Le blogue de l'édito

Archive, mars 2012

DOuanes_mPhoto François Roy, La Presse

NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.

Ariane Krol

C’est l’une des mesures passées un peu inaperçues dans le budget fédéral: l’augmentation spectaculaire de la valeur des marchandises que vous pouvez rapporter d’un court séjour à l’étranger. Pour un voyage de 24h à 48h, l’exemption est quadruplée, passant de 50$ à 200$. Pour les  séjours de 48h à une semaine, elle augmente de 400$, passant à 800$.

Si ce n’est pas un incitatif à aller magasiner aux États-Unis, je me demande ce que c’est. D’autant que cette soudaine largesse se limite aux courts séjours: la franchise pour les voyages de plus d’une semaine augmente de seulement 50$, passant elle aussi à 800$.

Je m’étonne que le gouvernement Harper n’ait pas fait plus de bruit avec cette mesure.

Le ministre des Finances s’est contenté d’une allusion sibylline dans son discours du budget, évoquant une harmonisation des exemptions «afin de les faire correspondre à celles dont bénéficient les citoyens des États‑Unis». Il faut aller dans les documents budgétaires (sous la rubrique Bonifier les exemptions aux voyageurs) pour savoir de quoi il retourne.

«Cette mesure réduira la congestion à la frontière», affirme Jim Flaherty. C’est ce qu’on verra cet été, puisque le changement prendra effet le 1er juin. On sait déjà qu’il privera le trésor fédéral de 13 millions de revenus d’ici la fin de l’année, et de 17 millions en 2013-2014.

Je ne pense pas que le gouvernement Harper va rester modeste très longtemps. Je nous prédis une petite séance de photos à un poste frontière à l’approche des vacances, avec un ministre tout sourire pour annoncer la bonne nouvelle.

Et si c’est Flaherty qui s’y colle, attendez-vous à ce qu’il envoie un «je vous l’avais bien dit» bien senti aux détaillants canadiens. Depuis le temps qu’il dénonce leurs prix obstinément élevés en dépit de la remontée du huard…  jusqu’à menacer de réduire les tarifs douaniers, d’ailleurs.

Eh bien voilà, c’est fait. Allez-vous en profiter?

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Jeudi 29 mars 2012 | Mise en ligne à 20h01 | Commenter Commentaires (79)

Prestations à 67 ans : baby-boomers épargnés

Flaherty_mPhoto PC

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Jean-Pascal Beaupré

Comme prévu, le gouvernement Harper a décidé de relever graduellement à 67 ans l’âge d’admissibilité aux prestations de vieillesse (environ 6500 $ en 2012) et au Supplément de revenu garanti (pour les plus démunis).

Dans son budget, le ministre Jim Flaherty a précisé que l’application de la nouvelle politique commencera en 2023 et sera étalée jusqu’en 2029. Le gouvernement juge nécessaire cette décision afin d’assurer la pérennité du programme de Sécurité de la vieillesse.

La plupart des baby-boomers ne seront donc pas touchés par la mesure : les Canadiens qui sont présentement âgés de plus de 54 ans pourront recevoir leurs prestations à 65 ans. Pour ceux qui sont nés entre 1958 et 1962, l’âge de la retraite variera progressivement de 65 à 67 ans.

Dans l’intervalle, le gouvernement augmentera d’environ 500 $ / année les prestations des Canadiens qui accepteront de repousser leur retraite jusqu’à l’âge de 70 ans, afin de les inciter à demeurer sur le marché du travail.

Cette mesure aura des répercussions non négligeables sur les finances des provinces. Il leur en coûtera plus cher en prestations d’aide sociale pour supporter les bénéficiaires de 65 et 66 ans (entre 2023 et 2029) en attendant qu’ils puissent compter sur les revenus de prestations de vieillesse versées par le fédéral.

Croyez-vous que la décision de retarder l’accessibilité aux prestations de vieillesse est raisonnable, étant donné que l’espérance de vie ne cesse de progresser au Canada et qu’on craint de se retrouver avec une pénurie de main-d’œuvre en raison du vieillissement rapide de la population ? Trouvez-vous équitable que la grande majorité des baby-boomers soient épargnés par la décision du gouvernement Harper ?

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Jeudi 29 mars 2012 | Mise en ligne à 5h26 | Commenter Commentaires (25)

Quand l’argent change de sexe

femme_mPhoto Patrick Sanfaçon, La Presse

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Ariane Krol

Au cours des prochaines décennies, ce ne seront plus les hommes, mais leurs compagnes, qui gagneront les meilleurs revenus au sein des ménages. Ce qui, du point de vue financier, en fera la génération de femmes la plus puissante de l’histoire. Choquant? Encourageant? C’est, en tout cas, le scénario qu’explore la journaliste américaine Liza Mundy dans son nouvel essai, The Richer Sex.

La thèse ne passe pas inaperçue. Le magazine Time en fait son dossier de une, et tout un chacun en parle, y compris l’auteure elle-même.

Le Time illustre son propos d’un exemple percutant. Une famille traditionnelle du Michigan, mère à la maison, père soutien de famille, six enfants aujourd’hui adultes. En 2012, un seul de ces enfants vit dans un ménage où l’homme touche le plus gros salaire. Dans les cinq autres, c’est la femme qui assume ce qu’on appelait autrefois le rôle du pourvoyeur. Évidemment, ce n’est pas représentatif. Mais c’est symptomatique.

À force de répéter chaque 8 mars que les femmes gagnent, en moyenne, moins que leurs confrères, on en oublie les autres éléments du puzzle. La présence massive des étudiantes dans les universités, qui va finir par se refléter sur les salaires. La disparition tout aussi massive d’emplois industriels bien payés et occupés par des hommes. Des tendances américaines qu’on retrouve aussi de notre côté de la frontière.

Au-delà des chiffres, ce sont les conséquences qui sont intéressantes. La redistribution des rôles. La répartition du pouvoir. Comment ça se passe quand c’est l’homme qui reste à la maison avec les enfants? Le plus gros (ou le seul) salaire du ménage a-t-il un droit de véto sur les dépenses ? On ne parle pas seulement de dynamique de couple. «L’alimentation, les soins de santé, l’éducation, le soin des enfants, le vêtement, les bien durables et les services financiers sont des secteurs qui devraient profiter du pouvoir croissant des femmes,» note un rapport Goldman Sachs cité par le magazine Time.

Une société où ce sont les femmes, surtout, qui gagnent les plus gros salaires, vous y croyez? Est-ce un progrès, ou un problème?

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