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André Pratte
Chaque fois que nous – les Blancs – sommes confrontés aux conditions de vie difficiles d’une communauté autochtone du Canada, nous manifestons notre indignation. Pourquoi le gouvernement ne vient-il pas en aide à ces gens-là? Certains se sentiront impuissants: avec les centaines de millions que les gouvernements investissent chaque année dans les réserves, comment est-il possible que les choses ne s’améliorent pas? D’autres accuseront, en termes plus ou moins voilés, les autochtones eux-mêmes.
On a droit ces jours-ci aux mêmes réactions alors qu’on apprend que la situation dans le village cri d’Attawapiskat, dans le nord de l’Ontario, est devenue intenable. Plusieurs familles vivent dans des tentes ou dans des roulottes délabrées, sans eau courante ou chauffage adéquat. La situation s’aggrave d’année en année dans cette localité particulièrement éprouvée. En 2000, l’école élémentaire a dû être fermée à la suite d’une importante fuite d’huile survenue sous le bâtiment. L’école n’a toujours pas été reconstruite. Il y a deux ans, plusieurs résidants ont dû abandonner leur habitation à la suite d’un reflux d’égoût.
Les politiciens se sont emparés du dossier. Le chef libéral Bob Rae a dénoncé «l’incapacité totale du gouvernement fédéral à assumer ses responsabilités envers les habitants d’Attawapiskat». Dans la mesure où cette incapacité existe, elle ne date certainement pas de l’arrivée des conservateurs au pouvoir et les libéraux doivent assumer une part du blâme. Toutefois, il est vrai que le gouvernement Harper semble moins sensible à la réalité des Premières Nations et des Inuits. On en a eu la preuve lorsque, à peine le gouvernement formé en 2006, l’Accord de Kelowna, conclu par Ottawa et les provinces avec les représentants des Premières Nations, a été mis de côté.
Les conservateurs sont convaincus que les sommes consacrées par l’État fédéral aux programmes pour les Autochtones sont suffisantes, que l’absence de résultats découle de problèmes de gouvernance au sein des communautés elles-mêmes. C’est ce qu’on lit entre les lignes des propos du premier ministre Harper, en réponse aux critiques de l’opposition: «Depuis son accession au pouvoir, le gouvernement a injecté quelque 90 millions de dollars dans la réserve d’Attawapiskat uniquement, ce qui revient à plus de 50 000 $ par habitant, homme, femme et enfant. Il va sans dire que nous sommes mécontents du fait que les résultats ne soient pas à la hauteur des sommes versées. Nous en sommes très inquiets.» Cette conviction explique la décision du gouvernement, annoncée mercredi, de mettre la communauté sous tutelle. Pourtant, le manque de logements décents n’est pas limité à Attawapiskat. Les villages inuits du nord du Québec, notamment, sont aussi aux prises avec une pénurie de logements décents.
Ottawa verse plus de 250 millions par an pour la construction et la rénovation de logements dans les réserves. Chaque année, quelques centaines d’habitations sont construites ou rénovées. Le problème, c’est que les besoins croissent encore plus vite. Une évaluation interne des programmes fédéraux pour le logement dans les communautés autochtones, publiée il y a quelques mois, concluait que «la croissance démographique et la demande de logements excèdent le rythme auquel il est possible de construire et de réparer.»
Qu’on soit sceptique ou non quant à la bonne gestion par les communautés autochtones des fonds qu’elles reçoivent, il est évident que les besoins vont bien au-delà de ce que ces gouvernements – et la population qui les élit – sont disposés à investir. On verra si la mise en tutelle d’Attawapiskat donne quelque chose. Cette mesure va en tout cas à l’encontre de l’approche préconisée par les Premières Nations et par les Blancs qui travaillent de près avec elles, approche selon laquelle les Autochtones ne s’en sortiront que si on leur permet de gérer leurs propres affaires. Cette approche exige évidemment, et c’est peut-être là que le bât blesse à certains endroits, que les dirigeants de chaque communauté sont imputables de leur gestion.
Quoi qu’il en soit, en définitive, les conditions de vie lamentables dans lesquelles vivent des dizaines de milliers d’Autochtones est une honte pour le Canada. On ne saurait s’en laver les mains en en rendant responsables ceux qui en sont les victimes.
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