Le règlement laisse beaucoup de discrétion aux fonctionnaires. S’ils l’interprètent humainement et intelligemment, la réforme n’aura pas les effets pervers que l’on craint. S’ils ont pour instruction de prendre leurs décisions d’abord en fonction d’économies à réaliser, des gens souffriront inutilement. C’est à suivre de près.
Mon inquiétude à cet égard s’est accrue depuis, pour deux raisons. Premièrement, les réponses évasives et contradictoires de la ministre responsable, Diane Finley, me fait craindre qu’elle ne maîtrise mal le dossier. Par conséquent, il y a fort à parier qu’elle n’est pas en mesure d’empêcher ou de décourager son ministère de faire de l’excès de zèle. Peut-être que c’est ce que souhaite le gouvernement Harper…
Deuxièmement, il y a les révélations du Devoir selon lesquelles les enquêteurs du ministère doivent rencontrer des objectifs chiffrés (485 000$ par an) de prestations à récupérer. Une telle politique risque d’amener les fonctionnaires à juger certains cas moins en fonction de la situation de la personne concernée que dans le but d’atteindre l’objectif attendu par leurs patrons.
L’affaire des quotas n’est pas directement reliée à la réforme récente. Cependant, l’existence des quotas révèle un état d’esprit, une culture particulière de gestion d’un programme social. Si les fonctionnaires appliquent la réforme suivent cette culture bête, avec pour seul objectif de générer des économies, l’impact pour les chômeurs fréquents pourrait être aussi catastrophique que ce que prédisent les critiques du gouvernement. Or, selon la Coalition pour l’assurance-emploi de l’Est du Québec, qui rencontrait mercredi la ministre Finley, le harcèlement est déjà commencé.
Entre-temps, la grogne prend de l’ampleur et, par indifférence, incompétence ou à dessein, le gouvernement conservateur ne fait rien pour la calmer.
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