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André Pratte
L’une des principales causes du mécontentement des indignés du mouvement Occupy Wall Street et de leurs camarades de Montréal, Toronto, et de dizaines d’autres villes, c’est le partage inégal de la richesse. Le fait qu’une minorité richissime constituant 1% de la population continue de s’enrichir alors que tous les autres s’appauvrissent. Ce discours est caricatural mais il est vrai que la rémunération de certains dirigeants d’entreprise, notamment en plein coeur de la crise financière, était proprement scandaleuse. Et ça continue.
Le Wall Street Journal vient de révéler un autre cas qui provoque l’ire d’un milieu des affaires généralement peu ému par ce genre d’excès. Eugene M. Isenberg, 81 ans, est président du conseil et chef de la direction de la société Nabors depuis 24 ans. Sous sa gouverne, Nabors est devenue une firme importante de forage de pétrole. Les analystes estiment toutefois que la compagnie performe moins bien que ses pairs sur le marché. Les détenteurs d’actions de l’entreprise ont d’ailleurs vu la valeur du titre glisser année après année.
Cela n’a pas empêché M. Isenberg d’empocher, depuis 1992, quelque 750 millions en rémunération, y compris les options exercées. À quoi vient de s’ajouter un autre 100 millions, dans des circonstances étonnantes. Le conseil d’administration de Nabors a annoncé vendredi, à l’issue d’une réunion tenue aux Bermudes, que M. Isenberg allait être remplacé au poste de chef de la direction par son lieutenant de longue date, un certain Anthony Petrello. M. Isenberg n’a pas été remercié; il demeure président du conseil. Néanmoins, en vertu de son contrat, ce «changement de responsabilité» lui vaut une compensation de 100 millions. Le Wall Street Journal fait remarquer que cette somme est supérieure aux revenus nets de l’entreprise pour le troisième trimestre de l’année (74,3 millions).
Il y a deux ans, le contrat de M. Isenberg avait fait l’objet d’un article de première page dans le même quotidien. On y apprenait que le contrat en question prévoyait une prime de séparation de 264 millions. Devant la controverse suscitée par l’affaire, le conseil d’administration et M. Isenberg avaient alors convenu de renégocier l’entente pour une somme beaucoup plus raisonnable… C’est le 100 millions dont il est maintenant question et que recevra le pauvre M. Isenberg. Il y a dans ces dernières révélations de quoi nourrir l’indignation des protestataires d’Occupy Wall Street. Parions que les actionnaires de Nabors seront eux aussi… indignés.
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