NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.
André Pratte
La plupart des éditorialistes et chroniqueurs ont réagi de la même façon à l’annonce faite mercredi par le premier ministre, Jean Charest, de la mise sur pied d’une commission d’enquête sur la corruption dans l’industrie de la construction. Tous ont applaudi au fait que le mandat de la commission est très large. On s’est aussi réjoui du fait que la présidence de la commission a été confiée à une criminaliste d’expérience, la juge France Charbonneau. Par contre, presque tous les commentateurs ont déploré que la nouvelle commission, contrairement aux commissions d’enquête traditionnelles, ne pourra contraindre les personnes à témoigner devant elle.
Dans l’éditorial que j’ai signé à ce sujet jeudi, j’ai dit essentiellement la même chose que mes confrères: d’accord avec le mandat, d’accord avec le choix de la juge Charbonneau, mais «de sérieuses réserves» sur les modalités. Je poursuis: «Les commissions d’enquête et les tribunaux ont souvent eu dans le passé à gérer ce genre de chevauchements et, sauf erreur, les intérêts de la population et des individus concernés ont pu être conciliés. Par son mandat, le juge Gomery était tenu de “veiller à ce que l’enquête ne compromette aucune autre enquête ou poursuite en matière criminelle en cours.” Pourquoi le gouvernement Charest n’a-t-il pas choisi cette voie toute simple plutôt que le chemin tortueux annoncé hier? Qui, dans ces conditions, acceptera de se confier à la commission Charbonneau?»
Toutefois, il m’est apparu imprudent de conclure, avant même que la commission ne se mette en marche, à l’inutilité totale de ses travaux. Qui croyait, lors de l’annonce de la commission Gomery, qu’elle allait mettre KO le Parti libéral du Canada? Qui pensait que Jacques Duchesneau allait produire un rapport aussi dévastateur?
Compte tenu de ce que nous savons de la juge Charbonneau, du mandat et des moyens qui lui sont confiés, il faut donner la chance au coureur. De plus, bien que beaucoup de commentateurs et juristes ne soient pas d’accord avec le raisonnement du gouvernement, d’autres trouvent que sa décision se justifie. Bref, j’estimais jeudi soir, et j’estime toujours aujourd’hui, que des nuances s’imposent. Ce n’est de toute évidence pas l’avis de plusieurs lecteurs. Je cite ici quelques-uns des courriels reçus:
Monsieur Pratte,
Vous êtes vraiment consternant.
Lisez vos propres chroniqueurs (Marissal, Boisvert et Journet) aujourd’hui
même dans la Presse.
Non seulement devriez-vous lire leurs chroniques et reportages, vous devriez aussi
les apprendre par coeur.
Votre mauvaise foi est à l’image de Jean Charest !
Michel Seymour
Prof de philo à l’U de M
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M. Pratte;
J’ai gagné mon pari sur le genre d’article que vous alliez produire sur la commission d’enquête anoncée par le gouvernement. Comme c’est votre habitude vous avez trouvé le moyen d’endosser cette parade de démocratie.
Vous êtes ma référence pour la démonstration du détournement de sens comme journaliste; et je dois reconnaître que vous servez bien votre employeur.
Je suis malheureusement convaincu qu’il ne vous est plus donné très souvent le réflexe “du recul nécessaire” et la démarche d’objectivation que nous attendons d’un journalisme… et vous n’êtes pas le seul ainsi malheureusement surtout à La Presse. Remarquez que ce phénomène est présent dans les autres quotidiens; mais vous êtes le Jean Charest du genre; et je ne serais pas surpris que vous preniez celà pour un compliment!
Surprenez-moi, redevenez un vrai éditorialiste; vous en avez l’intelligence!
Espoir
Denis Bougie
Sherbrooke
————–
Monsieur Pratte,
Personne ne sera forcé de témoigner. Ceux qui s’y hasarderont seront
susceptibles de poursuites.
Et vous applaudissez?
On devrait vous remplacer par Lisa Frulla. Tout aussi servile que vous,
elle a au moins une jolie coiffure.
Pierre Desrosiers
Val David
———–
Ce qui me frappe dans ces commentaires, ce n’est pas que MM. Seymour, Bougie, Desrosiers (et autres) sont en désaccord avec moi, ce qui est tout à fait normal. C’est qu’ils réagissent comme si mon texte était un appui enthousiaste à la commission annoncée par M. Charest, comme si je n’exprimais aucune réserve au sujet, notamment, de sa décision de limiter les pouvoirs de la commission. Or, justement, je suis très critique à cet égard. Il semble que ce qu’on me reproche, c’est d’apporter quelques nuances au lieu de mener une charge à fond de train contre Jean Charest.
C’est vrai que de nos jours, les nuances ne sont plus à la mode. Surtout quand il est question de Jean Charest, dont on a décrété depuis longtemps qu’il était «le pire premier ministre de l’histoire du Québec» (bien qu’il ait été réélu deux fois) et même dit qu’il «protégeait le crime organisé». Pour ma part, je continue d’être fermement convaincu que les nuances ont leur place dans le commentaire politique, même si beaucoup de gens préfèrent la démolition systématique.
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