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André Pratte
Après avoir soutenu pendant des mois que grâce aux politiques de son gouvernement, le mouvement indépendantiste était affaibli, voici que le premier ministre fédéral, Stephen Harper, s’inquiète de l’éventualité que le Parti québécois soit élu lors des prochaines élections provinciales. C’est en tout cas ce qui ressort des informations selon lesquelles M. Harper a récemment rencontré son prédécesseur à la tête du Parti conservateur et du pays, Brian Mulroney, de même que le premier ministre du Québec (et lui aussi ancien chef du PC fédéral), Jean Charest. M. Harper leur aurait demandé ce qu’il lui fallait faire pour améliorer son image au Québec.
Il n’est pas facile de répondre à cette question. Après son arrivée au pouvoir, en 2006, M. Harper a fait des gestes significatifs pour amadouer les Québécois. Il a réglé le déséquilibre fiscal. Il a fait reconnaître les Québécois comme nation par la Chambre des communes. Il a, la plupart du temps, respecté les compétences des provinces. Mais, au point de vue électoral, ça ne lui a rien donné.
Le problème, c’est que la plupart des Québécois veulent à la fois un gouvernement fédéral qui respecte la différence du Québec ET qui, comme le gouvernement du Québec, met en place des programmes sociaux généreux. Or, au niveau fédéral, les deux éléments ne se sont pas encore trouvés réunis au sein d’un même parti. Les conservateurs sont décentralisateurs… mais de droite. Les libéraux et les né0démocrates sont de centre-gauche… mais centralisateurs.
Cela dit, il y a au Québec plus de conservateurs – au sens philosophique du terme – que ce que les sondages indiquent. Le gouvernement Harper n’a tout simplement pas été capable d’obtenir leur appui. Cela s’explique, à mon avis, par deux facteurs. Un: il y a trop peu de Québécois au sein du gouvernement, ce qui fait que le point de vue du gouvernement est mal relayé dans la province. Deux: l’approche du gouvernement Harper, qui a recours à des arguments simplistes pour expliquer ses politiques, qui divise pour mieux régner – le «wedge politics» américain – ne fonctionne pas au Québec. Ici, nous sommes habitués aux argumentaires étoffés, exprimés avec brio par des leaders charismatiques. Quand, au niveau fédéral, le chef n’a pas le charisme nécessaire, les Québécois ont pu être convaincus par des lieutenants québécois de grand talent (Ernest Lapointe sous McKenzie King, par exemple). Malgré leur mérite, les représentants québécois de M. Harper ne sont pas de cette trempe. Le premier ministre canadien se retrouve donc doublement désavantagé: il doit promouvoir des politiques controversées sans avoir pour ce faire un porte-parole assez solide pour résister aux assauts de l’intelligentsia (médias, intellectuels, groupes de pression) québécoise. Cette intelligentsia a maintenant réussi à faire croire que Harper est anti-Québec; qui, dans ces circonstances, dira un bon mot en faveur du premier ministre?
Et bien sûr, c’est un cercle vicieux. Moins les Québécois élisent des leurs au sein du gouvernement, moins ce gouvernement est branché sur le Québec, moins ils sont portés à voter pour ses candidats. Je ne sais pas ce que MM. Mulroney et Charest ont dit à M. Harper, mais je suis prêt à parier qu’ils ont commencé par l’avertir que, quoi qu’il fasse, il ne lui sera pas facile de (re)gagner le coeur des Québécois.
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