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Ariane Krol
Ça se passe au Nunavut, sous des mètres d’eau glaciale, et ça concerne un tas de bois en décomposition. Bref, rien pour faire la manchette par une belle journée d’été. Mais la querelle de chiffonniers qui se déroule en ce moment autour d’une épave d’Amundsen est une honte pour le Canada, et nous devrions nous empresser de remettre ce vestige à qui il appartient.
Le Maud a été abandonné à Cambridge Bay (Ikaluktutiak en inuktitut) par l’explorateur norvégien Roald Amundsen en 1925. Le vaisseau n’a pas réussi à atteindre le Pôle Nord comme prévu, mais comme le rappelle le Globe and Mail, il a quand même franchi le passage du Nord-Est et permis de faire des découvertes importantes. La Compagnie de la Baie d’Hudson l’a racheté en 1925 et utilisé durant cinq ans jusqu’à ce que le navire, pris dans les glaces, coule par le fond. L’entreprise a revendu l’épave, rebaptisée Baymaud, en 1990 pour la somme symbolique d’un dollar à la commune d’Asker, en banlieue d’Oslo.
Les Norvégiens veulent rapatrier le Maud et lui consacrer un musée. Ça ne pourra pas attendre indéfiniment: selon des scientifiques canadiens qui l’ont visitée au milieu des années 90, l’épave tombe en morceaux et risque de se désintégrer complètement si rien n’est fait pour la préserver. Le problème, c’est que des résidants de Cambridge Bay s’y opposent. Ils font même circuler une pétition à cet effet. Le navire, plaident-ils, est «un site archéologique canadien depuis 1930». Pardon? «C’est dans notre baie, et nous y amenons beaucoup de touristes», a expliqué une porte-parole au Globe.
Que les gens du coin aient exploité cette épave tandis qu’ils l’avaient dans leur cour, c’est tout naturel. Mais qu’ils s’y accrochent alors qu’elle revient de toute évidence à la Norvège est proprement disgracieux. Il y a déjà assez des pays émergents qui doivent batailler durant des années pour récupérer leur patrimoine spolié durant les guerres et les colonisations, on s’attendrait à ce qu’entre pays dits développés, on ait des discussions un peu plus intelligentes.
Ikaluktutiak signifie «lieu où il fait bon pêcher». J’espère que le ministre du Patrimoine canadien ne fera pas de chichis lorsque les Norvégiens demanderont la permission de repêcher le Maud. Si les gens qui vivent du tourisme dans le coin avaient un peu de vision, ils feraient un partenariat avec eux. Entre le film du sauvetage et l’histoire des missions d’Amundsen, il y a de quoi faire un lieu d’interprétation très intéressant pour les touristes à cet endroit qui est au début du passage du Nord-Est.
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