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André Pratte
À ceux soulignant que les étudiants en grève ne constituent que 35% de tout le corps étudiant collégial et universitaire, on répond souvent que le gouvernement libéral ne représente pas non plus la majorité des Québécois. En 2008, en effet, le PLQ a obtenu 42% du vote. De plus, comme seulement 57% des Québécois ont voté, les libéraux de Jean Charest ont eu l’appui d’à peine 24% des électeurs éligibles.
À mon avis, cette comparaison est boiteuse. À l’occasion d’élections générales, les citoyens doivent choisir entre plusieurs formations politiques. Dans un tel contexte, il est très difficile d’obtenir la majorité absolue; 42% est un pluralité fort respectable.
Dans un mouvement comme celui de la grève, le choix s’exerce entre seulement deux options: pour ou contre. Dans ce scénario binaire, 35% est un score faible, très loin de la majorité.
Pour ce qui est du taux de participation, ceux qui s’en servent pour contester la légitimité du gouvernement Charest devraient aussi le faire pour analyser l’appui à la grève. Quelle proportion des étudiants participent aux assemblées générales? La plupart des votes se faisant à main levée, les statistiques sont rares. Mais les informations qui circulent indiquent que souvent, à peine la moitié des étudiants inscrits sont sur place.
On me dit aussi: «Ce n’est pas parce qu’une assemblée étudiante a rejeté la grève que ses membres sont favorables à la hausse des droits de scolarité.» Bien sûr. Mais il faut ajouter que dans les groupes ayant voté la grève, beaucoup d’étudiants s’y opposent.
Futile bataille de chiffres? Peut-être. N’empêche que la question de fond demeure: pourquoi le gouvernement devrait-il négocier avec un groupe minoritaire d’étudiants plutôt que de tenir son bout, comme le souhaite la majorité de la population? Le gouvernement devrait-il se mettre à négocier avec chaque groupe auquel il impose une hausse de taxes ou de tarifs? Si c’est ainsi qu’on envisage la démocratie aujourd’hui, les coffres de l’État québécois se videront rapidement.
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