Le blogue de l'édito

Archive du 10 janvier 2013

Jeudi 10 janvier 2013 | Mise en ligne à 15h07 | Commenter Commentaires (69)

Les dieux et la piscine

NDLR : Dans le but d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que les commentaires signés. Merci de votre collaboration.

624208-partie-hockey-subaquatiqueMario Roy

Après tant d’années à jongler avec les accommodements raisonnables et les arguments qui les accompagnent d’un côté comme de l’autre, on ne sait plus comment aborder la question lorsqu’un autre cas se présente. Une fatigue s’installe, qui laisse craindre l’indifférence.

Pourtant, c’est important.

Dernier accommodement en lice : celui de la piscine publique de Côte-des-Neiges, qui réserve des heures de baignade « sexuées », hommes et femmes à part, à la demande des communautés juive et musulmane. Cela dure depuis 16 ans et n’a été révélé que récemment par le dépôt d’une plainte dont a fait part le Journal de Montréal.

Comme à l’habitude, on ne manque pas d’arguments pour soutenir cette sorte de ségrégation. Et je le dis tout de suite : ils ne sont pas infondés.

Quelques heures par semaine, est-ce si grave? Sans cela, les hommes et les femmes de ces confessions ne devraient-ils pas renoncer à la baignade, ce qui serait tout de même dommage, non?

Je le répète : ce n’est pas infondé.

Mais voici l’autre côté de la médaille.

Une piscine publique est… publique et doit en gros mouler sa réglementation sur les grands paramètres qui sont également ceux de l’État en général. Or, l’État est laïque, non confessionnel, neutre. On donne des heures de baignade exclusives aux personnes âgées ou aux femmes enceintes. Pourquoi? Parce que ces deux catégories de personnes ont des besoins particuliers qui sont le fait d’un état physique auquel elles ne peuvent pas renoncer : on ne peut pas rajeunir,  ni se désenceintiser!

Par contre, adopter une religion est un choix. Cela procure certainement des avantages (intégration sociale, sérénité personnelle, réconfort d’une vie éternelle, etc.) mais aussi des inconvénients, qu’il faut assumer dans une société laïque et égalitaire. Et qui doit le rester. C’est un principe aussi, qui est raisonnablement justifié.

Dernière chose.

Mille raisons peuvent justifier de réclamer un traitement privilégié, un cas d’exception. À mon avis, la plus mauvaise est certainement de plaider que l’un ou l’autre dieu tout puissant (au choix), celui qui a créé l’univers, assure l’immortalité et est d’une sagesse infinie, se préoccupe infiniment des conditions de baignade dans Côte-des-Neiges.

Ça aussi, il faut le dire à un moment donné, non?

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