Le blogue de l'édito

Archive du 28 décembre 2012

Vendredi 28 décembre 2012 | Mise en ligne à 11h23 | Commenter Commentaires (46)

La nouvelle «tempête du siècle?»

Photo Bernard Brault (La Presse)

Photo Bernard Brault (La Presse)

NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.

André Pratte

La tempête qui s’est abattue sur Montréal jeudi a laissé 45 centimètres au sol en une journée, soit 2 centimètres de plus que la fameuse «tempête du siècle» du 4 mars 1971. Pourtant, ceux qui ont vécu celle de 1971 estiment généralement (voir les résultats de la Question du jour de lapresse.ca ) qu’elle a été plus importante. Pourquoi?

Météomédia fournit ici quelques explications. D’abord, la tempête de mars 1971 a duré plus d’une journée. La neige avait commencé dans la soirée du 3 mars; l’accumulation totale à Montréal a été de 47 centimètres. Ensuite, les vents furent beaucoup plus forts: jusqu’à 108 km/h en 1971 contre un maximum de 63 km/h le 27 décembre 2012.

Il y a une raison plus importante encore: le 4 mars 1971 était un jeudi, une journée de travail et d’école pour tout le monde. La tempête de cette semaine est survenue entre Noël et le Jour de l’An: pas d’école, peu de gens au travail. La situation dans les rues de la métropole n’était pas rose, mais ça n’avait rien à voir avec le retour à la maison catastrophique de cette journée de mars il y a 41 ans. Voici la description qu’on en trouve sur le site des Archives de Montréal:

mars19711_sMontréal est entièrement paralysée.

Durant la journée de jeudi, le maire Jean Drapeau demande aux Montréalais de s’abstenir de prendre leur voiture et plutôt d’opter pour le métro qui, pour la première fois de son histoire circula toute la nuit du 3 au 4 mars. Il demande même à la direction des Canadiens de Montréal d’annuler le match qui doit avoir lieu au Forum contre les Canucks de Vancouver. Les rues désertes de la ville appartiennent alors aux motoneigistes. Plus de 200 d’entre eux circulent à bord de leur engin aidant et secourant la population à l’appel de la police, incapable de patrouiller.

Le lendemain, le maire Drapeau réitère son appel pour permettre aux véhicules de la Ville d’ouvrir les rues. Montréal est toujours pétrifiée. Le Journal de Montréal, le Montréal-Matin et Le Devoir n’ont pu être publié. Tous les procès, dont celui de Paul Rose, sont repoussés à une date ultérieure. On annule même le tirage de la Mini-loto… Le bilan est lourd : plusieurs décès et de nombreux blessés. Parmi les morts, un citoyen de Laval est retrouvé dans sa voiture ensevelie au boulevard Cavendish sous la voie élevée de l’autoroute métropolitaine. Seule l’antenne dépassait.

La situation était donc bien plus grave que ce que nous avons subi jeudi. Pour ma part, je me souviens très bien qu’après avoir passé deux ou trois heures dans un autobus tentant de se frayer un chemin dans la neige, j’ai vu des motoneiges circuler sur l’autoroute Décarie. Une scène surréaliste.

La tempête de mars 1971 demeurera donc dans l’esprit de nombreux Montréalais la «tempête du siècle». Toutefois, rien n’empêche que celle de jeudi décroche elle aussi ce titre puisque… nous avons changé de siècle!

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