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Depuis le temps, comme auteur, comme lecteur vorace et comme responsable pendant plusieurs années du cahier Livres, la fréquentation du milieu du livre m’a amené à constater que celui-ci aime à vivre dans une ambiance de tragédie perpétuelle. Une ambiance nourrie par une mentalité de « forteresse assiégée », selon le mot de l’essayiste français Fabrice Piault (dans Le Livre, la fin d’un règne).
En réalité, un des drames réels de l’univers du livre est que, à son corps défendant, il chevauche deux mondes, celui de la culture et celui du commerce… et qu’il a beaucoup de difficulté à vivre avec cette double identité. (Le milieu du cinéma, et surtout celui de l’industrie de la critique qui y est accrochée, a un peu la même attitude vaguement schizophrène.)
Le discours dominant –pardon : unique- chez les littéraires est fait d’une hostilité fumante, sonore, vengeresse, à l’endroit du commerce, de la consommation, de la mécanique capitaliste. Cela nourrit régulièrement les pages d’opinion du Devoir ainsi que les colloques, tables rondes, commissions et autres états généraux.
Dans le même temps, le livre n’y va pas avec le dos de la main morte (!) pour protéger et augmenter ses prérogatives commerciales lorsqu’il y a lieu. La lutte cent fois renouvelée, et encore cette année, pour une législation dite du prix unique (j’ai dit tout le mal que j’en pensais à moult reprises par le passé) emprunte ainsi aux pires vices de l’ultra-capitalisme néolibéral en ce qu’elle établirait un simili-cartel ayant pour effet de fixer les prix. Dans la vraie vie, des entrepreneurs sont parfois traînés en cour pour ce genre de manœuvre! Dans tous les cas, c’est le cochon de payant (en l’occurrence : le lecteur) qui est la victime.
Dimanche, une manifestation a eu lieu pour accabler la chaîne Renaud-Bray qui, selon plusieurs, ne donne pas l’espace qu’il faut aux œuvres québécoises dans ses présentoirs « vedettes » (à l’entrée, près des caisses, etc.). Je n’entrerai pas dans le débat, mais signalerai seulement qu’on ne peut pas en imaginer un plus « commercial » que celui-là : ces présentoirs jouent presque un rôle de vendeurs sous pression!
En terminant, petite info.
Quelque 28% des Québécois comptent faire des achats en ligne chez Amazon en cette période des Fêtes. C’est plus que le total combiné des achats projetés chez Archambault et Renaud-Bray (22%).
N’y aurait-il pas sujet de réflexion de ce côté? Si on se résigne à être bassement commercial, bien entendu… Et, au fait, vous achetez, vous, chez Amazon?
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