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Ariane Krol
Je ne devrais plus m’en étonner: chaque fois qu’on lève une pierre dans cette ville, on trouve des tas de trucs qui grouillent en-dessous, parfois même quelques cadavres. Pourtant, je n’en reviens pas des crevasses qui se dessinent aujourd’hui sur la belle façade du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).
On parle d’une institution qui, il n’y a pas si longtemps, était constamment donnée en exemple… surtout quand on la comparait à l’autre gros centre hospitalier universitaire (CHU) de la métropole, le CHUM. Plus discipliné, plus efficace, bien plus avancé dans son projet de futur hôpital, soutenu par une généreuse fondation: le CUSM, même à plusieurs kilomètres de distance, faisait beaucoup d’ombre au CHUM. Surtout après l’arrivée de son DG, qu’on nous présentait comme la plus belle invention depuis le pain tranché. Un directeur d’hôpital qui avait autant le sens des affaires, on n’avait pas vu ça souvent…
Il faut dire que ça a toujours été comme ça, bien avant les projets de construction. Le CHUM était plus «gaulois», employés et médecins ne se gênant pas pour dénoncer haut et fort ce qui ne faisait pas leur affaire. Le «CHU anglophone», de son côté, avait la réputation de ne pas laver son linge sale en public. Résultat, les problèmes du CHUM faisaient pas mal plus souvent la manchette que ceux du CUSM. Ce qui ne veut pas dire que le CUSM n’en avait pas, personne n’était dupe. Mais de l’ampleur de ce qu’on entend ces temps-ci? C’est proprement sidérant.
Je ne parle pas seulement l’enquête de l’UPAC sur le contrat du futur hôpital – elle conclura peut-être que le CUSM est plus une victime qu’autre chose dans cette histoire. Je vous parle surtout de ce rapport, rendu public cette semaine, sur la gestion courante du CHU. Un déficit qui pourrait atteindre 115 millions cette année? D’accord, il y a 54 millions non récurrents là-dedans. Et oui, Québec a peut-être appuyé un peu fort sur le crayon rouge pour forcer l’établissement à rentrer dans le rang.
N’empêche. Plus de 880 000 heures de travail inexpliquées. Des transactions immobilières qui tournent au vinaigre. Des gestionnaires qui ont foncé tête baissée. Un conseil d’administration qui n’a pas posé de questions. Personne n’a rien vu et apparemment, personne ne sera tenu responsable.
Comme d’habitude, on fera payer les pots cassés à ceux qui restent. Cette administration jadis donnée en exemple est aujourd’hui menacée de tutelle. Résorber le déficit d’ici mars 2015 ne sera pas une partie de plaisir.
On s’aperçoit aujourd’hui que CUSM bénéficiait d’une réputation non méritée. Mais franchement, il n’y a rien de réjouissant là-dedans.
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