NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.
André Pratte
Le député libéral Justin Trudeau s’est mis les pieds dans les plats en déclarant que si le Canada continuait d’évoluer vers la droite sous la gouverne des conservateurs de Stephen Harper, «peut-être que je songerais à vouloir faire du Québec un pays». Cette déclaration lui a valu de vives critiques au Canada anglais et les railleries des députés des autres partis. Mardi, M. Trudeau a réaffirmé avec émotion son amour pour le Canada. Il a ajouté que, selon lui, le Canada «devient mesquin, petit d’esprit, fermé, anti-intellectuel, qui prône la division. Excusez, mais je ne reconnais pas ce pays.»
Cette petite controverse a à nouveau montré combien M. Trudeau a la gaffe facile. Mais, bon, ce n’est qu’une gaffe, rien de grave. Sur le fond des choses, toutefois, le député de Papineau commet une erreur plus significative. Comme plusieurs autres Canadiens, il s’oppose aux politiques des conservateurs et s’inquiète de leur impact sur le pays. Mais, comme l’a souligné son chef Bob Rae, «Stephen Harper n’est pas le Canada. Stephen Harper, c’est Stephen Harper.» Autrement dit, un pays entier ne se résume pas à ceux qui le gouvernent, pour une période de temps toujours limitée. Surtout quand le parti au pouvoir a obtenu l’appui de moins de 40% des électeurs.
Certes, le comportement des conservateurs rebute bien des gens. Les changements qu’ils apportent, qu’ils soient symboliques (la monarchie) ou substantielles (la lutte à la criminalité) suscitent beaucoup de mécontentement dans certains milieux. Mais ces changements ne sont pas coulés dans le béton. Un jour, un autre parti sera élu et pourra faire marche arrière.
Chose certaine, on ne se sépare pas d’un pays parce que le gouvernement en place à une époque donnée ne fait pas notre affaire. D’ici aux prochaines élections fédérales, selon le chef du Bloc québécois, Daniel Paillé, «bon nombre de Québécois ne se retrouveront plus dans le Canada, et l’indépendance sera alors plus nécessaire que jamais.» Et qu’arriverait-il si le NPD était porté au pouvoir à Ottawa? Les Québécois réintégreraient-ils la fédération parce que le Canada serait redevenu social-démocrate?
Les valeurs véhiculées par les conservateurs de M. Harper, la mesquinerie et la division déplorées par M. Trudeau, ne sont pas celles de tous les Canadiens anglophones, loin de là. Par ailleurs, il se trouve bien des Québécois pour les partager. Un pays, une province n’est pas un bloc uniforme.
Le Québec a élu et réélu Duplessis alors que le Canada était gouverné par des libéraux progressistes. La Saskatchewan a élu un gouvernement de gauche bien avant le Québec. Que le Québec devienne indépendant ou non, il aura dans l’avenir de bons gouvernements et de mauvais, des honnêtes et des moins scrupuleux, de droite et de gauche. Le Plateau se séparera-t-il du Québec si la CAQ prend le pouvoir?
Lire les commentaires (109) | Commenter cet article





