Le blogue de l'édito

Archive du 8 novembre 2012

Jeudi 8 novembre 2012 | Mise en ligne à 16h51 | Commenter Commentaires (40)

Le capitalisme aux capitalistes

Photo François Roy (La Presse)

Photo François Roy (La Presse)

NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.

André Pratte

Le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, était à Montréal jeudi pour adresser la parole aux membres du Cercle canadien. L’assistance était nombreuse, évidemment. M. Carney jouit d’une très grande crédibilité dans les milieux des affaires et de la finance. Une crédibilité d’autant plus forte qu’elle dépasse le Canada; M. Carney préside le Conseil de la stabilité financière, l’organisme mis sur pied en 2009 par les membres du G20 afin d’élaborer des mesures visant à éviter une nouvelle crise financière.

C’est sur ces efforts que M. Carney faisait le point jeudi. L’allocution n’avait rien d’un discours de Barack Obama. Et pour cause: le sujet est aride et complexe. Néanmoins, le gouverneur a su expliquer le travail colossal réalisé depuis trois ans pour empêcher que le système bancaire ne sombre, et à sa suite l’économie mondiale, à cause de l’imprudence des banquiers.

Le problème le plus délicat est sans doute celui des banques dites too big to fail (trop importantes pour faire faillite), c’est-à-dire les institutions dont la faillite créerait tellement de dégâts dans l’économie réelle que les États sont obligés de venir à leur rescousse. Les contribuables paient ainsi pour les erreurs des banquiers.

«Nous devons nous attaquer une fois pour toutes à l’injustice engendrée par un système qui privatise les gains et socialise les pertes, a déclaré M. Carney. En redonnant le capitalisme aux capitalistes, la discipline se durcira au sein du système et, avec le temps, les risques systémiques diminueront.»

Diverses mesures ont été négociées au sein du Conseil de la stabilité financière pour régler ce problème. De souligner M. Carney, il faut maintenant s’assurer que les gouvernements intégreront ces propositions dans leurs lois. Une fois cela fait, toutefois, il n’est pas certain que tout risque sera écarté. En effet, les investisseurs semblent continuer de croire que si une banque importante est au bord de la faillite, le gouvernement local interviendra. L’aléa moral demeure.

«Nous avons fait de solides progrès, mais nous ne savons pas encore si nous avons réussi à mettre fin au problème des banques jugées trop importantes pour faire faillite, a admis le gouverneur. Ainsi, les agences de notation continuent de hausser les notes des grandes banques dans une proportion qui tient compte d’un soutien implicite de l’État.»

Les banques elles-mêmes cherchent à limiter le plus possible les nouvelles exigences qui pourraient leur être imposées. Heureusement, Mark Carney n’est pas du genre à se laisser intimider. Il n’a de cesse de refuter l’argument de certains acteurs de la finance selon lequel la nouvelle réglementation nuira à la croissance:  «Les mesures visant à renforcer la stabilité financière ont pour effet de soutenir l’expansion économique et la création d’emplois, plutôt que de les freiner, même à court terme.»

Il reste à savoir si les homologues de M. Carney, et surtout les gouvernements du G20, resteront déterminés à agir à mesure que s’éloignera le souvenir de la crise.

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