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André Pratte
Dans un film documentaire projeté ces jours-ci*, le conseiller municipal d’Hérouxville, André Drouin, co-auteur du fameux code de vie du village qui a grandement contribué à la «crise» des accommodements raisonnables, laisse entendre que le document a été sciemment rédigé pour attirer les médias et choquer la population. Interrogé mercredi à ce sujet par notre collègue Laura-Julie Perreault, Drouin a confirmé: «Je riais aux larmes en écrivant ça. Il y avait quelque chose d’absurde dans l’idée d’écrire ce document à Hérouxville», où il n’y a qu’une seule famille immigrée. «Je me suis dit: il y a des journalistes qui vont sauter sur le morceau… Et ç’a été le cas!»
L’affaire d’Hérouxville a contribué à gonfler l’indignation de la population à l’égard des accommodements raisonnables. Enfin, se disaient bien des Québécois, des élus se tiennent debout! Or, le conseil municipal d’Hérouxville se tenaient debout… face à rien.
Rappelons que la Commission Bouchard-Taylor a fait des vérifications au sujet de plusieurs cas d’accommodements qui avaient provoqué la colère populaire. Cette enquête a démontré que bon nombre de ces incidents ont été gonflés ou caricaturés par la rumeur et les médias. S’il y avait bel et bien malaise, les cas d’accommodements déraisonnables étaient somme toute assez rares. Des enquêtes journalistiques avaient d’ailleurs conclu que dans les milieux de la santé et de l’éducation, les rapports entre membres de cultures minoritaires et les institutions se passaient généralement sans problèmes majeurs.
Ce qui mène à LA question: la réalité quotidienne justifiait-elle une crise de cette ampleur? Les craintes des Québécois «de souche» étaient-elles fondées sur des faits ou sur une perception tronquée de ceux-ci? La Commission a conclu que «si le public avait été mis en face à la version documentée des événements plutôt qu’à la version stéréotypée (…) il n’y aurait pas eu de crise des accommodements».
Ce qui ne veut pas dire que le débat aura été inutile. Au contraire, il a permis aux gens de s’exprimer, aux établissements publics de mieux s’outiller, au gouvernement de préciser les valeurs et principes chers aux Québécois, auxquels doit se plier chaque citoyen de la province. Certes, il reste toujours des zones floues, ce qui est inévitable en de telles matières. Mais la crise est bel et bien terminée. La preuve en est que les médias rapportent aujourd’hui très peu d’incidents du genre de ceux qui ont fait la manchette en 2006 et 2007.
* Liberté, égalité, accommodements, du réalisateur Stefan Nitoslawski
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