
Une statue de George Eastman, fondateur de Kodak, sur le campus de l'Université de Rochester (Photo Reuters).
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André Pratte
Le Wall Street Journal révèle jeudi, en manchette, que le géant américain Eastman Kodak se placera prochainement sous la protection de la loi sur les faillites. Des rumeurs à ce sujet circulaient depuis l’automne dernier alors que Kodak avait dû emprunter 160 millions de sa ligne de crédit pour être en mesure de poursuivre ses opérations.
Si l’information du WSJ se confirme, Kodak sortira sans doute très diminuée de la restructuration à venir. À moins qu’elle ne disparaisse, purement et simplement. Une preuve de plus qu’aucune entreprise, si grande, si dominante soit-elle, n’est à l’abri du déclin. Une leçon qui fait réfléchir quand on pense aux turbulences que traverse ces temps-ci la canadienne Research in Motion.
Eastman Kodak a été fondée par George Eastman en 1880. Eastman est le Henry Ford de la photo. Grâce à l’invention du rouleau de film, il a rendu la photographie accessible à tous. Pendant des décennies, l’entreprise a dominé le marché des pellicules, des appareils photo et du développement. Je me souviens très bien que, quand j’étais jeune, on envoyait les rouleaux de film chez Kodak pour les faire développer. Le principe était le même depuis 1888, alors que la compagnie avait pour slogan: «Vous pressez le bouton, nous nous occupons du reste.»
La domination de Kodak (85%-90% du marché américain de film et d’appareils) a été contestée, notamment par Fuji, à compter des années 1980. Comme c’est très souvent le cas pour les monopoles, l’entreprise a mis du temps à réagir. Son retard ne fut pas tant technologique; c’est dans ses laboratoires qu’avait été inventé le premier appareil numérique, en 1975. Mais l’entreprise n’a pas voulu délaisser le domaine de la pellicule, qui était pour elle extraordinairement rentable. Lorsqu’elle a fini par se lancer avec conviction dans le numérique, au début du nouveau millénaire, elle a remporté un certain succès, prenant la première place aux États-Unis dans la vente des appareils photo. Toutefois, le coup de grâce est venu des téléphones intelligents.
Sous une nouvelle direction à compter de 2005, Eastman Kodak s’est spécialisée dans les imprimantes numériques. Mais la compétition est féroce dans ce domaine. En outre, comme beaucoup de compagnies vieillissantes, Kodak porte un énorme fardeau: le régime de retraite de dizaines de milliers d’ex-employés.
Le déclin est amorcé depuis une vingtaine d’années. L’entreprise comptait alors plus de 100 000 employés; elle n’en a plus que 19 000. L’action a déjà valu 80$; elle vaut aujourd’hui entre 40 et 50 cents. Kodak est réduite à vendre ses brevets pour générer des revenus. Voilà qui fait penser à un autre géant disparu, Nortel.
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