Le blogue de l'édito

Archive, novembre 2011

Mercredi 30 novembre 2011 | Mise en ligne à 16h38 | Commenter Commentaires (53)

Attawapiskat: que faire?

Photo Presse canadienne

Photo Presse canadienne

NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.

André Pratte

Chaque fois que nous – les Blancs – sommes confrontés aux conditions de vie difficiles d’une communauté autochtone du Canada, nous manifestons notre indignation. Pourquoi le gouvernement ne vient-il pas en aide à ces gens-là? Certains se sentiront impuissants: avec les centaines de millions que les gouvernements investissent chaque année dans les réserves, comment est-il possible que les choses ne s’améliorent pas? D’autres accuseront, en termes plus ou moins voilés, les autochtones eux-mêmes.

On a droit ces jours-ci aux mêmes réactions alors qu’on apprend que la situation dans le village cri d’Attawapiskat, dans le nord de l’Ontario, est devenue intenable. Plusieurs familles vivent dans des tentes ou dans des roulottes délabrées, sans eau courante ou chauffage adéquat. La situation s’aggrave d’année en année dans cette localité particulièrement éprouvée. En 2000, l’école élémentaire a dû être fermée à la suite d’une importante fuite d’huile survenue sous le bâtiment. L’école n’a toujours pas été reconstruite. Il y a deux ans, plusieurs résidants ont dû abandonner leur habitation à la suite d’un reflux d’égoût.

Les politiciens se sont emparés du dossier. Le chef libéral Bob Rae a dénoncé «l’incapacité totale du gouvernement fédéral à assumer ses responsabilités envers les habitants d’Attawapiskat». Dans la mesure où cette incapacité existe, elle ne date certainement pas de l’arrivée des conservateurs au pouvoir et les libéraux doivent assumer une part du blâme. Toutefois, il est vrai que le gouvernement Harper semble moins sensible à la réalité des Premières Nations et des Inuits. On en a eu la preuve lorsque, à peine le gouvernement formé en 2006, l’Accord de Kelowna, conclu par Ottawa et les provinces avec les représentants des Premières Nations, a été mis de côté.

Les conservateurs sont convaincus que les sommes consacrées par l’État fédéral aux programmes pour les Autochtones sont suffisantes, que l’absence de résultats découle de problèmes de gouvernance au sein des communautés elles-mêmes. C’est ce qu’on lit entre les lignes des propos du premier ministre Harper, en réponse aux critiques de l’opposition: «Depuis son accession au pouvoir, le gouvernement a injecté quelque 90 millions de dollars dans la réserve d’Attawapiskat uniquement, ce qui revient à plus de 50 000 $ par habitant, homme, femme et enfant. Il va sans dire que nous sommes mécontents du fait que les résultats ne soient pas à la hauteur des sommes versées. Nous en sommes très inquiets.» Cette conviction explique la décision du gouvernement, annoncée mercredi, de mettre la communauté sous tutelle. Pourtant, le manque de logements décents n’est pas limité à Attawapiskat. Les villages inuits du nord du Québec, notamment, sont aussi aux prises avec une pénurie de logements décents.

Ottawa verse plus de 250 millions par an pour la construction et la rénovation de logements dans les réserves. Chaque année, quelques centaines d’habitations sont construites ou rénovées. Le problème, c’est que les besoins croissent encore plus vite. Une évaluation interne des programmes fédéraux pour le logement dans les communautés autochtones, publiée il y a quelques mois, concluait que «la croissance démographique et la demande de logements excèdent le rythme auquel il est possible de construire et de réparer.»

Qu’on soit sceptique ou non quant à la bonne gestion par les communautés autochtones des fonds qu’elles reçoivent, il est évident que les besoins vont bien au-delà de ce que ces gouvernements – et la population qui les élit – sont disposés à investir. On verra si la mise en tutelle d’Attawapiskat donne quelque chose. Cette mesure va en tout cas à l’encontre de l’approche préconisée par les Premières Nations et par les Blancs qui travaillent de près avec elles, approche selon laquelle les Autochtones ne s’en sortiront que si on leur permet de gérer leurs propres affaires. Cette approche exige évidemment, et c’est peut-être là que le bât blesse à certains endroits, que les dirigeants de chaque communauté sont imputables de leur gestion.

Quoi qu’il en soit, en définitive, les conditions de vie lamentables dans lesquelles vivent des dizaines de milliers d’Autochtones est une honte pour le Canada. On ne saurait s’en laver les mains en en rendant responsables ceux qui en sont les victimes.

