Le blogue de l'édito

Archive du 9 juin 2012

Samedi 9 juin 2012 | Mise en ligne à 13h00 | Commenter Commentaires (51)

Mme Courchesne dans la tourmente

Photo Presse canadienne

Photo Presse canadienne

NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.

André Pratte

J’ai toujours pensé que la ministre de l’Éducation, Michèle Courchesne, était une femme honnête et compétente. C’est une impression subjective, bien sûr, fondée sur les quelques rencontres et discussions que nous avons eues au fil des ans et sur le constat de son parcours professionnel et politique. Me suis-je trompé, comme cela m’arrive souvent?

Je ne le crois toujours pas, malgré les controverses dans lesquelles Mme Courchesne a été plongée ces derniers mois. Cependant, mes premières impressions sont ébranlées.

Dans le cas de l’attribution des places en garderie, on a reproché deux choses à celle qui était à l’époque (2007-2008) ministre de la Famille. Un: un processus d’appel d’offres précipité et arbitraire, qui l’a notamment menée à choisir des projets qui avaient été mal notés par ses fonctionnaires. Deux: du favoritisme à l’endroit de promoteurs qui contribuaient à la caisse du Parti libéral du Québec.

Le premier reproche vient du Vérificateur général. On s’étonne d’un tel manque de rigueur de la part d’une politicienne qui a été haut-fonctionnaire pendant plusieurs années. Mme Courchesne avance des explications valables. D’abord, elle a exigé qu’on fasse vite. Le VG a dénoncé cette précipitation, mais les parents ne se plaignent-ils pas constamment de la pénurie de places? Ensuite, la ministre n’a pas toujours fait les mêmes choix que ses fonctionnaires. Pour ma part, si les décisions sont valables, ça ne me dérange pas. Les fonctionnaires sont là pour conseiller, mais les décisions finales doivent revenir aux élus, qui en sont imputables. Mme Courchesne a toujours été reconnue pour bousculer  «la machine» et j’y vois une qualité plutôt qu’un défaut. Cela dit, les décisions en question doivent être expliquées et documentées. C’est là que le bât blesse.

Pour ce qui est du favoritisme partisan, le Parti québécois a déterré suffisamment de cas pour qu’on puisse conclure que des sympathisants libéraux ont obtenu plus que leur part de permis pour ouvrir des garderies. Un hasard? Curieux hasard. Mme Courchesne jure que, si elle a choisi des projets promus par des libéraux, elle ne le savait pas. Disons. Mais la ministre a consulté les députés et, de toute évidence, ceux-ci savaient fort bien qui était derrière les projets locaux qu’ils recommandaient. Il est franchement étonnant qu’une personne de l’expérience de Mme Courchesne n’ait pas réalisé ce qui se passait. Le syndrome Gérald Tremblay?

C’est un autre rapport du Vérificateur général qui vient de replonger Michèle Courchesne dans l’embarras. Le VG a étudié la distribution des subventions de la phase I du Fonds pour le développement du sport et de l’activité physique (363 millions). Il a découvert que presque la moitié des 918 demandes reçues de municipalités et organismes ont été rejetées d’emblée par le cabinet de la ministre sans avoir été analysées par les fonctionnaires. Rien dans les dossiers du gouvernement ne permet de savoir pourquoi, selon quels critères, ces demandes ont été ainsi écartées. Cela est d’autant plus troublant que, selon le vérificateur, les projets rejetés «ont trait à des organismes, à des installations et à des travaux similaires à d’autres projets qui ont été subventionnées».

La ministre explique que les projets en question ne correspondaient tout simplement pas aux critères de base (notamment ceux du fédéral, qui subventionnait le tiers du coût des travaux). D’autres faisaient déjà l’objet de demandes à un autre ministère. N’empêche, comment expliquer que rien n’ait été marqué dans les dossiers?

Bien sûr, un ministre ne peut être au courant de tout ce qui se passe dans son bureau et dans son ministère. Dans l’ensemble des problèmes que devait gérer la ministre de l’Éducation, les subventions pour la rénovation d’arénas et de terrains de soccer n’étaient certes pas une priorité. Reste que ce dossier-ci comme celui des garderies a été mené à l’encontre des règles de base de la gestion publique. Ultimement, Mme Courchesne en porte la responsabilité.

Si on écoutait les partis d’opposition, trois ou quatre ministres démissionneraient chaque semaine. Je ne pense pas que Mme Courchesne doit quitter le portefeuille de l’Éducation, pour lequel elle est la mieux qualifiée au sein du gouvernement actuel. Toutefois, il me semble que sa crédibilité comme présidente du Conseil du Trésor, gardienne de la bonne gestion des fonds publics, est amochée. Le premier ministre devra en tenir compte lors du prochain remaniement ministériel, si remaniement il y a avant les élections.

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