Le blogue de l'édito

Archive du 7 décembre 2011

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François Cardinal

L’entrepreneurship est-il incompatible avec la vie de famille et la qualité de vie?

Jean Coutu pense que oui. Dans un discours prononcé hier, l’homme d’affaire a soutenu que l’importance qu’accordent les jeunes à la conciliation travail-famille nuit au développement de l’entrepreneuriat au Québec.

«Pour être un entrepreneur, il ne faut pas que la vie soit trop facile, a-t-il dit. Quand on est gâtés, on ne peut pas être un entrepreneur.»

Jean Coutu montre du doigt les exigences des plus jeunes (la génération Y pour ne pas la nommer), particulièrement le fait qu’ils préfèrent la qualité de vie à l’effort. Il se désole également qu’aux yeux de ces derniers, l’obtention d’un diplôme donne droit à de bonnes conditions sans nécessairement travailler.

Bref, Jean Coutu déplore qu’il y ait déséquilibre entre le travail et la qualité de vie… au profit de cette dernière. Des propos curieux pour un pharmacien, pour ne pas dire rétrogrades.

Il est vrai qu’à une autre époque, le travail pouvait – et devait – prendre toute la place afin que les hommes puissent jouer leur rôle de pourvoyeurs. L’entrepreneurship se résumait alors à consacrer sa vie à son entreprise, quitte à négliger sa famille.

S’ennuie-t-on réellement de cette époque?

Le monde a changé depuis que Jean Coutu a ouvert sa première pharmacie il y a une quarantaine d’années. Et ce changement, il est vrai, s’accélère avec l’introduction de la génération Y au marché du travail.

Jean Coutu n’est pas le seul à n’y voir qu’un recul. Lucien Bouchard estime que les Québécois ne travaillent pas assez fort. Gaétan Barette, de la même manière, trouve que les médecins de famille «sont en mode qualité de vie» et ne travaillent pas assez.

Mais si on peut se désoler que le mot «effort» ait disparu du vocabulaire des plus jeunes, comme le font les plus vieux, on peut aussi se réjouir que ce vocabulaire se soit enrichi d’expressions nouvelles comme «conciliation travail-famille», «qualité de vie» et «bien-être personnel», qui ne sont pas tout à fait des vilains mots.

Les 25-35 ans ont manifestement compris quelque chose qui a échappé à leurs prédécesseurs. Ils considèrent leur vie à l’extérieur du bureau importante, ils acceptent un salaire ou un chiffre d’affaires moins élevés pour se consacrer à leur famille, ils exigent des horaires flexibles pour réduire leur stress…

On a vu pires fainéants!

Est-ce vraiment une perte pour le Québec, comme le soutiennent Coutu, Bouchard et Barette? Sommes-nous collectivement moins riches parce que les cohortes qui montent diversifient leur quotidien, profitent de généreux congés parentaux, choisissent de s’occuper de leurs enfants, voire de leurs aînés?

Cela pose problème aux entreprises, vrai. Cela nuit à l’industrie de la pharmacie, vrai. Cela mine l’entrepreneurship, vrai aussi. Jean Coutu met donc le doigt sur un enjeu de société bien réel. D’autant qu’il ne touche pas que les entrepreneurs ou les pharmaciens, mais aussi les politiciens, les médecins, etc.

La réflexion est donc plus indiquée que la condamnation. Plutôt que de vouloir revenir en arrière, plutôt que de tenter de culpabiliser ces derniers, ne devrait-on pas, en effet, concentrer nos efforts à trouver des solutions adaptées à ce monde en évolution? Ne devrait-on pas chercher des façons de permettre aux entrepreneurs, mais aussi aux autres professionnels, de s’accomplir au travail sans délaisser leur famille, sans nier toute qualité de vie?

La conciliation travail-famille, ce n’est pas une façon de mettre la famille au service du travail. Au contraire, c’est un choix collectif en faveur des familles, afin que les travailleurs et entrepreneurs puissent être à la fois performants au travail et présents auprès de leurs enfants.

Si c’est impossible, la priorité devrait être de le rendre possible.

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Mercredi 7 décembre 2011 | Mise en ligne à 11h56 | Commenter Commentaires (24)

Notre défi autochtone

Photo Presse canadienne

Photo Presse canadienne

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André Pratte

On discute beaucoup, depuis quelques jours, des conditions de vie difficiles dans certaines communautés autochtones. Comme cela est souvent arrivé dans le passé, c’est la situation dramatique dans un village en particulier – ici, Attawapiskat – qui a remis la question à l’avant-scène. Toutefois, on peut parier que dans quelques jours ou quelques semaines, nous – les médias, les politiciens, la population en général – tournerons notre attention vers des questions qui nous touchent de plus près.

Pourtant, le problème ne sera pas résolu. Il risque même de s’aggraver. Selon des projections publiées mercredi par Statistique Canada, la population autochtone croîtra plus rapidement au cours des 20 prochaines années que le reste de la population du pays. On comptait en 2006 environ 1,3 million de membres des Premières Nations (les «Indiens d’Amérique du Nord»), de Métis et d’Inuits. En 2031, selon Statistique Canada, il devrait y en avoir entre 1,7 million et 2,2 millions. C’est, en gros, la population actuelle de la ville de Montréal, et même un peu plus. Au Québec, la population autochtone passera de 127 000 à entre 174 000 et 234 000; ça veut dire entre 50 000 et 100 000 plus de personnes qu’aujourd’hui.

Ainsi, les problèmes de logement que vivent depuis des années plusieurs communautés, et qui sont à la base de bien d’autres difficultés, ne seront pas facilement réglés. Les investissements nécessaires seront beaucoup plus importants que ceux qui sont présentement consentis.

Dans sa chronique de mercredi, le journaliste Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, nous invite à cesser d’éviter le problème de fond: ces communautés peuvent-elles prospérer dans un tel isolement?

It is argued, and this is surely right, that better education might break the cycles of dependency. A policy problem does exist with the lower per-student funding level for native education. But if such a cadre could be developed, why would highly educated (in a formal sense) young people stay in places like Attawapiskat when few jobs beckon, except for the band council or maybe a school or health clinic?

A housing challenge obviously exists in Attawapiskat, despite large sums of federal money having been spent there for that purpose. A much bigger challenge of denial exists across Canada about the much more fundamental challenges of native isolation, economic marginality and dependency.

Les nations autochtones qui se sont sorties de la misère sont celles qui se sont retrouvées à proximité de projets économiques importants (par exemple, les Cris de la Baie-James, côté québécois) et ont su convaincre les gouvernements blancs de faire d’eux des partenaires. Sans possibilités d’emploi à proximité de leur village, les Autochtones sont condamnés à la dépendance. Cela dit, il est évidemment hors de question de forcer les communautés isolées à déménager. D’où l’extrême complexité du problème.

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