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Mardi 29 novembre 2011 | Mise en ligne à 12h54 | Commenter Commentaires (48)

Des CPE ratent leur cible (mise à jour)

291390-10_mPhoto Patrick Sanfaçon, La Presse

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Ariane Krol
Le modèle des Centres de la petite enfance (CPE) est mûr pour de sérieuses remises en questions. Le rapport du Vérificateur général du Québec, mercredi, ne sera pas tendre à leur égard. (Ajout: vous le trouverez ici, au chapitre 5)

Le ministère de la Famille doit s’occuper de ses problèmes de cohérence et de supervision, mais je trouve les lacunes signalées ici encore plus préoccupantes.

«Le Québec s’enorgueillit d’un réseau étendu de garderies à sept dollars par jour. Toutefois cette politique sociale, qui favorise la participation des mères de jeunes enfants au marché du travail, attire moins les mères pauvres dont les enfants profiteraient davantage d’une stimulation précoce que les autres», souligne la Direction de santé publique de Montréal dans son rapport annuel.

Ça se vérifie ailleurs au Québec. Les enfants qui auraient le plus besoin de fréquenter un CPE n’y vont pas. C’est un problème majeur. Évidemment, le travail des éducatrices n’est pas perdu. Je n’ai pratiquement jamais entendu de commentaires négatifs de parents qui ont la chance d’avoir des places en CPE. Mais leurs enfants, pour la plupart, s’en tireraient très bien à l’école s’ils n’étaient pas passés par là. Pour les enfants de milieux défavorisés, par contre, ça peut faire toute la différence du monde – la différence entre décrocher ou réussir ses études.

Malheureusement, c’est souvent dans les secteurs moins aisés de l’île de Montréal que le nombre de places en CPE par 100 enfants est le moins élevé. Ça n’explique pas tout, puisque les familles qui ont un revenu moindre ou dont la mère est peu scolarisée ont moins tendance à utiliser les services de garde. Le directeur de santé publique de Montréal a beau recommander d’accroître l’accessibilité aux CPE dans les quartiers les plus démunis, je me demande qui va l’appuyer.

Ce serait pourtant essentiel. On parle toujours des «places à 7$» sous l’angle économique. Ce qu’elles nous coûtent collectivement, ce qu’elles permettent (deux revenus dans le ménage, un enfant de plus, etc.), le casse-tête financier et logistique de ceux qui ne trouvent pas de places subventionnés à la fin du congé parental…  Où est passée la mission d’insertion sociale?

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Lundi 28 novembre 2011 | Mise en ligne à 12h51 | Commenter Commentaires (25)

Une époque romantique…

NDLR : Dans le but d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que les commentaires signés. Merci de votre collaboration.

434481-cette-protestataire-pris-barbele-erigeMario Roy

On va bientôt commencer le traditionnelles revues de l’année de l’actualité, dont vont inévitablement faire partie les « révolutions » qui ont secoué le monde. À partir des indignés d’« Occupons Rimouski » jusqu’à la chute du général égyptien ou du colonel libyen…

Et, en revoyant tout ça, on va se rendre compte que nous vivons vraiment une époque romantique! Une époque où, une fois passé dans le filtre des médias, un événement banal, ou complexe, ou équivoque, devient une admirable épopée porteuse de lendemains qui chantent!

Ainsi en est-il du printemps arabe dans sa version égyptienne (photo), le début d’un temps nouveau pour un peuple opprimé que l’on célébrait avec grandiloquence. Mais voilà: on  ne sait pas où va l’Égypte, l’islamisme guette, plusieurs journalistes étrangères ont été agressées et/ou violées en couvrant ce printemps-là, les élections qui débutent ne suscitent que l’inquiétude…

Même chose pour les émeutiers britanniques, en août dernier.

On a vite compris qu’il s’agissait essentiellement d’une crise aiguë de jeune délinquance qui a fait des morts et beaucoup de dégâts. « S’il y avait eu de l’école ce jour-là, rien ne serait arrivé… » a dit quelqu’un, à la mairie! Fin de la belle et noble révolution…

Même chose pour les indignés.

On a littéralement écrit des poèmes sur eux, sur cette avant-garde des 99 % qui allait nous mener tout droit au post-capitalisme! Mais voilà: c’était loin d’être aussi poétique sous les tentes indignatoires (!), où la réalité brute est revenue au galop…

Au total, il se peut bien que la revue de l’année 2011 nous enseigne surtout la modération dans la célébration béate des rébellions de toutes sortes…

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