Le blogue de l'édito

Archive du 7 octobre 2011

Vendredi 7 octobre 2011 | Mise en ligne à 13h36 | Commenter Commentaires (37)

Le désastre des boissons énergisantes

313421-006_mPhoto Bernard Brault, La Presse

NDLR: Dans le but d’encourager un débat ouvert et respectueux, le Blogue de l’édito ne publiera désormais que les commentaires signés. Merci de votre collaboration.

Ariane Krol

La politique, on le sait, tourne souvent en rond. C’est exactement ce que Santé Canada vient de faire avec que ces petites canettes de dynamite communément appelées boissons énergisantes. Elles en seront bientôt réglementées comme des aliments, et non plus comme des produits de santé naturels. Un retour à la case départ. Jusqu’en 2004, ces breuvages étaient considérés comme des aliments, au même titre que les boissons gazeuses ou le café.

Sauf que les choses ont changé. Un peu comme si vous faisiez le tour du pâté de maisons en partant du dépanneur du coin, et qu’en revenant à votre point de départ, vous trouviez un bar. Vous pouvez toujours y acheter une bière, mais ce n’est vraiment plus la même chose.

L’encadrement des boissons énergisantes a longtemps été simplissime. Au Canada, les seules boissons ou aliments qu’il était permis d’additionner de caféine étaient les colas. Les seules boissons énergisantes acceptables étaient celles fabriquées avec des ingrédients contenant naturellement de la caféine, comme le guarana. Ce qui limitait considérablement l’offre.

Pour une raison obscure dont la bureaucratie fédérale a le secret, Ottawa a un jour décidé d’autoriser l’ajout de caféine à des boissons, à condition qu’elles ne soient plus vendues comme des aliments. Ce seraient des produit de santé naturel (PSN), dont il faudrait faire approuver la composition et les allégations inscrites sur le contenant.

Le hic, c’est que le registre des PSN était alors un désastre bureaucratique lui aussi. Les fonctionnaires étaient inondés de demandes d’homologation de pilules, sirops et autres poudres de perlimpinpin. Sauf que les fabricants n’avaient pas envie d’attendre. Ça faisait des années qu’ils réclamaient de pouvoir vendre ces boissons très lucratives et qui avaient déjà un succès monstre aux États-Unis.

Santé Canada leur a donc permis de commencer à en vendre en attendant leur autorisation. Le reste, comme disent les anglos, fait partie de l’histoire. La variété étourdissante de boissons énergisantes disponibles, comme la place qu’elles occupent dans les réfrigérateurs des dépanneurs, témoignent de leur immense popularité. Ce qui n’aurait pas dû poser trop de problème si le marché avait été constitué d’adultes responsables. L’ennui, c’est que beaucoup de jeunes consomment ces produits, dont plusieurs contiennent vraiment trop de caféine pour eux. Sans parler de la teneur en sucre, un véritable doigt d’honneur aux efforts de prévention de l’obésité.

Ottawa a donc décidé de changer sa réglementation encore une fois. La teneur en caféine, qui sera limitée, devra être inscrite sur le contenant, de même qu’une mention déconseillant de consommer le produit avec de l’alcool.

Une décision qui ne satisfait personne. L’Association canadienne des boissons se plaint de ces exigences qui ne s’appliquent pas au café, alors que d’autres trouvent que la réglementation ne va pas assez loin. Certains craignent même qu’on ait ouvert une brèche permettant d’ajouter de la caféine à d’autres aliments. Plusieurs auraient préféré que la vente de ces breuvages soit interdite aux mineurs.

Maintenant que la canette est ouverte, et que son contenu coule à flots, il serait difficile de la refermer. L’industrie n’accepterait pas qu’on retourne à la réglementation d’origine, qui forcerait la plupart des boissons énergisantes vendues actuellement à disparaître des tablettes. Ce serait pourtant la solution la plus sensée. Cohérente avec l’esprit de la réglementation, et qui ferait sûrement chuter la consommation chez les jeunes, sans avoir à recourir à un encadrement aussi lourd que celui de l’alcool.

Je ne dirai pas ça souvent, mais dans ce cas-ci, il est clair qu’Ottawa aurait mieux fait… de ne rien faire. Ce qui, évidemment, nous aurait privé de cette orgie de canettes au graphisme tapageur aujourd’hui si populaires. Mais serait-ce une si grande perte?

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