Le blogue de l'édito

Archive, avril 2012

Lundi 30 avril 2012 | Mise en ligne à 12h51 | Commenter Commentaires (143)

Grève: 35% contre 42%

Photo Jocelyn Bernier (Le Soleil)

Photo Jocelyn Bernier (Le Soleil)

NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.

André Pratte

À ceux soulignant que les étudiants en grève ne constituent que 35% de tout le corps étudiant collégial et universitaire, on répond souvent que le gouvernement libéral ne représente pas non plus la majorité des Québécois. En 2008, en effet, le PLQ a obtenu 42% du vote. De plus, comme seulement 57% des Québécois ont voté, les libéraux de Jean Charest ont eu l’appui d’à peine 24% des électeurs éligibles.

À mon avis, cette comparaison est boiteuse. À l’occasion d’élections générales, les citoyens doivent choisir entre plusieurs formations politiques. Dans un tel contexte, il est très difficile d’obtenir la majorité absolue; 42% est un pluralité fort respectable.

Dans un mouvement comme celui de la grève, le choix s’exerce entre seulement deux options: pour ou contre. Dans ce scénario binaire, 35% est un score faible, très loin de la majorité.

Pour ce qui est du taux de participation, ceux qui s’en servent pour contester la légitimité du gouvernement Charest devraient aussi le faire pour analyser l’appui à la grève. Quelle proportion des étudiants participent aux assemblées générales? La plupart des votes se faisant à main levée, les statistiques sont rares. Mais les informations qui circulent indiquent que souvent, à peine la moitié des étudiants inscrits sont sur place.

On me dit aussi: «Ce n’est pas parce qu’une assemblée étudiante a rejeté la grève que ses membres sont favorables à la hausse des droits de scolarité.» Bien sûr. Mais il faut ajouter que dans les groupes ayant voté la grève, beaucoup d’étudiants s’y opposent.

Futile bataille de chiffres? Peut-être. N’empêche que la question de fond demeure: pourquoi le gouvernement devrait-il négocier avec un groupe minoritaire d’étudiants plutôt que de tenir son bout, comme le souhaite la majorité de la population? Le gouvernement devrait-il se mettre à négocier avec chaque groupe auquel il impose une hausse de taxes ou de tarifs? Si c’est ainsi qu’on envisage la démocratie aujourd’hui, les coffres de l’État québécois se videront rapidement.

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Vendredi 27 avril 2012 | Mise en ligne à 13h53 | Commenter Commentaires (147)

Droits de scolarité: à prendre ou à laisser?

global_10_mLa ministre Line Beauchamp et le premier ministre Jean Charest (Photo Jocelyn Bernier, Focus1)

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Ariane Krol

Des droits de scolarité 71$ moins élevés par an. Un accès accru aux bourses d’études en haussant de 10 000$ le revenu familial exempt de contribution parentale dans le calcul des bourses. Voilà les deux principales concessions que le gouvernement Charest vient de rajouter dans la balance dans l’espoir de la faire pencher du côté du retour en classe. Comment réagiront les étudiants? Comment devraient-ils réagir?

Leurs trois principaux représentants ont demandé du temps pour analyser l’offre. Chaque étudiant touché par la grève doit en faire autant.

Le gouvernement Charest ne renonce pas à sa hausse de 1625$, mais il a fait un bout de chemin significatif. En étalant les droits de scolarité sur sept ans, l’augmentation annuelle diminue de 325 $ à 254 $*. En portant le revenu familial exempt de contribution parentale à 45 000$, le régime versera 39 millions de dollars de plus en bourses, ce qui augmentera le soutien financier de quelque 44 000 étudiants.

Ces annonces s’ajoutent aux mesures déjà annoncées – régime de remboursement des prêts en fonction du revenu à l’automne 2013, création d’un conseil d’évaluation des universités, évaluation de l’impact de la hausse des droits de scolarité par le Comité consultatif sur l’accessibilité financière.

Ce n’est pas la gratuité, ni même le gel, mais c’est une vraie amélioration par rapport au budget 2011. La preuve: les leaders étudiants n’auraient jamais rallié autant de monde à leur cause si le gouvernement Charest avait amené sa hausse de cette façon. Le petit slogan marketing de 50 cents par jour**, bien que critiquable, aurait fait son bout de chemin, c’est évident. Mais bon, il fallait y penser avant.

Aujourd’hui, la balle est dans le camp des étudiants. Vous en faites quoi, de cette offre? Vous la prenez ou vous la rejetez? Ce qui implique, évidemment, que chacun se donne la peine d’aller voter quand ce sera le temps de décider si la grève doit être prolongée ou non…

* Le total des sept augmentations annuelles dépasse 1625$, car l’indexation s’appliquera comme prévu après cinq ans,  soit durant les deux dernières années de la hausse.

** Selon le calcul du gouvernement, la hausse de 254$  équivaut, en tenant compte du crédit d’impôt, à 177 $ par an.

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Jeudi 26 avril 2012 | Mise en ligne à 10h31 | Commenter Commentaires (121)

Gréve étudiante: une offre ultime

Photo Edouard Plante-Fréchette (La Presse)

Photo Edouard Plante-Fréchette (La Presse)

NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.

André Pratte

Dans sa chronique ce matin, ma collègue Michèle Ouimet exprime bien le ras-le-bol de la population à l’égard du conflit étudiant. Et le gouvernement, et les leaders étudiants partagent la responsabilité de cette situation. Mais, comme l’ont souligné plusieurs, le gouvernement a la responsabilité ultime d’assurer la paix sociale et de mettre un terme à ce conflit au plus tôt.

L’heure n’est plus à la négociation, quoi qu’on pense de la façon dont les choses se sont passées jusqu’ici. Malgré une apparente solidarité, les associations étudiantes sont de toute évidence divisées sur les objectifs et sur les moyens. En outre, ces associations ne représentent qu’une partie de la population étudiante, dont la majorité termine ces jours-ci sa session.

La situation exige que les deux parties fassent des compromis. Le gouvernement Charest en a fait quelques-uns et, selon les informations du quotidien Le Soleil, il est disposé à en faire d’autres. Jusqu’ici, les leaders étudiants n’ont fait aucune concession, du moins publiquement. Le temps est venu pour Québec de faire une offre ultime aux étudiants, de mettre toutes ses cartes sur table.

Cela pourrait prendre la forme suivante. La ministre de l’Éducation devrait convoquer toutes les associations étudiantes et leur déposer une offre finale et non-négociable. L’offre serait conditionnelle à un retour en classe rapide, après consultation des membres.

Cette offre devrait être substantielle et comprendre, notamment:

- la composition d’un comité d’experts indépendants, choisis par les deux parties, chargé de suggérer les modalités d’un régime de remboursement des prêts étudiants en fonction du revenu d’emploi;

- la mise sur pied d’un organisme chargé de suivre la gestion des universités;

- les améliorations substantielles à l’aide financière aux étudiants déjà présentées par le gouvernement, publiquement et à la table de négociation;

- une diminution de la hausse des droits de scolarité annoncée, par exemple de 325$ par année à 275$ par année. Sur cinq ans, la hausse serait donc de 63% plutôt que de 75%. À terme, le manque à gagner pour les universités serait de quelques dizaines de millions, que le gouvernement pourrait facilement combler.

À la suite de la rencontre, le premier ministre du Québec devrait s’adresser à la population pour lui présenter l’offre et demander aux étudiants de retourner en classe. Pour ma part, je suis convaincu qu’une telle proposition obtiendrait l’appui d’une forte majorité de la population québécoise.

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