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André Pratte
C’est un scandale qu’un auteur de série dramatique aurait eu du mal à inventer. Le directeur de la CIA, un général à la retraite des plus admirés, David Petraeus, a dû démissionner après que le FBI eut découvert qu’il entretenait une liaison extra-conjugale avec sa biographe. À première vue, il s’agit d’une histoire banale. Le général Petraeus aurait été forcé de remettre sa démission pour la seule raison qu’une partie de la population américaine n’admet pas qu’un de ses dirigeants aient quelque comportement sexuel déplacé que ce soit.
Toutefois, l’affaire est vite devenue beaucoup plus compliquée. D’abord, M. Petraeus était le grand patron des services d’espionnage américains. À ce titre, il ne doit évidemment pas transmettre de renseignements secrets à quiconque. Il ne doit pas non plus se mettre dans une position où il pourrait faire l’objet de chantage. Or, le FBI et les autres instances gouvernementales concernées s’interrogent sur ces deux aspects de la relation entre Petraeus (60 ans) et Paula Broadwell (40 ans).
D’autres informations troublantes ont surgi depuis l’annonce de la démission du général Petraeus. C’est la plainte d’une femme mariée de 37 ans, Jill Kelley, qui a lancé l’enquête du FBI. Mme Kelley avait reçu des courriels intimidants de la maîtresse de Petraeus, Paula Broadwell. Cette dernière aurait accusé Mme Kelley de flirter avec son amant.
Voici qu’un autre militaire de haut rang, le général John Allen, commandant des forces américaines en Afghanistan, est plongé dans l’embarras. Le général Allen aurait échangé plusieurs courriels – des milliers, en fait – avec Jill Kelley. Le haut gradé affirme ne pas avoir eu de relations inappropriées avec la dame. Soulignons qu’en vertu du droit militaire des États-Unis, l’adultère est un crime.
Autre tournure bizarre dans cette affaire: MM. Allen et Petraeus ont signé des lettres destinées à un tribunal du droit de la famille du District of Columbia prenant partie pour la soeur jumelle de Jill Kelley, Natalie Khawam, qui venait de perdre la garde de son fils de 4 ans en raison de ses «graves déficits psychologiques», selon le juge.
Vous suivez?
Compliquons cela encore un peu. Lors d’une allocution à l’Université de Denver, prononcé le 26 octobre, Paula Broadwell – la maîtresse du général Petraeus – a soutenu que l’attaque commise le mois précédent contre le consulat américain à Benghazi avait pour but de libérer des miliciens faits prisonniers par la CIA, une thèse démentie par la CIA. D’où Mme Broadwell tenait-elle cette information?
Il faudra sans doute un certain temps pour démêler tout ça. Il y a cependant un constat tout simple et très ancien qui s’impose dores et déjà: la chair est faible, et bien des hommes, même les plus puissants, les plus réputés, ne parviennent pas à résister à ses pulsions.
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