NDLR: Afin d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publie que des commentaires signés. Merci de votre collaboration.
François Cardinal
Le mouvement «Occupy Wall Street» prend de l’ampleur. Après avoir pris d’assaut les villes américaines, comme New York et Washington, il entend se propager dès demain au Canada, à Montréal, Toronto et Vancouver.
À première vue, le message des protestataires peut paraitre ambigu. À Chicago, où j’étais le week-end dernier, on exigeait la fin de l’intervention en Irak, le retrait de l’Afghanistan, la fin de la peine de mort, le renversement du capitalisme, le feu vert au mariage gai, la paix dans le monde, etc.
Mais n’est-ce pas souvent le propre des manifestations que d’avoir des revendications disparates? Quand les altermondialistes défilent en marge du G20, certains demandent plus d’équité, d’autres une démocratie plus représentative, une transparence accrue des négociations, etc.
Or le phénomène «Occupy Wall Street» ressemble au mouvement altermondialiste en ce qu’il s’appuie sur un message très large qui confédère bien des points de vue : la colère. Pour paraphraser McLuhan, dans le cas qui nous occupe, la colère est le message.
Colère contre un système qui permet aux plus riches de s’enrichir, mais qui laisse à tous les autres le soin de payer la note, sans en profiter. Les bénéfices au 1 % les plus aisés de la population, la facture aux 99 % restants… D’où le cri de ralliement des manifestants : «We are the 99 %».
Les manifestants ne sont pas toujours très nombreux, certes, mais le fait que le mouvement fasse tache d’huile sur le continent compense en partie cette désaffection locale. Même s’ils n’ont pas un programme clair avec alinéas, chapitres et recommandations.
Il y a donc à la fois des ressemblances et des dissemblances entre ce cri du cœur et celui entendu outre-Atlantique. Les indignés sont tout aussi furieux, ils exigent plus de justice et d’équité, ils ne veulent pas faire les frais de la crise économique. Ils envoient donc aux dirigeants un message similaire à celui envoyé ici, en Amérique du Nord.
Mais en même temps, les problèmes sont tels en Espagne, en Israël et en Grèce notamment, que les revendications sont plus claires. On exige des changements concrets, des politiques d’austérité plus justes, des politiques d’accès à la propriété, etc.
Or aux États-Unis et au Canada, c’est beaucoup moins évident. On demande une transformation du système (financier, capitaliste, bancaire, etc.), mais on ne sait trop, en même temps, ce qui apaiserait les manifestants, ce que le président Obama pourrait faire pour les satisfaire, ce que les leaders du G20 pourraient proposer pour répondre à ce ras-le-bol collectif.
D’après vous, on est donc face à un mouvement de contestation qui se justifie par sa seule existence? Ou y a-t-il des changements concrets que les dirigeants pourraient apporter – aux États-Unis, au Canada, au Québec – pour répondre au phénomène?
Lire les commentaires (85) | Commenter cet article




